Inflation post-pandémique : pourquoi les prix ne redescendent toujours pas

Plus de cinq ans après l’apparition de la COVID-19 et deux ans après la fin officielle de la pandémie, les Canadiens continuent de payer les effets durables de l’inflation. Pourtant, cette hausse des prix était initialement qualifiée de « temporaire ». Dans un article fouillé publié le 21 juillet 2025 dans National Post, le journaliste Simon Tuck explore pourquoi, malgré un retour à une inflation modérée, les prix ne reviennent pas à leur niveau prépandémique.

L’inflation : une secousse plus durable que prévu

Entre janvier 2020 et décembre 2022, les prix à la consommation au Canada ont grimpé de 11,4 %, selon Statistique Canada. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’explosion des prix n’a pas été immédiate : l’inflation ne commence à grimper franchement qu’en mai 2021, culminant à 8,1 % en juin 2022 — un sommet inégalé depuis près de 40 ans. Pendant cette période, l’essence a bondi de plus de 50 %, l’alimentation et les transports de 15 à 20 %, et même les loyers et les appareils électroménagers ont subi des hausses à deux chiffres.

À l’origine de cette inflation, explique Tuck, se trouvent des perturbations profondes des chaînes d’approvisionnement, des hausses des coûts de transport, une raréfaction de certaines matières premières, et surtout, une flambée de la demande liée à une politique de soutien gouvernemental massive.

Quand la pandémie a bouleversé l’offre et la demande

L’équation économique de base — une offre réduite combinée à une demande accrue — mène inévitablement à des hausses de prix. Pendant la pandémie, des usines (notamment en Asie) ont fermé ou ralenti leur production. Des matériaux comme le bois ou les métaux se sont faits plus rares. Le transport maritime a connu des retards, une congestion des ports et une augmentation drastique du coût du carburant. Ces perturbations ont fait grimper les prix de nombreux biens.

Mais l’offre n’était pas la seule à être bouleversée. La demande aussi s’est transformée. Avec le télétravail et la fermeture des lieux de divertissement, les ménages ont dépensé moins et accumulé des économies. Les programmes fédéraux de soutien au revenu, combinés à des taux d’intérêt historiquement bas, ont injecté des milliards dans l’économie canadienne, alimentant une consommation accrue.

La politique fiscale fédérale pointée du doigt

Simon Tuck souligne qu’un nouveau rapport de l’Institut C.D. Howe remet en cause l’idée selon laquelle les hausses de prix étaient inévitables. Ce n’est pas tant la politique monétaire de la Banque du Canada qui aurait causé l’inflation, avance-t-il, mais plutôt les dépenses incontrôlées du gouvernement Trudeau.

En 2020 seulement, environ 20,7 millions de Canadiens — sur une population adulte de 30,3 millions — ont reçu une aide fédérale liée à la pandémie, pour un coût estimé à 270 milliards de dollars, soit 12,5 % du PIB canadien. Le coût cumulé des programmes dépasse aujourd’hui 360 milliards de dollars. Selon David Andolfatto, économiste à l’Université de Miami et chercheur au C.D. Howe Institute, une telle injection de liquidités dans une économie en fonctionnement ne peut qu’engendrer de l’inflation. « Il n’y a pas de repas gratuit. Quelqu’un doit payer », déclare-t-il à Simon Tuck.

Et ce « quelqu’un », ce sont les consommateurs — non seulement par la hausse des prix, mais aussi par l’augmentation subséquente des taux d’intérêt, passés de 0,25 % en 2020 à 5 % en 2023. Jean-François Perrault, économiste en chef à la Banque Scotia, estime que 42 % de cette hausse est directement attribuable aux dépenses publiques.

Pourquoi les prix restent-ils élevés aujourd’hui?

Si l’inflation annuelle est aujourd’hui maîtrisée — 1,9 % en juin 2025 selon Statistique Canada —, les prix restent néanmoins élevés. Et pour cause : certaines perturbations, comme la guerre en Ukraine, continuent d’affecter les marchés de l’énergie et des céréales. De plus, les habitudes de consommation ont changé : de nombreux Canadiens travaillent encore à distance, réduisant leurs dépenses de transport et augmentant leur pouvoir d’achat. Par ailleurs, les salaires croissent depuis 2024 plus vite que l’inflation, soutenant la demande.

S’ajoutent à cela de nouvelles pressions : les guerres tarifaires déclenchées par Donald Trump, président américain, compliquent l’importation de composantes essentielles, tandis que les phénomènes climatiques extrêmes, comme les sécheresses dans les Prairies, font grimper les prix des denrées agricoles. Le phénomène de « heatflation » — où la chaleur réduit les rendements agricoles — est désormais global, affectant le riz japonais, l’huile d’olive espagnole ou le chou coréen.

Les entreprises profitent-elles de la situation?

Tuck explore aussi la question délicate de la « cupidité corporative ». Certains segments du public soupçonnent les entreprises de profiter de la crise pour maintenir artificiellement des prix élevés. Mais la majorité des économistes interrogés, dont David Andolfatto, estiment que ce n’est pas la cause principale. « La cupidité des entreprises existait déjà », dit-il. Et dans des marchés concurrentiels comme l’alimentation, les prix reflètent toujours principalement le jeu de l’offre et de la demande.

Des exceptions existent cependant. Dans des secteurs comme la banque, l’aviation ou les télécommunications, où la concurrence est limitée, il peut y avoir des abus ou une résistance à la baisse des prix.

Un retour en arrière possible?

Selon Andolfatto, un retour à des prix d’avant-pandémie est peu probable, sauf si un fort ralentissement économique ou une politique d’austérité gouvernementale venait à réduire drastiquement la demande. Pour l’instant, ce n’est pas le cas : les gouvernements continuent de dépenser, notamment en infrastructures et en défense, et les consommateurs ont encore des liquidités.

En théorie, certains marchés pourraient voir des baisses de prix si l’offre augmente soudainement ou si la demande s’effondre. Mais dans la réalité canadienne actuelle, rien n’indique un tel scénario à court terme.

Ce que Simon Tuck expose dans le National Post est un constat limpide : si l’inflation est aujourd’hui maîtrisée, ses effets sont là pour durer. Ce n’est pas une « arnaque » des entreprises, mais bien la conséquence directe de choix politiques et économiques faits pendant et après la pandémie. Pour les Canadiens, le message est clair : la pandémie leur a coûté cher — et ils continueront d’en payer le prix pendant encore longtemps.

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