Depuis plusieurs mois, un climat de peur s’installe dans certaines communautés sud-asiatiques au Canada. Intimidation armée, extorsion systématique, menaces filmées et diffusées en ligne : ce phénomène criminel, longtemps cantonné à des rumeurs locales, est désormais documenté ouvertement. Dans un article publié le 1er février 2026, The Spectator dresse un portrait alarmant de cette criminalité organisée transnationale, en s’attardant particulièrement à la situation de Surrey, en Colombie-Britannique, et de Brampton, en Ontario. Le texte est signé par la journaliste Jane Stannus.
Une mécanique d’extorsion rodée et violente
Jane Stannus rapporte pour The Spectator que les gangs ciblent prioritairement des membres de leurs propres communautés, notamment des entrepreneurs, commerçants ou propriétaires immobiliers sud-asiatiques. Le modus operandi est désormais bien établi : une demande de paiement est formulée, souvent présentée comme une « contribution » ou une « donation ». En cas de refus, des menaces explicites suivent, puis des démonstrations de violence.
Selon les informations relayées, les gangs se déplacent directement au domicile ou au commerce de leurs cibles, tirent à balles réelles sur des bâtiments ou des véhicules, filment l’attaque et diffusent ensuite la vidéo sur les réseaux sociaux ou l’envoient directement à la victime. Le message est clair : payer, ou subir une escalade.
Surrey et Brampton, épicentres du phénomène
À Surrey, en Colombie-Britannique, la situation a atteint un tel niveau que les autorités municipales demandent désormais au gouvernement fédéral de déclarer un état d’urgence national. La police locale a recensé 35 tentatives d’extorsion depuis le début du mois de janvier seulement, selon les données citées par The Spectator.
Mais c’est à Brampton, en Ontario, que l’ampleur du problème apparaît la plus préoccupante. Jane Stannus rapporte que la police régionale y enregistre près de 500 cas d’extorsion par année depuis 2023. Edmonton et, plus récemment, Calgary sont également touchées par des crimes similaires, signe d’une propagation géographique rapide.
Le cas Dharmjit Mand : une spirale de violence
L’article de The Spectator s’attarde longuement sur le témoignage de Dharmjit Mand, un Ontarien contacté à l’automne 2025 via WhatsApp. Un interlocuteur lui annonce qu’il a été « choisi » pour verser 2 millions de dollars au gang Lawrence Bishnoi, une organisation criminelle transnationale basée en Inde.
Mand bloque le numéro et contacte la police. Mais, selon son récit rapporté par Jane Stannus, un second appel survient quelques semaines plus tard : « On va te montrer ce qu’on peut faire. » Le lendemain soir, une voiture passe devant sa ferme et sept coups de feu sont tirés. Une vidéo de l’attaque est ensuite mise en ligne, accompagnée de menaces et d’accusations mensongères le présentant comme trafiquant de drogue.
Après avoir été contraint de quitter son domicile pour se réfugier chez son frère, Mand voit également la maison de ce dernier ciblée par des tirs. Il affirme désormais vouloir quitter le Canada pour s’installer aux États-Unis.
Le gang Lawrence Bishnoi et ses ramifications
Jane Stannus précise que la majorité des tentatives d’extorsion sont menées au nom d’organisations criminelles opérant depuis l’étranger. Le gang Lawrence Bishnoi occupe une place centrale dans ce réseau. Dirigé depuis une prison de haute sécurité en Inde, où son chef est incarcéré depuis 2015, le groupe aurait implanté des structures durables au Canada.
Le gouvernement canadien a désigné le gang Lawrence Bishnoi comme organisation terroriste en septembre dernier, rappelle The Spectator. Des groupes sikhs accusent depuis longtemps des agents de l’État indien d’utiliser ce réseau criminel pour cibler des militants pro-Khalistan au Canada, notamment lors de l’assassinat de Hardeep Singh en 2023 sur le sol canadien.
D’autres groupes criminels, ainsi que des imitateurs, participent également à cette économie de l’extorsion. L’article mentionne notamment un individu lié au gang « Brothers Keeper », impliqué dans une série de tirs, d’incendies criminels et de tentatives d’extorsion dans la région d’Edmonton en 2023, ciblant des entrepreneurs du secteur de la construction. Des maisons neuves ont même été incendiées avant l’émission de permis d’occupation, en représailles à des refus de paiement.
Arrestations, libérations… et sentiment d’impunité
Si plusieurs suspects ont été arrêtés, Jane Stannus souligne que le sentiment dominant dans les communautés concernées est celui d’une justice inefficace. À Surrey comme à Brampton, des critiques dénoncent les règles actuelles en matière de mise en liberté sous caution, qui obligeraient la police à relâcher rapidement des individus violents, parfois en moins de 24 heures, en attendant des procès fixés à des dates lointaines.
Lorsque ces dossiers arrivent devant les tribunaux, la journaliste rapporte que l’accent mis par le système judiciaire canadien sur la « réintégration » et sur une justice dite « fondée sur l’identité » se traduirait par des peines légères et des possibilités de libération anticipée, alimentant la perception d’impunité.
Immigration et exploitation des failles du système
L’article de The Spectator insiste également sur l’exploitation des faiblesses de la politique migratoire canadienne par ces réseaux criminels. Jane Stannus écrit que plusieurs membres de gangs se trouvent au Canada illégalement, souvent après l’expiration de visas étudiants. Certains auraient même été connus des autorités dans leur pays d’origine, sans que cela n’empêche leur entrée au Canada.
Selon les informations fournies à The Spectator par l’avocat en immigration de Vancouver Richard Kurland, au moins 14 suspects ont évité une expulsion en décembre dernier en déposant une demande d’asile. Ce geste leur permettrait de rester au Canada pendant plusieurs années, avec accès aux soins de santé subventionnés et à divers programmes sociaux, en attendant que la Commission de l’immigration et du statut de réfugié statue sur leurs dossiers, dans un contexte de retards accumulés sur plusieurs années.
Une population à bout, entre peur et tentation de l’autodéfense
À Surrey, les autorités craignent que de nombreux cas d’extorsion ne soient tout simplement pas signalés, par peur de représailles. Des résidents estiment que la police n’est plus en mesure d’assurer une protection efficace. Certains réclament désormais un assouplissement des lois canadiennes en matière de légitime défense et de possession d’armes, afin de pouvoir se protéger eux-mêmes.
La police appelle toutefois au calme. Jane Stannus rapporte qu’un cas récent aurait vu une victime d’extorsion faire l’objet d’une enquête après avoir prétendument riposté par des tirs à une attaque en voiture, alimentant la crainte d’un glissement vers le vigilantisme.
Une responsabilité politique désormais exposée
En conclusion, The Spectator estime que la situation actuelle est le résultat direct de politiques fédérales permissives mises en place sous les gouvernements libéraux de Justin Trudeau, qui auraient permis à la criminalité organisée transnationale de prospérer au Canada. La journaliste souligne que la mairesse de Surrey, Brenda Locke, a désormais clairement désigné Ottawa comme responsable, forçant le gouvernement fédéral à réagir.
La question demeure : le Canada verra-t-il un véritable changement sous la direction de Mark Carney, ou s’agira-t-il d’une simple continuité politique ? Pour les communautés directement visées, l’attente se fait dans la peur — et dans le doute.



