Immigration et société québécoise : aller au-delà des émotions

Kim Thúy, célèbre auteure issue de l’immigration des boat people vietnamiens venus vivre au Québec, a fait des déclarations à Radio-Canada qui ont surpris beaucoup de gens. Habituellement, c’est une femme que l’on associe peu aux controverses, contrairement à un Dany Laferrière, abonné aux polémiques depuis des années.

Sa sortie, qui — ne soyons pas de mauvaise foi — venait du cœur, semblait néanmoins manquer de nuance, voire de jugement. L’immigration, comme politique publique des gouvernements destinée à renouveler la main-d’œuvre, combler de soi-disant pénuries et augmenter la consommation, est quelque chose de parfaitement critiquable. Comme n’importe quelle politique concernant les infrastructures, les transports, la santé ou l’environnement.

Ne doutons pas un instant du talent d’écrivaine de Kim Thúy, ni de ses nombreux succès au Québec et à l’étranger. En affirmant vouloir quitter le Québec, on sent une certaine ingratitude. Surtout dans le contexte actuel : où, dans le monde occidental, sera-t-il plus aisé pour une femme asiatique de s’intégrer à la société ?

Les États-Unis sont marqués par de vives tensions raciales, le Royaume-Uni a vu déferler dans les rues des millions d’habitants contre l’immigration massive. Aller ailleurs dans le monde ? La Chine n’accorde presque jamais la citoyenneté, et résider sur place nécessite toujours des visas complexes.

Nous ne souhaitons pas attaquer des individus dans leurs sentiments en parlant des politiques d’immigration des libéraux. Certains vont quand même le faire. Mais c’est le propre d’une société démocratique qu’il y ait des dérapages. Les faits, toutefois, sont là : il y a une grave pénurie de logements, de plus en plus d’aînés se retrouvent à la rue, et les familles sont incapables de payer leurs factures.

Et pour ajouter à cela : les écoles tombent en ruines, les hôpitaux sont incapables de répondre à une demande croissante, et trouver un emploi est désormais une difficulté qui n’existait pas il y a 5 ou 6 ans. Les Français de Montréal quittent le Plateau, car ils voient bien que décrocher un emploi est quasi mission impossible. Le coût de la vie au Québec n’aide pas non plus à s’établir si l’on n’a pas déjà un réseau ou une situation solide.

Donc, non, critiquer les politiques migratoires des libéraux, qui visent des objectifs patronaux peu louables, ce n’est pas du racisme. C’est malheureux pour ceux qui le prennent ainsi, mais ce n’est pas seulement l’Occident qui est concerné : c’est l’ensemble du monde.

Des émeutes ont récemment eu lieu en Indonésie, au Népal, en France. La Chine, le Japon et la Corée du Sud continuent de décliner, tandis que l’Inde s’enfonce dans un univers parallèle délirant. Blâmer seulement les Québécois, ou les Blancs de façon générale, serait malhonnête pour dénoncer la montée du racisme.

La critique contre l’immigration est simplement qu’un afflux massif de nouveaux habitants met de la pression sur les services publics, déjà à bout dans un État-providence en déclin accéléré. Kim Thúy n’est pas la première ni la dernière à faire ce genre de commentaires.

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