Pour la deuxième fois en une semaine, le NPD se retrouve projeté malgré lui sur la scène internationale — non pas pour ses idées, mais pour le ridicule de ses propres mises en scène. Après l’épisode déjà largement tourné en dérision des cartes de «points de privilège» chaotiques lors de son congrès, voilà que le parti replonge dans la controverse avec une sortie qui dépasse cette fois les frontières canadiennes.
Lors d’une conférence de presse, la députée néo-démocrate Leah Gazan a évoqué, sans hésitation, un prétendu «génocide des MMIWG2SLGBTQQIA+» — un acronyme si long et si obscur qu’il a immédiatement déclenché une vague de moqueries à l’échelle mondiale. En quelques secondes, ce qui aurait pu rester une intervention partisane est devenu un phénomène viral, repris autant par les médias américains que français et amplifié par des centaines de milliers de réactions en ligne.
Une sortie qui fait le tour du monde
C’est le New York Post, sous la plume de Chris Nesi, qui a donné le ton aux réactions américaines en qualifiant la sortie de Leah Gazan d’exemple frappant de dérive «woke». Le quotidien new-yorkais souligne que la députée a évoqué, «avec le plus grand sérieux», un prétendu «génocide des MMIWG2SLGBTQQIA+» lors d’une dénonciation de compressions budgétaires fédérales.
Le média insiste particulièrement sur la longueur et l’absurdité perçue de l’acronyme, composé de seize caractères, regroupant à la fois les femmes autochtones disparues ou assassinées et une série d’identités sexuelles et de genre. Le New York Post note que même en ligne, les réactions ont été immédiates et massives, certains internautes comparant l’expression à un «mot de passe ultra-sécurisé» ou soulignant l’absence totale de clarté quant au groupe réellement visé.
En France, Le Figaro, dans un article d’Alexandre Bourcier, adopte un ton plus mesuré mais tout aussi critique. Le quotidien relève que l’acronyme, «quasi imprononçable», a suscité «un torrent de moqueries», certains y voyant la caricature d’une inflation bureaucratique et idéologique des sigles. Le journal rappelle néanmoins un élément crucial : cette terminologie n’est pas improvisée, mais bien utilisée dans des documents officiels du gouvernement canadien.
Ce détail, loin d’atténuer la controverse, semble au contraire l’avoir aggravée. Ce n’est plus seulement une élue qui s’exprime, mais un langage institutionnel entier qui se retrouve exposé au ridicule international.
Un acronyme officiel… et révélateur
Contrairement à ce que certains pourraient croire, l’expression «MMIWG2SLGBTQQIA+» ne sort pas de nulle part. Elle s’inscrit dans un cadre bien précis, celui du plan d’action national découlant de l’enquête sur les femmes et filles autochtones disparues et assassinées.
Le document officiel du gouvernement canadien, produit en 2021, parle explicitement de «mettre fin au racisme systémique et à la violence envers les femmes, les filles et les personnes 2SLGBTQQIA+ autochtones» .
Plus encore, ce rapport élargit délibérément le champ de l’enquête initiale, qui portait sur les femmes et les filles autochtones, pour y inclure des identités de genre et des orientations sexuelles diverses. Il affirme que cette extension découle d’une compréhension «intersectionnelle» de la violence et de la colonisation, allant jusqu’à intégrer des concepts comme le «gendercide» et des cadres théoriques inspirés des études décoloniales.
Ce glissement conceptuel est central pour comprendre la controverse actuelle. Ce qui, à l’origine, désignait un problème précis — la surreprésentation dramatique des femmes autochtones parmi les victimes de violence — devient un ensemble beaucoup plus large, englobant des catégories hétérogènes.
La confusion des catégories au cœur des critiques
C’est précisément ce mélange des registres qui alimente les critiques, y compris parmi certains commentateurs pourtant favorables aux causes autochtones ou LGBT.
Comme l’illustre une réaction virale largement partagée sur X, plusieurs internautes soulignent que «l’indigénéité» relève de l’ethnicité, alors que les identités LGBT concernent la sexualité ou le genre. Fusionner ces dimensions dans un même acronyme serait donc, selon eux, une confusion fondamentale.
Ce point est loin d’être anodin. Il touche à la cohérence même du discours public. En cherchant à tout inclure, on finit par produire des catégories si vastes qu’elles deviennent difficiles à comprendre, voire impossibles à mobiliser efficacement.
Même certains critiques bienveillants reconnaissent que cette inflation de sigles peut finir par desservir la cause qu’elle prétend défendre, en diluant son message et en détournant l’attention des enjeux concrets.
Le mot «génocide» au centre de la controverse
Mais au-delà de l’acronyme, c’est surtout l’usage du terme «génocide» qui cristallise les tensions.
Le gouvernement canadien lui-même, dans le cadre de l’enquête nationale, a adopté ce terme pour qualifier la situation des femmes autochtones. Une position qui demeure extrêmement contestée, tant sur le plan juridique qu’historique.
Dans le contexte actuel — marqué par les conflits au Moyen-Orient et l’usage inflationniste du mot dans le débat public — cette qualification apparaît pour beaucoup comme une banalisation du concept. L’idée qu’un phénomène aussi complexe soit résumé par un terme aussi chargé contribue à renforcer la perception d’un discours déconnecté du réel.
Et c’est précisément cette combinaison — un acronyme jugé absurde et une accusation maximale — qui a transformé une intervention politique en moment viral.
Une séquence symptomatique d’un problème plus large
Au fond, l’épisode Gazan dépasse largement la personne de la députée. Il met en lumière une dynamique plus profonde au sein de certaines institutions canadiennes : la tendance à complexifier le langage au point de le rendre hermétique, et à maximaliser les qualificatifs au risque de les vider de leur sens.
Le résultat est paradoxal. Alors que l’objectif affiché est de sensibiliser et de mobiliser, le message devient difficile à comprendre, voire contre-productif. Et dans un monde hyperconnecté, où chaque déclaration peut être amplifiée à l’échelle mondiale en quelques minutes, ce type de dérapage linguistique ne reste jamais confiné au débat national.
Le NPD, déjà en difficulté sur plusieurs fronts, se retrouve ainsi malgré lui au centre d’une séquence où la politique canadienne apparaît, une fois de plus, comme un objet de perplexité — et souvent de moquerie — sur la scène internationale.



