Paul Cherry, journaliste pour Postmedia News, rapporte dans la Montreal Gazette qu’un moment marquant de l’histoire carcérale canadienne a trouvé son épilogue judiciaire ce jeudi. Martin « Spike » Charest, détenu québécois âgé de 52 ans, a plaidé coupable au meurtre de Robert Pickton, l’un des criminels les plus tristement célèbres du pays. L’affaire a été entendue au palais de justice de Sept-Îles, par visioconférence.
Selon Paul Cherry, Charest, actuellement incarcéré au pénitencier fédéral de Ste-Anne-des-Plaines, est apparu à l’écran avec une longue barbe grise et des tatouages sur les avant-bras. Avant de prononcer son plaidoyer, il a lancé sur un ton ironique à son avocate Sonia Bogdaniec : « Do you want a pizza or not? », provoquant un léger malaise dans la salle. Puis, il a confirmé sa culpabilité pour meurtre au premier degré, une déclaration qui entraîne automatiquement une peine d’emprisonnement à vie, sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans.
L’attaque fatale avait eu lieu le 19 mai 2024, à l’intérieur du pénitencier de Port-Cartier, un établissement à sécurité maximale situé à 850 kilomètres au nord-est de Montréal. Pickton avait été transporté à un hôpital de Québec, où il est mort quelques jours plus tard.
Pickton, condamné en 2007 en Colombie-Britannique pour le meurtre de six femmes — Georgina Papin, Sereena Abotsway, Mona Wilson, Andrea Joesbury, Brenda Ann Wolfe et Marnie Frey — purgeait déjà une peine de prison à vie. Comme le rappelle Paul Cherry, l’ampleur de ses crimes dépassait largement ces six cas : de l’ADN appartenant à 33 femmes avait été découvert sur sa ferme de Port Coquitlam, et il s’était même vanté auprès d’un policier infiltré d’avoir tué 49 femmes.
Au tribunal, Charest a expliqué son geste en des termes glaçants : « Il a dit qu’un enfant était avec une des femmes qu’il a tuées. Il a dit qu’il voulait manger le foie de l’enfant. » Selon lui, ces propos l’ont poussé à agir : « Il a fait 49 victimes et peut-être plus. Je ne pouvais pas le laisser continuer. Je n’ai aucun remords. Je l’ai fait pour les victimes. »
Comme le rappelle Cherry, Charest est loin d’être un inconnu pour la justice. Ancien résident de Lévis, il a passé la majeure partie de sa vie adulte derrière les barreaux. Dès 1999, il a plaidé coupable à plusieurs vols qualifiés et à une série d’agressions, accumulant les condamnations et les prolongations de peine au fil des années. Ses démêlés incluent notamment des menaces, des agressions contre du personnel médical et des incidents répétés dans divers pénitenciers, de Dorchester au Nouveau-Brunswick jusqu’à Donnacona, près de Québec.
Avec ce plaidoyer de culpabilité, Charest s’inscrit dans une histoire criminelle déjà lourde de violence, mais son geste vient clore brutalement le parcours carcéral de Robert Pickton, meurtrier dont les crimes ont marqué l’opinion publique canadienne pendant des décennies.



