Feux de forêt et chaleur : Jim Warren met en garde contre un retour de la « panique climatique » et ses conséquences pour le secteur énergétique

La chaleur et les incendies de forêt qui frappent actuellement certaines régions du Canada pourraient relancer le débat climatique au pire moment pour les projets énergétiques canadiens, prévient le chroniqueur Jim Warren dans un billet publié le 10 août par EnergyNow.

Selon lui, le retour de la fumée dans le ciel ontarien et des températures inconfortables dans les grands centres du pays risque de replacer rapidement les changements climatiques au cœur du débat politique, après une période au cours de laquelle les enjeux économiques, énergétiques et géopolitiques avaient progressivement pris davantage de place.

« Nous y revoilà », écrit Warren, qui reproche notamment aux grands médias du centre du Canada de rattacher presque automatiquement les épisodes de chaleur et les incendies aux changements climatiques.

Le chroniqueur ne nie pas l’existence du réchauffement climatique ni une influence humaine sur celui-ci. Il soutient plutôt que l’ampleur du risque est régulièrement présentée d’une manière qui conduit à réclamer des politiques de réduction des émissions beaucoup plus coûteuses et radicales que ne le justifieraient, selon lui, les données disponibles.

Cette distinction est au cœur de son argumentaire : reconnaître un réchauffement et une contribution humaine ne signifie pas nécessairement accepter l’idée d’une urgence justifiant pratiquement n’importe quelle contrainte imposée à la production et à la consommation d’énergie.

Le climat remonte dans les préoccupations des Canadiens

Warren cite notamment un récent sondage de l’Institut Angus Reid selon lequel 21 % des Canadiens placeraient maintenant les changements climatiques parmi leurs trois principales préoccupations, comparativement à 14 % au printemps.

Pour le chroniqueur, cette remontée est susceptible d’avoir des conséquences politiques immédiates.

Il estime que les températures élevées et la fumée des incendies peuvent redonner de l’élan aux organisations environnementales et à l’aile écologiste du Parti libéral fédéral au moment même où le Canada recommence à discuter sérieusement de nouvelles infrastructures destinées à accroître ses exportations d’énergie.

Warren croit notamment qu’une nouvelle offensive pourrait être menée contre toute hausse de la production pétrolière ainsi que contre l’éventuelle construction d’un nouveau pipeline vers la côte du Pacifique.

Il évoque à ce sujet le groupe de députés libéraux surnommé le « Green 14 », qui pourrait selon lui exercer des pressions sur le gouvernement de Mark Carney afin qu’il adopte une ligne plus restrictive envers le secteur pétrolier et gazier.

Son avertissement rejoint ainsi un débat devenu particulièrement important au Canada depuis le retour au premier plan des questions de sécurité énergétique : peut-on développer de nouvelles capacités d’exportation tout en maintenant les objectifs climatiques fédéraux, ou ces deux orientations finiront-elles nécessairement par entrer en collision?

Les incendies ne se résument pas au climat, soutient Warren

Le chroniqueur consacre également une partie importante de son texte aux feux de forêt, dont il conteste la présentation essentiellement climatique.

Il cite notamment les travaux de l’économiste danois Bjørn Lomborg, qui a déjà souligné, dans un texte publié par l’Institut Fraser, que la superficie mondiale brûlée annuellement par les feux a considérablement diminué sur une longue période historique.

Selon l’interprétation présentée par Lomborg et reprise par Warren, l’adaptation et la gestion des forêts constitueraient des outils beaucoup plus directs pour réduire les risques d’incendie que des politiques générales de réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Warren insiste particulièrement sur la situation canadienne.

Le déclin de certaines activités forestières, affirme-t-il, aurait également diminué la quantité d’arbres retirés des forêts ainsi que la création de coupe-feu et d’autres formes d’entretien du territoire.

À ses yeux, expliquer l’évolution du risque d’incendie uniquement par le climat revient donc à négliger le rôle de la gestion forestière, de l’accumulation de combustible et des transformations économiques ayant touché l’industrie du bois.

Il s’agit d’un argument qui revient de plus en plus fréquemment dans le débat sur les incendies : le changement climatique peut influencer les conditions propices aux feux, mais la vulnérabilité réelle d’un territoire dépend également de la manière dont les forêts sont entretenues et aménagées.

Le précédent d’Une vérité qui dérange

Warren profite surtout de son billet pour revenir sur ce qu’il considère comme l’un des moments fondateurs de l’alarmisme climatique contemporain : la sortie, il y a maintenant 20 ans, du documentaire d’Al Gore An Inconvenient TruthUne vérité qui dérange.

Le film, sorti en 2006, avait connu un immense succès international avant de remporter l’Oscar du meilleur documentaire. Gore allait également partager l’année suivante le prix Nobel de la paix avec le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat.

Pour Warren, l’influence politique du documentaire a largement dépassé le cinéma.

Il soutient que le film a contribué à installer dans l’opinion publique l’idée d’une catastrophe climatique imminente et a donné une impulsion considérable au mouvement environnemental international au moment même où celui-ci commençait à concentrer ses campagnes contre les sables bitumineux de l’Alberta.

Dans son interprétation, cette évolution culturelle a ensuite contribué à créer l’environnement politique ayant facilité, au Canada, l’adoption d’une série de politiques beaucoup plus contraignantes envers le pétrole, le gaz et les infrastructures d’exportation sous le gouvernement de Justin Trudeau.

Un jugement britannique avait relevé neuf problèmes

Warren rappelle également une controverse judiciaire survenue au Royaume-Uni en 2007.

Un parent britannique, Stewart Dimmock, avait contesté devant les tribunaux la distribution du documentaire d’Al Gore dans les écoles publiques, soutenant qu’il s’agissait d’une œuvre politique plutôt que d’un outil d’enseignement scientifique neutre.

Le juge Michael Burton de la Haute Cour britannique avait effectivement estimé que le film avait une dimension politique et identifié neuf points nécessitant des explications ou des corrections lorsqu’il était présenté à des élèves.

Warren s’appuie sur cet épisode pour soutenir qu’une partie des affirmations les plus spectaculaires popularisées par le documentaire dépassait ce que permettait alors d’affirmer la littérature scientifique.

Il s’attarde notamment à la représentation de la fonte du Groenland.

Selon lui, les cartes montrées dans le documentaire pouvaient donner au public l’impression que de vastes portions de la calotte glaciaire avaient complètement disparu, alors qu’elles représentaient plutôt les régions où une fonte de surface avait été observée au moins temporairement.

Warren reproche également au film d’avoir immédiatement juxtaposé ces images à des cartes montrant l’inondation de vastes portions de la Floride, des Pays-Bas, du Bangladesh ou de Shanghai, créant selon lui une impression de proximité temporelle entre la fonte observée et une augmentation catastrophique du niveau des mers.

Il rappelle que la fonte complète de grandes calottes glaciaires serait un phénomène se déroulant sur des périodes beaucoup plus longues que ce que pouvait laisser croire la mise en scène du documentaire.

Les prédictions sur l’Arctique également rappelées

Le chroniqueur revient également sur une déclaration faite par Al Gore en 2009 lors de la conférence climatique de Copenhague.

Gore avait alors évoqué une possibilité de voir l’océan Arctique pratiquement libre de glace pendant certains mois d’été dans un horizon de cinq à sept ans, en se référant à des travaux du chercheur Wieslaw Maslowski.

Warren souligne que Maslowski avait par la suite contesté l’interprétation extrêmement précise que Gore avait donnée de ses travaux.

Pour le chroniqueur, ce type de prédiction illustre le problème plus général de la communication climatique : des scénarios scientifiques complexes et incertains peuvent devenir, lorsqu’ils entrent dans l’arène médiatique ou politique, des affirmations beaucoup plus catégoriques.

Un débat qui dépasse largement les incendies de l’été

Le véritable objet du texte de Warren n’est donc pas de nier les changements climatiques, mais de mettre en garde contre ce qu’il perçoit comme le retour d’un cycle politique bien connu : événement météorologique spectaculaire, couverture médiatique intensive, remontée de l’inquiétude climatique dans les sondages, puis nouvelles pressions politiques contre les hydrocarbures.

Et le moment serait particulièrement important.

Après plusieurs années marquées par les crises énergétiques européennes, les tensions géopolitiques, les problèmes d’approvisionnement et la recherche de nouvelles routes commerciales, le rôle stratégique du pétrole et du gaz est revenu au centre des préoccupations occidentales.

Le Canada se retrouve ainsi devant deux discours concurrents.

Le premier insiste sur la nécessité d’exploiter davantage les ressources canadiennes, d’augmenter les capacités de transport et d’exportation et de profiter de la demande internationale pour renforcer la sécurité énergétique du pays et de ses alliés.

Le second soutient que l’accélération des changements climatiques exige au contraire de réduire rapidement la dépendance aux combustibles fossiles et de limiter les investissements dans de nouvelles infrastructures qui pourraient fonctionner pendant plusieurs décennies.

Warren ne cache pas dans quel camp il se situe.

Pour lui, les producteurs de pétrole et de gaz et les défenseurs de nouveaux pipelines doivent se préparer à une nouvelle bataille politique. La remontée de l’inquiétude climatique dans l’opinion publique offre, estime-t-il, une occasion aux grandes organisations environnementales de remettre sur la défensive un secteur énergétique qui avait recommencé à gagner du terrain dans le débat public.

Son message est essentiellement politique : lorsque la fumée et la chaleur reviennent à Toronto et à Ottawa, les conséquences risquent de se faire sentir jusque dans les projets pétroliers et gaziers de l’Ouest canadien.

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