La Chine a déposé, le 15 août 2025, une plainte auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre les restrictions canadiennes sur les importations d’acier, qu’elle considère comme discriminatoires et contraires aux règles du commerce international. Pékin se présente ainsi comme un défenseur du libre-échange, dénonçant les mesures unilatérales et protectionnistes d’Ottawa.
Pourtant, cette posture relève d’une profonde ironie, car la Chine utilise depuis des décennies les mêmes méthodes pour protéger ses propres industries, en imposant des droits de douane élevés, en lançant des enquêtes antidumping ou en ciblant certains secteurs étrangers jugés stratégiques. Cette contradiction fragilise la crédibilité de son discours.
Quelques jours avant cette plainte, la Chine annonçait l’instauration de droits de douane massifs sur le canola canadien, avec une taxe provisoire de 75,8 % sur les semences, en plus des surtaxes déjà appliquées sur le tourteau et l’huile. Or, le canola canadien est un élément central des importations agricoles chinoises. En 2024, le pays en a acheté pour environ cinq milliards de dollars canadiens, dont près de 80 % sous forme de semences. Ce produit est essentiel pour garantir l’approvisionnement en huile végétale dans un marché intérieur où la demande est en forte croissance.
En restreignant ces importations, Pékin prend le risque de déstabiliser son propre marché, d’exposer les consommateurs à des hausses de prix, voire à des pénuries, et de fragiliser une chaîne d’approvisionnement vitale. Cette mesure de rétorsion, censée répondre aux décisions canadiennes dans d’autres secteurs comme les véhicules électriques et l’acier, s’apparente en réalité à un tir dans le pied.
Le canola est l’un des oléagineux les plus importants pour la production d’huiles alimentaires, et il est difficilement remplaçable à court terme. La Chine, avec sa population immense et ses besoins croissants, reste dépendante de l’extérieur pour combler ses besoins dans ce domaine. Choisir de se priver volontairement d’un approvisionnement aussi stratégique relève moins d’une stratégie économique que d’un geste politique à courte vue. En se posant en victime devant l’OMC tout en adoptant les mêmes pratiques qu’elle reproche aux autres, et en sacrifiant un secteur essentiel à sa sécurité alimentaire, la Chine démontre une logique contradictoire qui risque de lui coûter cher à long terme.



