Grèves à répétition: le transport aérien canadien risque de perdre en crédibilité

La nouvelle grève des agents de bord de WestJet, qui a entraîné l’annulation de plus de 300 vols, relance une question qui dépasse largement le conflit de travail lui-même. À force de voir le secteur aérien paralysé par des grèves ou des menaces de grève, le Canada risque-t-il de devenir une destination moins fiable aux yeux des voyageurs et des investisseurs?

C’est l’inquiétude exprimée par plusieurs experts interrogés par TVA Nouvelles, qui estiment qu’il devient urgent de revoir les mécanismes de règlement des conflits dans un secteur aussi stratégique.

Au cours de la dernière année seulement, les voyageurs ont été confrontés à une succession de crises. À l’été 2025, une grève et un lock-out avaient perturbé les activités aériennes pendant plusieurs jours, touchant des centaines de milliers de passagers. Quelques mois plus tard, une grève des pilotes d’Air Transat avait été évitée de justesse, mais seulement après des annulations préventives de nombreux vols. Voilà maintenant que WestJet subit à son tour un arrêt de travail majeur.

Pour Mehran Ebrahimi, directeur de l’Observatoire international de l’aéronautique et de l’aviation civile de l’UQAM, cette répétition des conflits nuit directement à la réputation du pays. Selon lui, le Canada devrait se doter d’un processus de règlement des différends qui protège davantage le public tout en respectant les droits des travailleurs. Chaque nouvelle menace de grève plonge des dizaines, voire des centaines de milliers de voyageurs dans l’incertitude, rappelle-t-il.

Au-delà des vacances compromises, les conséquences économiques sont également importantes. L’analyste en politiques publiques de l’Institut économique de Montréal, Gabriel Giguère, souligne qu’un conflit de travail dans le secteur aérien ne touche pas uniquement la compagnie concernée. Des milliers de voyageurs voient leurs déplacements annulés, des entreprises subissent des pertes et toute une chaîne économique est perturbée.

Cette analyse rejoint un débat plus large que nous avons souvent abordé: celui de la multiplication des conflits de travail au Canada, et particulièrement au Québec. Lorsque les grèves deviennent fréquentes dans des secteurs essentiels, elles ne représentent plus seulement un rapport de force entre un employeur et un syndicat. Elles finissent par imposer des coûts considérables à l’ensemble de la population, qui se retrouve prise en otage d’un conflit auquel elle n’est pourtant pas partie.

À cela s’ajoute un autre problème soulevé par TVA Nouvelles: l’incapacité du système fédéral à faire respecter rapidement les droits des passagers. Selon Jacob Charbonneau, président de volenretard.ca, près de 100 000 plaintes sont actuellement en attente à l’Office des transports du Canada, avec des délais pouvant atteindre trois ans avant qu’un dossier soit traité.

Pour lui, un droit qui ne peut être exercé qu’après plusieurs années perd une grande partie de sa valeur. Les recommandations formulées par le Parlement en 2023 afin de corriger ces lacunes n’ont toujours pas été mises en œuvre, laissant les voyageurs sans recours rapide lorsque des perturbations surviennent.

À long terme, la question dépasse donc les seules relations de travail. Dans un contexte où les compagnies aériennes, les destinations touristiques et les centres d’affaires se livrent une concurrence internationale féroce, la prévisibilité est devenue un avantage économique. Si le Canada acquiert la réputation d’un pays où les transports peuvent être paralysés à répétition et où les recours des consommateurs prennent plusieurs années, cette image risque d’avoir un coût bien réel.

Sans remettre en question le droit de grève, plusieurs observateurs estiment ainsi qu’Ottawa devra tôt ou tard trouver un meilleur équilibre entre la protection des travailleurs et celle du public. Car lorsqu’un secteur aussi névralgique que le transport aérien est régulièrement paralysé, ce n’est plus seulement une entreprise qui en subit les conséquences, mais l’économie canadienne dans son ensemble.

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