Javier Milei triomphe aux législatives : l’Argentine entre consolidation du pouvoir et pari risqué sur les réformes

Une victoire historique pour La Libertad Avanza

Selon les informations rapportées par La Nación et ses correspondants politiques, les élections législatives argentines du 26 octobre 2025 ont marqué un tournant décisif pour le gouvernement de Javier Milei. Sa coalition, La Libertad Avanza (LLA), a obtenu 40,7 % des voix à l’échelle nationale, une percée telle qu’elle a même remporté la province de Buenos Aires, fief historique du péronisme. Ce renversement spectaculaire, soulignent les journalistes Laura Serra et Claudio Jacquelin, consacre « un batacazo violeta », un coup de tonnerre électoral enfanté par le rejet massif du kirchnérisme et par une polarisation volontairement assumée par Milei.

Le chef de l’État, cité par La Nación, a salué une « consécration historique de notre vision ». Depuis le bunker du parti installé à l’hôtel Libertador, il a remercié sa sœur Karina Milei et son stratège Santiago Caputo, qualifiés d’« architectes de ce miracle », tout en appelant les gouverneurs non kirchnéristes à un « accord national » pour consolider les réformes économiques et institutionnelles.

Le déclin du péronisme et les fractures du camp Kicillof-Kirchner

Comme le rapporte María José Lucesole, la défaite de la coalition Fuerza Patria, dirigée par Axel Kicillof, a durement frappé le péronisme. Le gouverneur de Buenos Aires, jusqu’ici pressenti comme dauphin présidentiel pour 2027, se retrouve affaibli, entouré d’un front de perdants réunissant Sergio Massa, Máximo Kirchner et Juan Grabois. Le journaliste Javier Fuego Simondet note que les tensions entre kirchnéristes et partisans de Kicillof ont éclaté dès l’annonce des résultats, plusieurs responsables reprochant au gouverneur d’avoir désynchronisé les élections provinciales du scrutin national.

Les symboles de cette débâcle abondent : selon La Nación, les gestes crispés de Máximo Kirchner pendant le discours de Kicillof en disaient long sur l’effondrement du mythe kirchnériste, quinze ans jour pour jour après la mort de Néstor Kirchner, commémorée par La Cámpora dans un message nostalgique et amer.

Les marchés, l’Amérique et le monde saluent la victoire de Milei

D’après les correspondants José del Rio et Guillermo Idiart, la réaction des marchés a été immédiate : forte hausse des actions argentines à Wall Street (jusqu’à +46 % pour Banco Supervielle) et appréciation du peso, dont le taux de change face au dollar américain est passé de 1 515 à 1 380 pesos, soit un gain d’environ 9 %. L’analyste María Julieta Rumi souligne que les investisseurs interprètent cette embellie comme la promesse d’un cycle de stabilité et de liquidité, susceptible d’alléger les contrôles de change imposés depuis juillet.

Le président américain Donald Trump, rapportent Idiart et Jacquelin, a célébré depuis Air Force One une victoire « écrasante et inattendue » et crédité son secrétaire au Trésor Scott Bessent d’avoir soutenu financièrement Buenos Aires dans la période critique précédant le scrutin. Bessent lui-même a salué sur X une « alliance vitale » et un « mandat renouvelé pour le changement ».
Le Bureau of Western Hemisphere Affairs, organe du Département d’État, a également confirmé son appui au programme de réformes du président Milei. L’Italienne Giorgia Meloni lui a adressé un message de félicitations personnel, symbole du rapprochement des droites souverainistes occidentales.

Un tournant législatif : vers la première force du Congrès

Selon Laura Serra, La Libertad Avanza et ses alliés du Pro et de la UCR deviendront, à compter du 10 décembre, la première force de la Chambre des députés, avec environ 110 sièges combinés. Ce nouveau rapport de force permettra au gouvernement de bloquer toute tentative d’abrogation de ses décrets économiques et d’imposer son agenda réformiste. Le chef de cabinet Guillermo Francos, cité par La Nación, a confirmé que les réformes du travail et de la fiscalité seront les premières soumises au Congrès.

Le journaliste Nicolás Balinotti détaille ces projets : allongement des journées de travail, flexibilisation des conventions collectives, paiement échelonné des indemnités de licenciement et négociations salariales fondées sur la productivité. Parallèlement, Milei envisage de supprimer une vingtaine d’impôts afin de réduire la pression fiscale et d’inciter les entreprises à sortir de l’économie informelle.

Le retour d’une diplomatie pro-occidentale et d’un discours antipopuliste

Le député du Pro, Cristian Ritondo, a déclaré sur la chaîne LN+ que « le populisme, c’est fini » et que Milei incarne « le véritable leader du changement ». Cette ligne politique, relayée par Patricia Bullrich et Diego Santilli, scelle la fusion idéologique entre les libéraux libertariens et les conservateurs républicains. Le président, commentent Carlos Pagni et Joaquín Morales Solá, cherche désormais à convertir son succès électoral en hégémonie parlementaire tout en maîtrisant son tempérament explosif : « Le président agressif, parfois violent, s’est effacé », écrit Morales Solá, voyant dans ce scrutin le début d’une phase plus institutionnelle du mileísmo.

Dans le même fil, Gabriela Origlia rapporte que plusieurs gouverneurs provinciaux, y compris ceux de l’opposition, ont répondu favorablement à l’appel au dialogue lancé par le chef de l’État — signe que le vent politique a tourné, même dans les provinces naguère rétives à son autorité.

Une Argentine reconfigurée

Pour Carlos Pagni, cette élection répond à une question essentielle : Milei dispose-t-il désormais non seulement d’un leadership, mais d’un véritable pouvoir politique structuré ? Avec ce succès national, l’Argentine entre dans une nouvelle phase : celle d’un président libertarien disposant d’un levier parlementaire pour mettre en œuvre son programme de dérégulation. Mais l’éditorialiste avertit que la stabilité de cette coalition hétérogène, dépendante du soutien de Pro et de l’appui conditionnel de Washington, déterminera la réussite ou l’échec du cycle mileíste.

Conclusion

Ainsi que le résume Claudio Jacquelin, le triomphe de Javier Milei est à la fois le produit d’un rejet massif du kirchnérisme et le fruit d’une intervention américaine sans précédent, incarnée par Donald Trump et son équipe économique. L’Argentine se retrouve, vingt-deux mois après l’élection du président libertarien, à un moment charnière : entre l’espoir d’une normalisation économique et le risque d’un tournant autoritaire. Les deux prochaines années, avertit La Nación, seront décisives pour savoir si la « révolution violette » mènera à la prospérité promise — ou à un nouveau cycle de désillusion.

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