Le passage de Mathieu Bock-Côté à l’émission Tout le monde en parle sur Radio-Canada pour présenter son livre Les deux Occidents a suscité beaucoup d’attention. Toute personnalité moindrement conservatrice invitée à cette messe hebdomadaire de la gauche multiculturaliste se retrouve en « territoire hostile ». À tel point que certains qualifient ces épisodes de « dîners de cons ».
Sans surprise, le sociologue et essayiste n’a pas eu droit à l’entrevue complaisante réservée aux partisans du régime diversitaire et du multiculturalisme. L’animateur Guy A. Lepage a tenté de le piéger en associant son ouvrage à la théorie du « grand remplacement » — un piège que Bock-Côté a habilement esquivé, tout en livrant des répliques percutantes.
Le « grand remplacement » est souvent invoqué par les militants de gauche pour diaboliser tout discours conservateur critique de l’immigration massive. Dans une vidéo titrée « grand remplacement : histoire d’une théorie du complot raciste et meurtrière », le média français Blast a recours à des amalgames outranciers (avec le KKK, les nazis, les antisémites, ou des tueries) tout en ignorant les statistiques démographiques.
La notion de grand remplacement a été formulée par l’écrivain français Renaud Camus, qui l’explicite dans plusieurs ouvrages. Il y décrit un remplacement démographique et culturel observable: la population européenne historique cède progressivement sa place à des populations venues du Maghreb, du Moyen-Orient ou de l’Afrique subsaharienne, phénomène qui s’effectue par voie d’immigration massive, accéléré par les différences de taux de natalité. Camus n’évoque aucun complot, mais un constat objectif basé sur la réalité observable.
Pourtant, selon Wikipedia, le grand remplacement serait une « théorie complotiste d’extrême droite (…) biaisée par une défiance de nature xénophobe et raciste », selon laquelle s’opérerait « un changement de civilisation (…) organisé par une élite politique, intellectuelle et médiatique (…) qui maintiendrait à ce sujet une conspiration du silence ».
Deux points essentiels méritent d’être relevés : premièrement, les statistiques démographiques confirment que la proportion de populations d’ascendance européenne diminue dans l’Occident. Deuxièmement, il reste tabou d’en parler publiquement : le système politico-médiatique décourage toute analyse corroborant ce constat. L’entrée biaisée de Wikipédia en est un exemple manifeste.
Le processus s’observe sans qu’aucune conspiration secrète ne soit nécessaire. Au Canada, L’Initiative du siècle (Century Initiative), lobby pro-immigration, prône une population de 100 millions d’ici 2100. Le président du conseil d’administration, Mark Wiseman (également cadre chez BlackRock) fut l’un des principaux donateurs à la campagne de Mark Carney pour la chefferie du Parti Libéral.

« 100 millions de Canadiens d’ici 2100 n’est peut‑être pas une politique fédérale, mais ça devrait l’être — même si ça fait hurler le Québec. »
Le Canada connaît la plus haute proportion de population immigrante dans le G7. Selon Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), les immigrants comptaient pour 16% de la population canadienne en 1991, passaient à 20.6% en 2011 et sont estimés à 26% pour 2026. Leur proportion est projetée à 31.8 en 2041. Ces données n’incluent pas les immigrants de seconde génération, soit ceux avec au moins un parent issu de l’immigration.
En 2024, le Canada a accueilli 483,390 nouveaux résidents permanents, très majoritairement de provenance extra-européenne, dont l’Inde (127,320), les Philippines (32,300), la Chine (29,950), le Cameroon (21,200), le Nigeria (20,180), l’Ériterée (16,585), l’Afghanistan (12,280), le Pakistan (11,940) et l’Iran (11,150).
Dans l’Union européenne, le phénomène est similaire. En 2010, selon Eurostat, 6,5% de la population totale étaient née outre-continent. Selon les données les plus récentes d’Eurostat de l’institut RFBerlin, cette proportion dépasse 10% en 2024, avec plus de 12,6 % pour l’Allemagne et 10,8 % pour la France.
Comparés aux données européennes, les chiffres pour le Canada illustrent la vocation d’État post-national prônée par Justin Trudeau. Outre, la répartition par tranche d’âge donne un aperçu de la démographie à venir : la proportion de Canadiens de souche est plus élevée chez les 65 ans et plus que dans la population totale, tandis qu’un tiers des enfants ont au moins un parent né à l’étranger.
Le grand remplacement n’est donc qu’un terme pour désigner une réalité démographique incontestable, documentée par les autorités nationales et européennes. Ce choix de vocabulaire dérange parce qu’il attire l’attention sur un phénomène plus large : un mouvement migratoire massif soutenu par des politiques et idéologies convergentes. D’une part, un progressisme décolonial; de l’autre, un capitalisme globaliste qui réduit l’humain à sa plus simple expression de consommateur, remplaçant ce qui est singulier et enraciné, par de l’interchangeable standardisé.
Changer la population qui habite un pays transforme sa culture. Qu’est-ce qu’un peuple sinon la culture qui lui est propre? Un mouvement de masse de cette ampleur entraîne inévitablement une transformation culturelle radicale, voire la disparition des identités nationales historiques d’ascendance européenne — ou autrement dit, leur « remplacement ».
Briser le tabou entourant le « grand remplacement » est devenu indispensable si l’on veut enfin débattre sereinement de l’avenir culturel des nations occidentales. En quoi serait-il répréhensible pour un peuple de s’inquiéter de la continuité de sa culture et de son héritage ? Nulle part ailleurs qu’en Occident on ne reprocherait à une population autochtone de vouloir préserver ce qu’elle est.
Ceux qui instrumentalisent la notion de grand remplacement afin de réduire toute critique de l’immigration à un réflexe d’intolérance ou à une dérive extrémiste sont-ils naïvement dans le déni d’une dynamique démographique pourtant observable? Jugent-ils leur propre héritage tellement problématique qu’il devrait s’effacer ? Ou adhèrent-ils à un idéal globaliste économique et culturel qui requiert le sacrifice des identités nationales, perçues comme des obstacles? Tant que le débat sera confisqué par la stigmatisation, aucune discussion constructive ne pourra émerger.



