En 2025, il devient difficile de ne pas être méfiant sur les réseaux sociaux. Entre les deepfakes, les fausses nouvelles, l’usurpation d’identité et la reproduction de voix familières, les fraudeurs disposent désormais d’une panoplie d’outils redoutables pour piéger leurs victimes. Et si les jeunes générations sont souvent plus alertes face aux tentatives grossières, il n’en va pas toujours de même pour nos parents et grands-parents.
Des scénarios de plus en plus sophistiqués
Dans mon entourage, deux personnes âgées ont récemment reçu des appels inquiétants : un prétendu représentant de leur institution bancaire leur affirmait que leur carte avait été compromise et qu’un employé devait venir la récupérer à domicile. Fort heureusement, elles ont flairé l’arnaque. Une banque ne vient jamais chercher une carte bancaire à domicile, c’est la première règle à retenir.
Mais tous n’ont pas cette chance. Depuis 2023, les cas de fraude envers les aînés explosent au Québec. Les escrocs s’appuient sur des bases de données accessibles en ligne – les fameux bottins téléphoniques virtuels – pour repérer des prénoms associés à une génération plus âgée. Quand on s’appelle Bertrand, Claire ou Monique, les fraudeurs savent qu’ils n’ont sans doute pas affaire à un jeune de 25 ans.
Montréal, Québec, Rive-Sud : un phénomène qui s’étend
En février 2023, la police de Montréal lançait un avis public : six individus se faisaient passer pour des employés de banque dans des quartiers comme Lachine, LaSalle et Verdun. Grâce à une application d’usurpation d’identité téléphonique, le nom de l’institution apparaissait sur l’afficheur des victimes.
En mars 2024, un homme a été accusé d’avoir détroussé 55 aînés – dont une femme de 98 ans – par la ruse du « faux représentant » : il se présentait chez eux, repartant avec leurs cartes bancaires et leurs NIP. Les pertes se chiffraient en centaines de milliers de dollars.
En septembre 2025, une octogénaire de la Rive-Sud a elle aussi cru devoir remettre ses cartes à un individu prétendant travailler pour sa banque. L’homme, habillé avec soin, s’est présenté à son domicile après un appel alarmiste. Ce cas illustre à quel point ces fraudes se professionnalisent : scénario préparé, ton rassurant, voix crédible. Rien n’est laissé au hasard.
En juillet 2025, une autre affaire a fait grand bruit : une fraudeuse a reconnu avoir volé plus de 170 000 dollars à une vingtaine d’aînés. L’une des victimes avait reçu un appel d’un soi-disant enquêteur de Desjardins Assurances : on lui demandait de retirer de l’argent pour « piéger un fraudeur ». La femme, convaincue de collaborer avec sa banque, a perdu toutes ses économies.
Le piège de la voix familière
Autre stratagème en vogue : la fraude dite des grands-parents. Un faux petit-fils téléphone, paniqué, depuis un prétendu voyage à l’étranger. La victime reconnaît la voix – du moins, croit la reconnaître. Les nouvelles applications d’intelligence artificielle permettent désormais de reproduire une voix avec une précision troublante à partir de quelques secondes d’enregistrement disponibles sur les réseaux sociaux. Une technologie qui, mal utilisée, devient une arme psychologique redoutable.
Comment se protéger
Ne jamais donner de NIP ni de carte à une personne qui se présente comme un représentant bancaire.
Raccrocher et rappeler directement son institution avec le numéro officiel figurant au dos de la carte.
Poser une question que seul un proche pourrait savoir, hors de tout renseignement public.
Et surtout, en parler à ses proches âgés. Même une simple conversation peut suffire à éveiller la méfiance et à les protéger.



