D’après un article de Chris Selley publié dans le National Post le 23 juillet 2025
L’abaissement de l’âge de vote à 16 ans revient régulièrement dans les débats publics au Canada, souvent ravivé par des décisions prises ailleurs dans le monde. Récemment, le Royaume-Uni a emboîté le pas à d’autres pays comme l’Autriche, la Belgique ou encore l’Argentine, en accordant le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans. Chris Selley, dans son article publié dans le National Post, revient avec mordant sur cette question, en démontant les arguments les plus fréquemment avancés par ses défenseurs.
Des analogies bancales et des principes flous
L’un des arguments souvent invoqués, notamment par Scott Stirrett, PDG de Venture Canada, cité par l’auteure dans le Globe and Mail, repose sur le fait que les jeunes de 16 ans sont déjà autorisés à prendre des décisions importantes : conduire, consentir à des traitements médicaux, ou être jugés comme adultes dans certains cas. Mais Chris Selley souligne que ces exemples sont exagérés ou mal choisis.
Par exemple, les jeunes peuvent conduire… mais seulement avec de sévères restrictions, et ils ont des taux d’accidents élevés. L’auteure rappelle aussi que le consentement médical peut être retiré si un professionnel juge que l’adolescent n’est pas assez mûr. Et quant au système de justice pénale, être jugé comme adulte reste l’exception et s’applique dans des cas extrêmes comme les meurtres — ce qui, souligne-t-il, semble absurde comme point d’appui pour réformer la démocratie.
Un droit sans devoirs?
Chris Selley relève une contradiction rarement abordée : si l’on donne le droit de vote aux 16 ans, pourquoi ne pas leur accorder aussi le droit de se présenter à une élection? Il rapporte que même au Royaume-Uni, cette incohérence n’a pas été corrigée. Comme l’a souligné le député conservateur Paul Holmes, il semble étrange qu’un jeune puisse voter à 16 ans, mais ne puisse ni acheter un billet de loterie, ni boire de l’alcool, ni se marier sans consentement parental, ni surtout briguer une charge publique.
L’auteur affirme que cette incohérence « sape toute la logique de l’abaissement de l’âge du vote ». D’autres pays qui ont franchi le pas, comme l’Autriche ou la Belgique, n’ont pas abaissé l’âge pour se présenter en politique. Ce qui suggère, selon lui, que même les gouvernements qui adoptent la réforme ne font pas pleinement confiance aux mineurs pour participer à la vie démocratique.
Un agenda partisan déguisé
Selon Chris Selley, comme dans le cas de la représentation proportionnelle ou de la lutte contre la monarchie, les partisans de cette réforme sont souvent motivés par des intérêts partisans. Il note que les jeunes électeurs tendent historiquement à voter à gauche. Toutefois, ajoute-t-il, cette donnée pourrait être en mutation, les générations Y, Z et alpha se sentant de plus en plus trahies par les partis de centre-gauche comme les libéraux ou les néo-démocrates.
Un argument pédagogique qui ne tient pas
L’autre justification souvent avancée est que l’on enseigne l’éducation civique à 16 ans, ce qui ferait de cet âge un moment idéal pour introduire le droit de vote. Mais, comme le fait remarquer Chris Selley, cette matière est souvent enseignée de manière superficielle et inefficace. Il prévient contre l’idée que le vote devienne « un projet d’école », perdant ainsi sa signification sérieuse.
Un chiffre arbitraire
Enfin, l’auteur insiste sur le fait que 18 ans est un âge qui n’a rien d’arbitraire : c’est celui où l’on peut légalement voter, se marier sans autorisation, s’enrôler dans l’armée, consommer de l’alcool, et surtout, se présenter à des élections. À l’inverse, 16 ans semble une césure choisie de manière opportuniste. Chris Selley conclut que cette réforme ne saurait se justifier sans une refonte cohérente et plus globale des droits civiques, ce que ses partisans semblent éviter délibérément.



