Grand retour du nucléaire : la Saskatchewan et son uranium au centre des convoitises mondiales

À Saskatoon, l’ambiance n’était plus à la prudence, mais à l’euphorie. Devant une salle comble réunissant plus de 300 dirigeants, investisseurs et ingénieurs, le président de Cameco, Tim Gitzel, a affirmé que l’industrie mondiale de l’uranium vit « un essor sans précédent », après une décennie de stagnation. « Nous avons connu dix années très difficiles, a-t-il reconnu. Nous avons dû prendre des décisions dures, et des milliers d’emplois ont été perdus ici, en Saskatchewan. Mais aujourd’hui, le vent a tourné. »

Gitzel, qui s’exprimait lors de la conférence annuelle de l’Association nucléaire canadienne à TCU Place, a décrit une dynamique mondiale nouvelle : l’énergie nucléaire revient sur le devant de la scène, portée par la quête planétaire d’électricité propre et fiable. Dans l’article du Financial Post publié le 22 octobre 2025, il mentionne : « Des pays qui n’avaient jamais envisagé le nucléaire adoptent désormais des lois pour l’intégrer à leur bouquet énergétique », a-t-il expliqué.

Le virage s’explique en grande partie par les objectifs de carboneutralité. L’énergie nucléaire, produite par la fission du noyau atomique, est l’une des seules technologies capables de fournir une électricité massive et stable tout en émettant très peu de dioxyde de carbone. Et le Canada, grâce à la Saskatchewan et à ses gisements d’uranium, entend bien jouer un rôle central dans cette nouvelle ère énergétique.

Le premier ministre provincial Scott Moe a d’ailleurs profité de la tribune pour annoncer un engagement majeur : la création d’un réseau électrique provincial alimenté par l’énergie nucléaire. « La Saskatchewan se trouve au cœur du succès nucléaire canadien, a-t-il déclaré. Nous possédons ce dont le monde a besoin, et nous devenons peu à peu un fournisseur d’énergie d’envergure mondiale. »

Ce basculement ne se limite pas à la production d’uranium. Il s’accompagne d’un regain d’activité à l’échelle mondiale : des réacteurs fermés rouvrent, de nouveaux projets voient le jour, et les petits réacteurs modulaires — ces centrales miniatures capables d’alimenter des villes entières — suscitent un intérêt croissant. Gitzel a d’ailleurs souligné que de grandes entreprises technologiques cherchent aujourd’hui à sécuriser des approvisionnements en électricité « propre à l’échelle du gigawatt », afin d’alimenter leurs infrastructures liées à l’intelligence artificielle.

George Christidis, directeur général de l’Association nucléaire canadienne, partage cette confiance. « Le futur paraît lumineux, même dans une période d’incertitude mondiale, a-t-il dit. Le nucléaire représente une occasion unique d’unir le pays autour d’un objectif commun : bâtir un avenir énergétique durable. »

Dans un monde où plusieurs économies cherchent encore comment concilier croissance et décarbonation, le modèle canadien attire l’attention. L’Ontario est déjà citée en exemple à l’étranger pour son vaste programme nucléaire, qui combine fiabilité, innovation et réduction des émissions.

En tant que deuxième fournisseur mondial d’uranium, la Saskatchewan s’impose désormais comme un acteur stratégique dans la relance du nucléaire. « Le monde regarde la Saskatchewan, a insisté Christidis. Ce que nous faisons ici a un impact global. »

À l’heure où les grands producteurs d’énergie se repositionnent, la province semble prête à redevenir un pilier de la souveraineté énergétique canadienne — et un exemple pour les pays qui misent sur le nucléaire pour atteindre leurs objectifs climatiques.

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