Grève à la STM : la population prise en otage pendant que les syndicats s’enfoncent dans la déconnexion

Alors que Montréal se prépare à une nouvelle grève des chauffeurs et opérateurs de métro les 15 et 16 novembre, le ras-le-bol de la population atteint un sommet. Ce week-end encore, les transports en commun risquent d’être paralysés, malgré les appels à la raison de la Société de transport de Montréal (STM) et de plusieurs acteurs publics. Le Tribunal administratif du travail a entendu lundi la requête de la STM, qui réclame au minimum un service aux heures de pointe, afin de ne pas « prendre en otage tout un pan de la société ».

Cette nouvelle grève survient dans un contexte de délégitimation croissante du mouvement syndical, dont les excès, le militantisme politique et la coupure avec la réalité du monde du travail suscitent une profonde méfiance dans la population.

Des conditions de travail qui dépassent l’imagination

Le Bureau d’enquête du Journal de Montréal a levé le voile sur les conditions de travail des employés de la STM. Celles-ci dépassent largement les standards habituels du secteur public : quinze jours de maladie payés, et s’ils ne sont pas utilisés, versés en prime en fin d’année. Des primes multiples sont accordées pour des tâches aussi courantes que le nettoyage à la laveuse à pression ou le port de vêtements de protection.
Les employés bénéficient aussi d’une carte Opus VIP pour voyager gratuitement partout au Québec, et jouissent d’une garantie d’emploi absolue, même en cas d’avancées technologiques — ce qui exclut toute automatisation à la manière du REM.

Autre avantage singulier : les chauffeurs et opérateurs sont payés pour une journée complète même si leur quart est plus court. Une réalité que bien des travailleurs du commerce ou de la restauration, précarisés et souvent à temps partiel, trouveraient « rêvée », pour reprendre les mots du Bureau d’enquête.

Ces révélations ont renforcé l’impression d’un monde parallèle : celui d’un syndicalisme déconnecté, enfermé dans des conventions collectives obsolètes, au moment même où les usagers peinent à se rendre au travail, à leurs soins ou à visiter un proche malade.

PSPP plaide pour la reconnaissance du transport collectif comme service essentiel

Face à cette impasse, Paul St-Pierre Plamondon a pris la parole dimanche devant la station Honoré-Beaugrand, exigeant que les transports collectifs soient reconnus comme service essentiel.
Le chef péquiste a dénoncé la « prise en otage de la population » et promis qu’un gouvernement du Parti québécois mettrait fin à cette aberration :

« On va tout mettre en œuvre pour que plus jamais la population ne serve de levier dans un conflit de travail. »

Plamondon a donné six jours aux parties pour s’entendre, avertissant que le PQ collaborerait avec les autres partis pour forcer un retour à la normale si le conflit persiste.

Une crise de confiance envers les syndicats

Cette grève s’inscrit dans un climat de méfiance généralisée envers les syndicats, alimenté par des révélations répétées sur leur instrumentalisation politique et leur militantisme idéologique.
Le projet de loi 3 du ministre du Travail Jean Boulet, déposé à la fin octobre, vise justement à encadrer plus strictement l’usage des cotisations syndicales. Il prévoit que les sommes consacrées à des activités politiques, militantes ou judiciaires soient désormais facultatives — une mesure réclamée de longue date par les travailleurs eux-mêmes, souvent contraints de financer des causes qu’ils ne partagent pas.

L’affaire FTQ, épinglée plus tôt cette année pour des dépenses électorales illégales, et le militantisme woke de sa présidente, Magali Picard, a cristallisé le malaise. De son côté, la CSN persiste dans un militantisme politique assumé : défense de l’immigration massive, accusations de « montée de la droite conservatrice », campagnes contre des entreprises locales comme Renaud-Bray à l’approche des Fêtes… autant d’initiatives qui éloignent la centrale de sa mission première — la défense des travailleurs et la pérennité de leurs industries.

Une population prise en otage… encore et toujours

À Montréal, les conséquences sont tangibles : familles vulnérables privées d’aide alimentaire, aînés isolés, travailleurs de la santé incapables de rentrer chez eux. Selon TVA Nouvelles, les organismes communautaires comme MultiCaf ont vu leur clientèle chuter de 500 à 50 familles lors du premier débrayage du 1er novembre. La FADOQ, elle aussi, parle d’un « impact direct sur la santé et la sécurité » des personnes âgées.

Et pendant que des milliers de Montréalais marchent, attendent ou renoncent à sortir, les dirigeants syndicaux multiplient les déclarations politiques et les appels à la solidarité idéologique.
Sur les réseaux sociaux, la CSN se mobilise non pas pour assurer la continuité des services, mais pour mobiliser contre la “droite conservatrice” et pour boycotter des commerces québécois. Un paradoxe frappant pour des organisations qui se disent « au service du peuple ».

Le syndicalisme au pied du mur

Entre la grève des postes, les arrêts de travail dans les ports et les écoles, et maintenant la STM, le Québec vit une période d’épuisement collectif face à des syndicats qui semblent avoir oublié qu’ils existent grâce à aux cotisations des travailleurs — et non l’inverse.
Le projet de loi 3 de Jean Boulet, loin d’être une « attaque contre les syndicats » comme l’affirme la CSN, marque plutôt un tournant : celui d’un retour à la transparence et à la responsabilité.

Tant que les grandes centrales continueront à se comporter comme des mouvements militants plutôt que comme des représentants du travailleur ordinaire, elles perdront le soutien d’une population qui n’a plus les moyens de financer ses propres entraves.

La fin d’un modèle intouchable

Le modèle syndical québécois, longtemps perçu comme un contre-pouvoir légitime, se heurte aujourd’hui à la réalité : celle d’un peuple exaspéré de payer pour sa propre paralysie.
La grève de la STM n’est qu’un symptôme parmi d’autres d’une crise de légitimité historique.
Le Québec n’est plus en 1972 : l’époque où les syndicats pouvaient bloquer un pays sans en rendre compte est révolue.

Il est temps, enfin, de remettre les services essentiels au service du public, et les syndicats à leur juste place : celle de défendre les travailleurs, non d’imposer une idéologie.

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