Extorsion, immigration et tensions avec l’Inde : Ottawa face à une crise à plusieurs fronts

Alors que la Colombie-Britannique est secouée depuis des mois par une vague d’extorsions visant principalement la communauté sikhe, les chiffres publiés cette semaine révèlent l’ampleur d’un autre volet de la crise : l’immigration. Selon une enquête rapportée par Global News, les autorités canadiennes examinent désormais des centaines de dossiers liés à cette campagne criminelle, dans un contexte diplomatique particulièrement délicat avec l’Inde.

Près de 300 enquêtes de l’ASFC

Dans un article publié le 17 février 2026 par Stewart Bell pour Global News, l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) confirme avoir lancé des enquêtes visant 296 ressortissants étrangers signalés par des partenaires de la B.C. Extortion Task Force.

Ces individus ont été « portés à notre attention par les agences partenaires du groupe de travail contre l’extorsion en Colombie-Britannique comme personnes d’intérêt », indique l’ASFC dans une déclaration citée par Stewart Bell.

Ce chiffre représente une hausse marquée comparativement au mois précédent, alors qu’un peu plus de 100 enquêtes étaient en cours. Les dossiers sont actuellement examinés pour déterminer une éventuelle « interdiction de territoire », ce qui pourrait mener à des expulsions pour violations des règles d’immigration.

Toujours selon les données communiquées à Global News : 32 personnes ont déjà reçu une mesure de renvoi ; 10 d’entre elles ont été expulsées ; 9 autres attendent une audience devant la Commission de l’immigration et du statut de réfugié, susceptible d’aboutir à une ordonnance d’expulsion.

Une campagne d’extorsion violente

La Colombie-Britannique, tout comme l’Ontario, l’Alberta et le Manitoba, fait face à une série d’extorsions attribuées à des groupes criminels basés en Inde. Les victimes — majoritairement des Canadiens d’origine sikhe — sont d’abord menacées par téléphone. En cas de refus de paiement, leurs commerces et résidences sont visés par des fusillades ou des incendies criminels.

Comme le rapporte Stewart Bell pour Global News, plusieurs de ces actes violents auraient été perpétrés par des ressortissants indiens recrutés localement, entrés au Canada avec des permis d’études ou de travail aujourd’hui expirés.

Le rôle central du gang Bishnoi

Au cœur de cette nébuleuse criminelle se trouve le gang de Lawrence Bishnoi, organisation que le gouvernement canadien a inscrite en septembre dernier sur sa liste des entités terroristes.

Bien que Bishnoi soit détenu dans une prison indienne, les autorités canadiennes estiment qu’il continue d’orchestrer des activités criminelles via un vaste réseau international.

L’affaire a pris une dimension géopolitique après l’assassinat en 2023 de Hardeep Singh Nijjar à Surrey, en Colombie-Britannique. Selon les autorités canadiennes, quatre ressortissants indiens auraient agi pour le compte du réseau Bishnoi, lequel aurait lui-même agi à la demande de responsables du gouvernement du premier ministre Narendra Modi.

Comme l’a déclaré en octobre 2024 la conseillère à la sécurité nationale Nathalie Drouin, citée par Global News lors d’un témoignage devant un comité parlementaire :

« Cette information est partagée avec des niveaux supérieurs du gouvernement indien, qui dirigent ensuite la commission d’activités criminelles graves contre des Indo-Canadiens par l’utilisation cinétique du réseau criminel organisé de Lawrence Bishnoi. »

Elle a affirmé que les crimes incluaient homicides, complots d’assassinat, extorsions et autres formes de violence extrême.

Diplomatie et malaise politique

Malgré ces accusations, Ottawa poursuit un rapprochement stratégique avec New Delhi.

Les 6 et 7 février derniers, le conseiller à la sécurité nationale indien Ajit Doval était à Ottawa pour rencontrer Nathalie Drouin et le ministre de la Sécurité publique Gary Anandasangaree.

Le Bureau du Conseil privé a annoncé que les deux pays avaient convenu d’échanger des agents de liaison en matière de sécurité et d’application de la loi afin d’améliorer le partage d’information.

Ce rapprochement survient alors que le premier ministre Mark Carney cherche à accroître les exportations canadiennes vers l’Inde, dans un contexte de tensions commerciales avec l’administration américaine de Donald Trump.

Colère dans la communauté sikhe

Cette ouverture diplomatique suscite toutefois l’indignation d’organisations sikhes canadiennes.

Moninder Singh, porte-parole de la Sikh Federation Canada, cité par Stewart Bell, a qualifié la visite d’Ajit Doval de « trahison grotesque », l’accusant d’être l’architecte d’une campagne de répression transnationale.

La World Sikh Organization of Canada s’est dite « déçue » que le gouvernement ait accueilli Doval, estimant que tout rapprochement devrait être conditionné à une reddition de comptes claire.

Balpreet Singh, porte-parole de l’organisation, a déclaré que cette démarche s’apparentait davantage à un « apaisement » qu’à de la diplomatie.

Un complot visant un autre Canadien

L’ombre de l’ingérence indienne s’étend également au-delà des frontières canadiennes. Les autorités américaines accusent un réseau lié aux services de renseignement indiens d’avoir tenté d’assassiner Gurpatwant Singh Pannun, militant pro-Khalistan établi à New York.

Vendredi dernier, Nikhil Gupta a plaidé coupable aux États-Unis pour son rôle dans ce complot. Le FBI allègue qu’un responsable du renseignement indien aurait orchestré l’opération.

Une crise multidimensionnelle

L’article de Stewart Bell pour Global News met en lumière une réalité complexe où criminalité organisée, immigration, diplomatie et sécurité nationale s’entremêlent.

D’un côté, les autorités canadiennes intensifient leurs efforts pour expulser les ressortissants étrangers impliqués dans les réseaux d’extorsion. De l’autre, Ottawa cherche à préserver — voire renforcer — ses relations stratégiques avec New Delhi.

Entre lutte contre le crime transnational et calculs géopolitiques, la crise de l’extorsion en Colombie-Britannique apparaît désormais comme un test majeur pour la cohérence de la politique canadienne en matière de sécurité et d’immigration.

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