Le 6 août 2025, Hiroshima a marqué le 80e anniversaire du bombardement atomique américain, qui avait détruit la ville et causé la mort d’environ 140 000 personnes en 1945. Comme le rapporte Mari Yamaguchi pour Associated Press, les survivants — dont l’âge moyen dépasse 86 ans — craignent que ce soit la dernière grande commémoration à laquelle ils puissent participer pour témoigner directement de leur expérience. Minoru Suzuto, 94 ans, a prié devant le cénotaphe en soulignant qu’il veut raconter son histoire « autant que possible » avant que la mémoire vivante ne disparaisse.
La cérémonie a réuni environ 55 000 personnes, dont des représentants de 120 pays et régions. À 8 h 15, heure exacte de l’explosion, une minute de silence a été observée, suivie du son de la cloche de la paix et du lâcher de colombes blanches. Le maire de Hiroshima, Kazumi Matsui, a mis en garde contre la montée d’une acceptation mondiale des politiques militaires et de l’usage de l’arme nucléaire comme outil de sécurité nationale, citant les tensions liées à la guerre en Ukraine et aux conflits au Moyen-Orient. Il a exhorté le gouvernement japonais à signer et ratifier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires, une demande que Tokyo rejette en raison de sa dépendance à la dissuasion nucléaire américaine.
L’ONU, par la voix de son secrétaire général António Guterres, a salué les efforts des hibakusha — les survivants — et rappelé que « se souvenir du passé, c’est protéger et bâtir la paix aujourd’hui et demain ». Des manifestations ont également eu lieu près du Dôme de la bombe atomique, où plus de 200 personnes ont réclamé la fin des armes nucléaires et des guerres, brandissant des pancartes comme « No Nuke » ou « Stop War ».
Certains survivants ont exprimé leur déception face aux propos récents du président américain Donald Trump, qui avait justifié l’attaque contre l’Iran en la comparant aux bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki. Pour Kosei Mito, 79 ans, exposé aux radiations alors qu’il était encore dans le ventre de sa mère, « on ne pourra pas se débarrasser des armes nucléaires tant que leurs auteurs justifieront leur usage ».
Le premier ministre japonais Shigeru Ishiba a réaffirmé l’objectif d’un monde sans armes nucléaires, mais sans mentionner le traité d’interdiction, arguant que la menace nucléaire des pays voisins impose de rester sous le parapluie nucléaire américain. Pour les survivants, ces promesses réitérées sans actions concrètes restent vides de sens, alors que le temps presse pour transmettre leur témoignage aux générations futures.



