Hydro-Québec veut faire payer la « pleine valeur » de son électricité aux centres de données et aux cryptomonnaies

Dans un contexte de pression croissante sur le réseau électrique québécois et d’explosion anticipée de la demande liée à l’intelligence artificielle et aux chaînes de blocs, Hydro-Québec propose un virage tarifaire majeur. La société d’État souhaite désormais que les grands centres de données et les activités cryptographiques paient un prix reflétant le coût réel des nouveaux approvisionnements en électricité — et non plus le coût moyen historique de production.

Un nouveau tarif à 13 ¢/kWh pour les centres de données de plus de 5 MW

Dans un communiqué publié le 19 février 2026, Hydro-Québec annonce qu’elle propose à la Régie de l’énergie l’instauration d’un nouveau tarif pour les centres de données de plus de 5 mégawatts (MW). Ce tarif correspondrait à un prix unitaire moyen de 13 ¢/kWh, soit environ le double du prix actuellement payé par les clients au tarif de grande puissance.

Selon le communiqué, l’objectif est de faire en sorte que « ces secteurs d’activité assument les coûts liés à leur forte demande d’électricité tout en profitant d’un prix comparable à ceux payés ailleurs en Amérique du Nord ». L’entrée en vigueur est prévue au second semestre de 2026, sous réserve de l’approbation de la Régie de l’énergie.

Tous les nouveaux projets dépassant 5 MW seraient automatiquement assujettis à ce tarif. Les projets demeureraient toutefois soumis au processus de sélection actuel, afin d’attribuer l’énergie disponible « à l’usage le plus porteur ».

Pour les centres déjà raccordés au réseau, Hydro-Québec propose un tarif transitoire sur cinq ans permettant une montée progressive vers le nouveau prix.

Dans le communiqué, la présidente-directrice générale d’Hydro-Québec, Claudine Bouchard, affirme :

« Ces évolutions tarifaires visent à faire reconnaitre la contribution de notre électricité renouvelable et favoriser une consommation responsable, en tenant compte du prix payé ailleurs en Amérique du Nord. Ainsi, la croissance de ces secteurs d’activité se fera dans le respect des intérêts de tous les Québécois tout en récoltant la pleine valeur de notre richesse collective. »

La démarche est appuyée par le gouvernement du Québec, qui a adopté des décrets invoquant des préoccupations économiques, sociales et environnementales.

19,5 ¢/kWh pour les activités cryptographiques

En parallèle, Hydro-Québec propose une révision du tarif pour usage cryptographique appliqué aux chaînes de blocs. Le tarif révisé viserait un prix unitaire moyen de 19,5 ¢/kWh.

Selon le communiqué, cette hausse vise à refléter davantage « le caractère énergivore de cette activité et ses retombées économiques limitées ». Un régime transitoire de trois ans serait offert aux clients actuels.

La consommation liée aux chaînes de blocs atteint environ 115 MW, entièrement visée par le nouveau tarif. Hydro-Québec précise qu’aucune croissance de cette consommation n’est prévue à l’horizon 2035.

Une volonté de protéger les autres clients

Dans le Journal de Montréal, le journaliste David Descôteaux rapporte que le nouveau tarif de 13 ¢/kWh représente « près du double du tarif moyen payé par les clients résidentiels ». Il souligne que cette initiative vise à faire en sorte que ces entreprises très énergivores « assument une plus grande part des coûts liés à leur forte consommation d’électricité ».

Toujours selon David Descôteaux, Hydro-Québec cherche à éviter un scénario observé dans certaines juridictions américaines où, selon des données compilées par Bloomberg, les factures d’électricité de l’ensemble des clients ont doublé en cinq ans en raison de la forte croissance des centres de données.

Le Journal de Montréal rappelle également qu’en 2024, plus de 42 centres de données sur 52 au Québec — soit plus de 80 % — appartenaient à des intérêts hors Québec, selon les données du site Data Center Map.

Refléter le coût réel des nouveaux approvisionnements

Dans La Presse, la journaliste Hélène Baril précise que les nouveaux tarifs refléteront le coût des nouveaux approvisionnements d’Hydro-Québec plutôt que le coût moyen de production historique.

La distinction est majeure : le coût de production des installations existantes d’Hydro-Québec est d’environ 3,5 ¢/kWh, alors que le coût de la nouvelle production tournerait autour de 11 à 12 ¢/kWh.

Comme l’explique Hélène Baril, le gouvernement souhaite que les centres de données paient le coût des nouveaux approvisionnements afin d’éviter que les kilowattheures vendus à rabais à l’industrie finissent par alourdir la facture de l’ensemble des Québécois.

L’analyste indépendant en énergie Jean-François Blain, cité par La Presse, estime que cette approche constitue « un pas dans la bonne direction ».

Le porte-parole d’Hydro-Québec, Cendrix Bouchard, a déclaré à La Presse que les nouveaux tarifs visent à s’assurer que ces secteurs « assument les coûts liés à leur forte demande d’électricité tout en profitant d’un prix comparable à ceux payés ailleurs en Amérique du Nord ».

Un pari sur l’IA et la croissance à long terme

Hydro-Québec anticipe une croissance spectaculaire de la demande liée aux centres de données : la consommation de pointe pourrait passer d’environ 190 MW actuellement à près de 1 000 MW en 2035, soit une multiplication par cinq à sept selon les projections évoquées dans le communiqué et dans les articles de presse.

Le gouvernement Legault souhaite attirer des centres de données liés à l’intelligence artificielle, particulièrement énergivores, mais à la recherche de sources d’énergie peu polluantes.

Toutefois, cette approche et cette hausse tarifaire suscite des critiques. Dans La Presse, Dominick Fortin, porte-parole de l’entreprise spécialisée en minage Hydraxis, affirme qu’augmenter les tarifs « c’est envoyer un signal clair aux innovateurs québécois : allez innover ailleurs ». Selon lui, l’énergie abordable est « une condition de survie pour les entreprises technologiques ».

La Presse rappelle par ailleurs que la Colombie-Britannique, qui cherche elle aussi à attirer des centres de données grâce à son hydroélectricité, a choisi de mettre aux enchères son énergie verte afin d’en tirer le meilleur prix — une approche que le Québec a écartée.

Un tournant stratégique

Au fond, la proposition d’Hydro-Québec marque un tournant stratégique. Pendant des décennies, l’électricité à bas prix a constitué un levier d’attraction industrielle. Désormais, dans un contexte de rareté relative et de coûts croissants des nouveaux projets, la société d’État cherche à « récolter la pleine valeur de notre richesse collective », selon les mots de sa PDG.

Reste maintenant à voir si la Régie de l’énergie approuvera ces nouveaux tarifs et si le Québec parviendra à concilier deux objectifs potentiellement contradictoires : attirer les géants du numérique et de l’intelligence artificielle, tout en protégeant les consommateurs québécois contre une explosion des tarifs.

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