Frédéric Lacroix en entrevue : le patronat instrumentalise la pénurie pour justifier l’immigration massive

Le patronat fait une campagne médiatique pour demander une hausse des seuils d’immigration afin de résoudre le problème de la pénurie de main-d’œuvre. Frédéric Lacroix affirme qu’une augmentation de l’immigration ne va pas régler ce problème. Ce chercheur indépendant milite pour une baisse drastique de l’immigration pour freiner la perte de la qualité de nos services publics et pour tenter d’éviter la disparition du fait français au Québec.

Frédéric Lacroix est chercheur indépendant, chroniqueur et essayiste.

Simon Leduc : Les entreprises demandent une hausse de l’immigration temporaire afin de freiner la pénurie de main-d’œuvre. Que pensez-vous de cela?

Frédéric Lacroix : «Actuellement, il y a une campagne de presse, mise en place par le Conseil du patronat, pour s’opposer à la volonté du gouvernement du Québec et d’Ottawa de réduire l’immigration temporaire. Il y a clairement une intention de réduire ce type d’immigration.

J’estime que tous les arguments économiques en faveur d’une immigration de masse ne sont pas très solides. Les employeurs sont en difficulté parce que leurs raisonnements ne sont plus fondés. Donc, ces derniers essaient de nous émouvoir avec une campagne de presse. Ils tentent de convaincre les Québécois que des entreprises vont fermer à cause d’un manque de travailleurs. C’est pour cela que Québec doit continuer sa politique d’immigration de masse. Le patronat joue sur les émotions de façon outrageuse dans ce dossier.

Une politique migratoire massive ne va pas résoudre le problème de la pénurie de main-d’œuvre de façon globale. Nous savons qu’une immigration incontrôlée cause de gros problèmes à la société d’accueil : la crise du logement, la hausse de l’inflation et du coût de la vie, un problème dans l’intégration des immigrants aux valeurs de la société d’accueil, etc. Cela exerce une pression supplémentaire sur les services publics. Depuis des années, le Québec est victime de la politique d’immigration de masse imposée par un gouvernement libéral très idéologique sur cette question. Il faut absolument y mettre un terme.

D’autre part, le patronat de ne soucie pas du tout de la collectivité dans son argumentaire. Le bien commun est totalement absent de la pensée des employeurs. Ils pensent qu’à leur propre profit au détriment de l’ensemble de la société civile.  Il y a des études qui confirment que l’immigration de masse exerce une influence à la baisse sur les salaires. Quand le taux d’immigration est raisonnable, cela peut être positif sur la rémunération des travailleurs. Mais quand on dépasse un certain seuil, cela cause une réduction des salaires. On a pu observer ce phénomène sur les emplois les moins rémunérés. À mes yeux, la politique d’immigration de masse canadienne est une stratégie pour diriger les salaires vers le bas. La campagne de presse du patronat frise l’hystérie.»

Il y a t-il une volonté du gouvernement Legault de baisser les seuils d’immigration?

Frédéric Lacroix : «La CAQ est dans les paroles et pas souvent dans l’action. Le premier ministre Legault a affirmé qu’une diminution de l’immigration temporaire était nécessaire. Cependant, il a fait le contraire. Par l’exemple, avant les élections de 2022, il a dit qu’accueillir plus de 50 000 personnes serait suicidaire pour le peuple québécois. Or, après cela, le gouvernement de la CAQ a augmenté l’immigration permanente. Le premier ministre ne se distingue pas par sa cohérence. Cela fait des années que la CAQ répond aux moindres désirs du patronat. Le gouvernement a haussé l’immigration temporaire pour faire plaisir aux employeurs. Je pense que la CAQ aurait de la misère de baisser les seuils d’immigration à cause de la pression du lobby patronat qui en veut toujours plus.»

En ce moment, le Parti québécois est le seul parti politique qui propose de baisser les taux d’immigration au Québec. Selon vous, quelles mesures le PQ devraient promouvoir d’ici la prochaine élection afin de freiner l’immigration de masse qui frappe le Québec de plein fouet?

Frédéric Lacroix : «Si le Parti québécois prend le pouvoir, il aura de la difficulté à combattre le problème migratoire, car ses opposants (dont le patronat) vont hargneusement l’attaquer. S’ils prennent le pouvoir en 2026, les péquistes auraient fort à faire pour résister aux attaques acrimonieuses du secteur privé.»

Est-ce que tous les partis politiques (comme le suggère Éric Duhaime du PCQ) devraient faire front commun contre Ottawa afin demander fortement plus de pouvoir en matière d’immigration?

Frédéric Lacroix : «Je ne crois pas vraiment à ce genre de stratégie, car le PLQ bénéficie électoralement de cette immigration de masse. Les libéraux provinciaux vont toujours défendre une telle politique parce que c’est payant pour eux sur le plan électoral. De plus, Québec solidaire fait la promotion de l’immigration de masse pour des raisons idéologiques. Alors, un front commun sur cette question est impossible à cause des divergences de point de vue au sein des partis politiques.»

Qu’est-ce que Québec pourrait faire pour régler le problème de l’immigration de masse?

Frédéric Lacroix : Tout d’abord, il devrait déclencher un référendum sur l’immigration afin d’obtenir un mandat clair de la population. Cela donnerait un rapport de force important à la nation québécoise dans sa lutte contre Ottawa.

D’autre part, le gouvernement du Québec pourrait couper l’accès aux services sociaux, qui sont payés par la collectivité, pour une certaine catégorie d’immigrants. Cela lui permettrait de baisser les taux d’immigration. Le ministre Roberge a déjà coupé une portion de l’aide sociale à certains demandeurs d’asile. Cela a causé un tollé de la part des immigrationnistes. Une telle mesure aurait un effet dissuasif sur les gens qui s’installent au Québec. Dans l’accès aux services publics, il faut favoriser les citoyens et ceux qui sont détenteurs de la résidence permanente. Mais, cela prendrait un courage politique inouï pour mettre en place une telle politique.

Pour conclure, je pense qu’on n’a pas le choix d’agir afin d’arrêter la noyade linguistique de la nation québécoise. De plus, l’affaiblissement de la crise du logement et la hausse du niveau de vie des Québécois seraient possibles  avec une baisse drastique des seuils d’immigration.»

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