Alors même qu’il tente de se positionner comme un candidat plus pragmatique, plus connecté aux préoccupations économiques et à l’impatience grandissante de la population, voilà que Bernard Drainville replonge dans un argumentaire que l’on croyait relégué aux années 2010 — celui des robinets en feu et des nappes phréatiques menacées par la fracturation hydraulique.
Une image forte, certes. Mais surtout une image dépassée.
Le retour des vieux réflexes
En affirmant que l’exploitation du gaz de schiste mettrait « à risque l’eau potable », Bernard Drainville ne fait pas preuve de prudence éclairée — il recycle des arguments anachroniques discrédités depuis plus d’une décennie.
Ce type d’argumentaire renvoie directement à une époque bien précise : celle du début des années 2010, où le documentaire Gasland imposait dans l’espace public une vision spectaculaire — et souvent simpliste — de la fracturation hydraulique. L’image du robinet en feu, devenue virale, a frappé l’imaginaire collectif au point de s’imposer comme un raccourci quasi réflexe dans le débat.
Mais gouverner en 2026 comme si cette séquence constituait encore un état des connaissances, c’est refuser de reconnaître quinze ans d’évolution technologique, réglementaire et scientifique. C’est aussi entretenir, volontairement ou non, une confusion entre des cas isolés, parfois antérieurs à toute activité de fracturation, et la réalité actuelle d’une industrie encadrée et largement documentée.
Autrement dit, ce n’est plus seulement une position prudente — c’est une posture qui confine à l’absurde, tant elle repose sur des images figées dans le temps plutôt que sur les données disponibles aujourd’hui.
Depuis, pourtant, le débat a évolué. Les connaissances ont progressé. Les pratiques industrielles ont été encadrées, améliorées, standardisées. Et surtout, des centaines de milliers de puits ont été forés en Amérique du Nord sans produire le scénario catastrophe annoncé. Mais au Québec, certaines images semblent avoir été figées dans le temps.
Ignorer quinze ans de données
Le problème n’est pas d’avoir des réserves. Le problème, c’est d’ignorer systématiquement l’évolution des faits.
Depuis plus de quinze ans, l’industrie du gaz de schiste a été observée, étudiée, réglementée. Des juridictions comparables au Québec — tant sur le plan géologique que réglementaire — ont développé ces ressources tout en maintenant des standards environnementaux élevés.
Plus encore, plusieurs analyses ont mis en lumière un paradoxe rarement évoqué dans le débat québécois : refuser d’exploiter du gaz local ne supprime pas la consommation — il la déplace.
Le Québec continue d’importer massivement du gaz naturel, souvent produit ailleurs selon des normes différentes, puis transporté sur de longues distances. Une réalité qui soulève une question simple, mais fondamentale : en quoi est-il plus écologique de dépendre du gaz des autres que de produire le sien?
Une incohérence politique troublante
Ce retour aux réflexes du passé est d’autant plus étonnant que Bernard Drainville a récemment tenté d’adopter un ton plus lucide, voire plus humble.
Lors d’une entrevue avec Ian et Frank, il reconnaissait que la CAQ devait faire preuve d’honnêteté face à ses erreurs — notamment sur le dossier du troisième lien. Il allait même jusqu’à affirmer qu’une formation politique devait, pour regagner la confiance, commencer par reconnaître ses fautes.
Très bien. Mais cette logique ne s’applique-t-elle qu’à certaines promesses?
Car il faut le rappeler : la CAQ avait aussi, à ses débuts, ouvert la porte à l’exploitation des hydrocarbures québécois, dans une perspective de développement économique et d’autonomie énergétique. Cette promesse, elle aussi, a été abandonnée. Et sur celle-ci, aucun mea culpa.
Populisme économique… ou prudence électorale?
Drainville cherche manifestement à capter une certaine impatience populaire — celle d’une population qui voit les projets bloqués, les coûts exploser et les occasions économiques s’évaporer. Mais sur la question énergétique, il semble hésiter à franchir le pas.
Résultat : une position hybride, difficile à défendre. D’un côté, un discours qui se veut ancré dans le réel économique. De l’autre, un refus de rouvrir un dossier pourtant central à toute stratégie sérieuse d’autonomie énergétique.
Le Québec face à ses contradictions
Le débat sur le gaz naturel au Québec est devenu, au fil des années, un cas d’école de paralysie politique.
On veut réduire les émissions, mais on refuse certains leviers. On veut plus d’autonomie, mais on dépend des importations. On veut développer l’économie, mais on bloque des ressources disponibles.
Dans ce contexte, répéter des arguments issus d’un autre cycle médiatique ne permet pas d’avancer. Cela entretient plutôt une forme de statu quo confortable — mais coûteux.
À quoi joue Drainville?
La question demeure. Cherche-t-il réellement à proposer une vision cohérente du développement énergétique du Québec? Ou tente-t-il simplement d’éviter un débat qu’il juge trop risqué politiquement?
Dans un cas comme dans l’autre, le résultat est le même : un discours qui regarde vers le passé, alors que les enjeux, eux, sont résolument tournés vers l’avenir.
Et à force de gouverner avec les peurs d’hier, on finit par manquer les occasions d’aujourd’hui.



