Jean-François Caron : «La marginalisation du Canada à l’étranger va se perpétuer dans les prochaines années»

Sous la gouverne de Justin Trudeau, la réputation du Canada s’est détériorée. Ses relations avec l’Inde, la Russie et la Chine étaient exécrables. Maintenant, le Canada a un nouveau premier ministre depuis avril dernier. Jean-François Caron affirme que la nouvelle politique internationale européiste de Carney ne va pas sortir le pays de sa torpeur économique. L’Europe est un empire sur le déclin depuis un siècle et elle est faible sur le plan économique. Il faudrait faire un virage vers l’Asie pour freiner notre déchéance, mais cela ne semble pas être dans les plans du premier ministre canadien.

Jean-François Caron est professeur de science politique à l’Université Nazarbayev au Kazakhstan.

Entretien

Simon Leduc : Le premier ministre Carney semble vouloir centrer sa politique étrangère sur l’Europe. Que pensez-vous de sa stratégie?

Jean-François Caron : «Il faut savoir que les tarifs douaniers américains ont mal fait à l’économie canadienne. Mark Carney s’est rendu compte que l’économie du pays était trop dépendante de son voisin du sud qui n’est plus un partenaire viable. Le leader politique canadien estime que c’est important pour le Canada de diversifier son économie. Trouver de nouveaux marchés d’exportation est primordial pour l’État canadien. Cela fait des décennies que les gouvernements canadiens successifs parlent de ce problème. Or, aucun d’entre eux n’a eu l’ambition de le régler. On a toujours sombré dans la facilité, car il y a l’énorme marché américain au sud de la frontière. C’était un partenaire et un allié. Alors, le Canada n’a jamais pensé qu’il aurait besoin de nouveaux partenaires économiques. Le gouvernement canadien croyait que le Canada aurait toujours de bons rapports avec les Américains. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et il est trop tard pour tenter de nouer des liens économiques avec d’autres pays.

Mark Carney veut se tourner vers l’Europe pour varier l’économie canadienne. Cependant, le Vieux continent n’est plus un acteur majeur sur la scène internationale tant sur les plans économique que géopolitique. Je trouve que le premier ministre devrait plutôt se tourner vers l’Asie. Il faudrait nouer des relations économiques avec les deux pays les plus peuplés du monde : l’Inde et la Chine.  C’est le continent asiatique qui est aujourd’hui la région en expansion économique et non l’Europe. Je crois que le Canada ne va pas dans la bonne direction sur le plan économique international.»

Pourquoi l’administration Carney ne veut pas se tourner vers l’Asie sur le plan économique?

Jean-François Caron : «Mark Carney est proche de la vision de Chrystia Freeland en matière de politique extérieure. Lorsqu’elle était ministre des Affaires étrangères, cette dernière a fait un discours en sol américain où elle expliquait que le Canada ne devrait plus tisser des liens politiques et économiques avec des États autoritaires, comme la Russie, qui détestent les idéaux de la démocratie libérale. Elle estime que les États démocratiques doivent s’unir sur le plan économique et politique afin de faire contrepoids aux régimes autoritaires. Il faut savoir que le premier ministre est proche de Mme Freeland, c’est le parrain d’un de ses enfants. Je pense qu’il est influencé par la vision de l’ancienne leader de la diplomatie canadienne. Cela peut expliquer que M. Carney veut faire une alliance économique avec l’Europe. Cette politique économique sera une tragédie pour le Canada, car les taux de croissance de l’Europe sont très faibles. L’avenir de la croissance économique se situe en Asie et Mark Carney ne fait pas beaucoup d’efforts pour ouvrir des marchés avec les pays de ce continent. Par exemple, la seule chose qu’il a fait pour renouer avec l’Inde est la réouverture de son ambassade. Il n’a pas fait de visite officielle dans cet État émergeant afin de tenter de signer avec lui un accord de libre-échange.

Il faut savoir que cela va prendre une dizaine d’années pour que le virage européiste de Mark Carney commence à livrer la marchandise. Donc, à court et moyen terme, l’économie canadienne va continuer d’être dépendante du marché américain.

Pour conclure, la vision vertueuse de Mark Carney, le fait de seulement tisser des liens avec des pays démocratiques, en matière de politique étrangère sera néfaste pour le Canada sur les plans économique et géopolitique.»

Sous le leadership de Mark Carney, le Canada redeviendra-t-il un acteur important sur la scène mondiale?

Jean-François Caron : «Le Canada va poursuivre son lent déclin et son alliance avec l’empire européen en décadence le prouve bien. Depuis la fin de la Première guerre Mondiale, le Vieux continent n’est plus l’ombre de lui-même et il est dépendant de tout le monde sur les plans énergétique, militaire et politique. Tandis que les empires américain, chinois et russe ont les moyens de leurs ambitions. Le Canada n’est plus un acteur sérieux en relations internationales depuis des années. Ce dernier n’est plus pris au sérieux par les grandes puissances et cela va se poursuivre sous la gouverne de Mark Carney. La marginalisation du Canada à l’étranger va se perpétuer dans les prochaines années.»

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