Dans les prochains jours, une page d’histoire s’apprête à être écrite quelque part dans le ciel du Nord québécois. Si tout se déroule comme prévu, le tout premier lancement spatial depuis le sol québécois – et le premier au Canada depuis plus de 25 ans – aura lieu entre le 8 et le 18 août 2025, à environ 250 kilomètres au nord de Mistissini, sur un site isolé soigneusement choisi pour sa sécurité. Et cet exploit n’est pas signé par une agence gouvernementale ni une multinationale de l’aérospatiale, mais par une équipe étudiante.
C’est en effet le groupe Space Concordia, affilié à la Gina Cody School of Engineering and Computer Science de l’Université Concordia, qui s’apprête à réaliser ce que nul autre établissement universitaire n’a encore accompli : envoyer une fusée à propergol liquide dans l’espace, franchissant la fameuse ligne de Kármán à 100 km d’altitude. Le projet s’appelle Starsailor. Il est en gestation depuis 2018, mobilisant plus de 700 étudiants en ingénierie, aérodynamique, propulsion, informatique, structure et logistique au fil des ans.
L’article de Vincent Allaire, publié le 4 août 2025 sur le site de Concordia University, souligne le caractère inédit et monumental de cette entreprise. Il rapporte que la fusée Starsailor, alimentée par un moteur conçu sur mesure, pourra atteindre Mach 5.7 (plus de 7 000 km/h) et transporter jusqu’à 65 kg de charge utile à une altitude de 123 kilomètres, soit bien au-delà des standards définissant le seuil de l’espace.
« Ce projet, c’est plus que le lancement d’une fusée. C’est la preuve que des étudiants, avec assez de soutien et de détermination, peuvent repousser les frontières du possible en aérospatiale », affirme Oleg Khalimonov, directeur du programme de fuséonautique chez Space Concordia, cité par Vincent Allaire.
Une fusée pour le Québec, par le Québec
Le lancement de Starsailor ne représente pas seulement une percée technologique : c’est aussi un jalon identitaire pour le Québec scientifique et spatial. Aucun engin spatial n’a jamais été lancé depuis notre territoire, malgré notre contribution constante à l’industrie aérospatiale canadienne. Ce lancement pourrait donc être le tout premier vol spatial de l’histoire du Québec.
À cela s’ajoute une dimension humaine et culturelle importante : les étudiants de Concordia ont collaboré avec la Nation Crie de Mistissini pour assurer le respect du territoire et impliquer les jeunes locaux dans des activités éducatives liées au lancement. Il s’agit là d’un exemple concret d’intégration des Premiers Peuples dans les grands projets scientifiques du XXIe siècle.
Un projet soutenu par la philanthropie québécoise
Sans surprise, un projet de cette envergure repose sur un appui considérable. L’article de Vincent Allaire rapporte notamment la contribution déterminante de Gina Cody, mécène éponyme de l’école d’ingénierie, qui a offert 100 000 dollars pour rendre le lancement possible. Le projet a aussi bénéficié du soutien du philanthrope scientifique Lorne Trottier et de la Fondation familiale Trottier, déjà bien connus dans le domaine de la recherche de pointe au Québec.
Mourad Debbabi, doyen de l’école Gina Cody, qualifie le projet de « témoignage éloquent de l’ambition, de la passion créative et de l’ingéniosité des étudiants », saluant leur capacité à concrétiser une vision multidisciplinaire à travers les défis techniques les plus exigeants.
Une icône technologique née à Montréal
La fusée Starsailor, noire et or, mesure 13 mètres de long, pour un diamètre de 35,5 centimètres, avec une structure complexe intégrant un système de récupération, des ailerons hypersoniques, une électronique embarquée et un moteur cryogénique. Une tour de lancement, également conçue par les étudiants, a été transportée et assemblée sur le site nordique.
Un documentaire long métrage est déjà en cours de production afin de suivre cette aventure historique. Une campagne de financement Kickstarter est en ligne pour soutenir la réalisation du film, qui promet de mettre en lumière non seulement les prouesses techniques, mais aussi l’impact humain et éducatif du projet à Montréal et à Mistissini.
Vers un nouveau chapitre spatial pour le Canada
Ce lancement – retransmis en direct sur les réseaux sociaux de Space Concordia, de l’Université Concordia et de la Gina Cody School – pourrait bien faire naître une nouvelle ère pour l’aérospatiale québécoise et canadienne. Après des décennies sans véritable ambition de lancement spatial national, cette initiative étudiante vient bousculer les certitudes et raviver l’imaginaire collectif autour de l’espace.
Et si l’avenir du Canada spatial ne passait pas seulement par Ottawa, mais aussi par Montréal, Mistissini… et la passion contagieuse de 700 jeunes rêveurs en bottes de sécurité et casques d’ingénieur?



