Dans un contexte où plusieurs constructeurs automobiles revoient à la baisse leurs ambitions en matière de véhicules électriques (VE), Honda se distingue par une déclaration franche et rafraîchissante : pour la firme japonaise, les voitures électriques ne constituent qu’un moyen parmi d’autres d’atteindre la carboneutralité — pas une finalité. C’est ce que rapporte Adrian Padeanu dans un article publié le 7 août 2025 sur le site spécialisé Motor1.com.
Un recul partiel, mais assumé, de l’électrification
L’article de Motor1.com rappelle qu’Honda avait initialement prévu d’investir l’équivalent de 68 milliards de dollars américains (10 000 milliards de yens) dans l’électrification. Toutefois, cette enveloppe a été réduite de 30 % récemment, en même temps que l’entreprise abandonne discrètement son objectif de faire des véhicules entièrement électriques 30 % de ses ventes d’ici la fin de la décennie.
Pour autant, la firme ne renie pas sa promesse de carboneutralité d’ici 2050, pour l’ensemble de ses produits et activités corporatives. Elle affirme simplement que les VÉ ne sont qu’un chemin parmi d’autres vers cet objectif. S’adressant au média australien Drive, le nouveau PDG de Honda Australia, Jay Joseph, résume ainsi la position du constructeur :
« Les véhicules électriques ne sont pas le but. Les VÉ sont une voie vers la carboneutralité — mais pas nécessairement la seule. […] C’est la voie la plus évidente à court et moyen terme, mais nous développerons aussi d’autres technologies pour atteindre cet objectif. Nous espérons que cela inclura des véhicules à pile à combustible, lorsque l’infrastructure sera en place. »
Le pari prudent sur l’hydrogène
Si le modèle Clarity a été abandonné, Honda ne tourne pas le dos à l’hydrogène. Le constructeur mise désormais sur des approches hybrides, comme le CR-V e:FCEV, un véhicule à pile à combustible combiné à une batterie rechargeable de 17,7 kWh, offrant 29 miles (environ 47 km) d’autonomie en mode 100 % électrique. Une façon de contourner les limites actuelles du ravitaillement en hydrogène.
Honda n’est pas seule à croire en cette technologie. Toyota, Hyundai et même BMW (en partenariat avec Toyota) poursuivent leurs recherches dans ce domaine. À l’inverse, Stellantis a jeté l’éponge, qualifiant le marché de l’hydrogène de segment « de niche ».
De son côté, Toyota multiplie les avenues : outre les piles à hydrogène, elle explore avec Mazda et Subaru des moteurs thermiques fonctionnant à l’hydrogène liquide, aux biocarburants ou encore aux carburants synthétiques. L’objectif : parvenir à une diversification technologique plutôt qu’à une électrification dogmatique.
Un obstacle de taille : l’infrastructure
Comme le souligne Adrian Padeanu, le développement de cette diversité de motorisations est freiné par une réalité incontournable : le manque d’infrastructures. Selon le site H2stations.org, à la fin de 2024, seulement 1160 stations de ravitaillement en hydrogène étaient opérationnelles à l’échelle mondiale — un chiffre dérisoire comparé aux besoins du marché. Quant aux carburants synthétiques, leur disponibilité est quasi nulle, à l’exception de projets pilotes comme l’usine de Porsche au Chili.
Cela alimente le scepticisme de certains observateurs, qui estiment que l’industrie automobile s’acharne sur des technologies vouées à l’échec. D’autres, au contraire, doutent que les VÉ à batteries représentent une solution viable à long terme, notamment en raison de leur impact environnemental indirect (extraction des métaux rares, recyclage des batteries, demande en électricité, etc.).
Des prédictions qui divisent
Le président du conseil d’administration de Toyota, Akio Toyoda, affirmait encore en 2024 que les VÉ ne dépasseront jamais les 30 % de parts de marché mondiales. Une prévision que plusieurs analystes jugent aujourd’hui trop pessimiste. D’après l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les véhicules électriques représentaient déjà plus de 20 % des ventes mondiales en 2024, et devraient franchir la barre des 25 % en 2025. La Chine demeure le principal moteur de cette croissance, mais l’Europe suit : selon l’Association des constructeurs automobiles européens, les VÉ comptaient pour 17,5 % des ventes neuves au premier semestre 2025, en hausse par rapport aux 13,9 % de la même période l’an passé.
Un réalisme stratégique
En refusant de sacraliser les VÉ comme unique solution au changement climatique, Honda adopte une posture pragmatique. La firme japonaise ne renonce pas à l’innovation électrique — elle travaille d’ailleurs sur des batteries solides de prochaine génération — mais elle garde la porte ouverte à d’autres technologies, conscientes des limites systémiques, logistiques et économiques d’un passage en force vers le tout-électrique.



