Selon Shahar Ilan dans un article publié par Ynetnews, Israël, pays développé affichant le taux de fécondité le plus élevé au monde avec près de trois enfants par femme, fait face à un défi stratégique qui dépasse la simple croissance démographique. Le problème central, expliquent les experts, réside dans la combinaison entre une natalité élevée dans certaines communautés et des niveaux d’éducation et de participation au marché du travail nettement inférieurs à la moyenne.
En 2023, le taux de fécondité global israélien atteignait 2,9 enfants par femme, soit presque le double de la moyenne de l’OCDE (1,5). Cette dynamique est particulièrement marquée dans des groupes dont le niveau d’instruction se rapproche davantage de celui des pays en développement. L’exemple le plus significatif est celui de la communauté juive ultra-orthodoxe, où le taux d’emploi masculin demeure faible et les salaires sensiblement en dessous de la moyenne nationale.
Pour le professeur Dan Ben-David, président de l’Institut Shoresh pour la recherche socio-économique, si Israël ne parvient pas à enrayer l’association entre forte natalité, éducation insuffisante et faible participation au marché du travail, l’avenir même du pays est menacé. Il souligne que cette combinaison pourrait, à terme, compromettre non seulement la stabilité économique mais aussi la sécurité et la cohésion sociale.
Les données de la Banque mondiale montrent que la fécondité israélienne dépasse largement celle du Mexique, deuxième pays le plus fécond de l’OCDE, et surpasse la moyenne mondiale de 2,2 enfants par femme. Fait notable, les pays voisins comme l’Égypte, la Jordanie, la Syrie ou le Liban affichent tous des taux inférieurs.
L’évolution démographique est contrastée. Depuis 2000, la fécondité des femmes musulmanes, chrétiennes et druzes a fortement diminué, tandis que celle des femmes juives a légèrement augmenté. L’emploi féminin arabe a également progressé, passant de 33 % en 2014 à près de 50 % en 2025. Du côté ultra-orthodoxe, la fécondité a baissé de 7,2 enfants par femme en 2000 à 6,5 en 2022, un recul modeste en dépit de coupes importantes dans les allocations familiales au début des années 2000. Cette baisse a été accompagnée d’une explosion de l’emploi féminin, passé de 47 % à 81 %.
Le taux exact de fécondité des femmes ultra-orthodoxes fait débat. Le Bureau central des statistiques (CBS) le situe à 6,5, tandis que l’Institut pour la stratégie et la politique haredi l’estime à 6,2, sur la base de registres administratifs. Le CBS prévoit que les ultra-orthodoxes pourraient représenter 32 % de la population d’ici 2065, bien que d’autres projections évoquent plutôt 20 à 25 %.
Les insuffisances éducatives sont particulièrement marquées : environ la moitié des élèves israéliens reçoivent un enseignement comparable à celui des pays en développement, notamment dans les secteurs ultra-orthodoxe et arabe, ainsi que dans les zones périphériques.
L’impact économique est déjà conséquent. L’absence des hommes ultra-orthodoxes du marché du travail coûterait environ 54 milliards de shekels par an à l’économie israélienne, un chiffre qui pourrait atteindre 400 milliards en 2065 si la tendance se poursuit, pour un cumul estimé à 6,7 billions de shekels de pertes de production sur plusieurs décennies.
Pour Ben-David, la conclusion est claire : un système éducatif de faible qualité pour une population en forte expansion condamnerait Israël à un statut économique de type tiers-monde, incapable de maintenir ses systèmes de santé, de protection sociale ou de défense à un niveau avancé. Selon lui, « Israël ne deviendra pas un pays du tiers-monde, mais il ne pourra pas survivre s’il ne peut pas se défendre ».



