Gripen : le pari suédois qui pourrait changer la position du Canada dans le monde

Dans une analyse publiée par le National Post, Kelly McParland met en lumière un débat qui oscille entre stratégie industrielle, souveraineté nationale et diplomatie délicate. Selon lui, la visite royale suédoise, accompagnée d’un important contingent politique et économique, n’avait rien d’anodin : Stockholm est venue défendre pied à pied l’idée que son chasseur Gripen pourrait offrir au Canada bien plus que des avions de combat.

Le premier ministre Mark Carney, rappelle McParland, multiplie depuis son arrivée au pouvoir les signaux en faveur d’une réduction de la dépendance canadienne envers les États-Unis. Il a affirmé dès mars que la relation sécuritaire du Canada était trop centrée sur Washington, et qu’il fallait diversifier les partenariats. Cette vision s’est concrétisée dans la réouverture du dossier du contrat de 19 milliards visant l’achat de 88 F-35 américains.

Si Ottawa doit encore procéder à l’achat des 16 premiers appareils, rien ne l’oblige à compléter le reste du contrat. C’est là que la Suède entre en scène. McParland explique que Micael Johansson, président de Saab, a vanté la possibilité d’un partenariat majeur avec Bombardier, susceptible de créer 10 000 emplois et d’importantes retombées technologiques. Un argument séduisant pour un gouvernement qui prétend vouloir transformer l’économie canadienne et la rendre plus résiliente aux chocs mondiaux.

Le problème, selon McParland, réside dans la sensibilité extrême du président américain. L’auteur rappelle que l’administration Trump a déjà puni Ottawa pour des motifs futiles, comme l’affaire de la publicité anti-tarifs de Doug Ford. La suspension des négociations commerciales, toujours au point mort, illustre la fragilité d’une relation devenue imprévisible. Comme le mentionne McParland, le président américain traite ses engagements comme des éléments facultatifs, soumis à son humeur plutôt qu’au droit international.

Un choix pour le Gripen représenterait donc beaucoup plus qu’un changement d’appareil : il signifierait l’acceptation ouverte d’une colère prévisible de Washington. Tarifs punitifs, restrictions frontalières, gestes unilatéraux contre NORAD — McParland note que l’ambassadeur Pete Hoekstra a d’ailleurs déjà brandi cette menace. Pourtant, poursuit-il, combien de temps un pays comme le Canada peut-il continuer de se plier à des exigences capricieuses et imprévisibles ?

L’enjeu, selon le chroniqueur, est simple : soit Ottawa assume de défendre son autonomie stratégique, soit il se contente de jouer la montre pour soutirer quelques concessions supplémentaires aux États-Unis. Dans ce dernier cas, avertit McParland, Carney manquerait non seulement de respect envers la Suède, mais contredirait aussi sa propre volonté déclarée de renforcer les liens européens comme contrepoids à l’hégémonie américaine.

L’affaire des avions de chasse devient ainsi un test politique. Si Carney choisit le Gripen, même au prix de représailles, il posera un geste clair en faveur de l’indépendance économique et diplomatique qu’il dit vouloir bâtir. S’il se rallie finalement au F-35 par crainte de déplaire, la conclusion sera tout aussi claire : Ottawa demeurera, pour longtemps encore, une dépendance stratégique des États-Unis, contrainte de surveiller son téléphone chaque soir pour éviter une colère venue du sud.

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