Lors d’un récent épisode du Joe Rogan Experience, une discussion inattendue sur le Canada a capté l’attention des auditeurs : le podcasteur américain Joe Rogan et l’humoriste Andrew Schulz s’y sont interrogés sur la pratique des « reconnaissances territoriales » autochtones, devenues un rituel quasi obligatoire au nord de la frontière. Comme le rapporte un article du National Post publié le 23 octobre 2025, les deux comédiens ont exprimé leur incompréhension — et une certaine gêne — face à cette coutume, qu’ils perçoivent moins comme un geste de respect que comme une formule paradoxale et déconnectée du réel.
Un malaise venu de l’humour
Lors de l’épisode du 18 octobre du Joe Rogan Experience, Andrew Schulz a raconté qu’on lui avait demandé, avant un spectacle au Canada, de réciter un texte de reconnaissance territoriale. Surpris, il aurait demandé des explications à un représentant autochtone, avant de conclure :
« Je me suis tourné vers le chef de la tribu et je lui ai dit : frère, on dirait que je me vante. Je monte sur scène pour dire : “Yo, c’était à vous, mais on vous a sortis d’ici.” Vous voulez vraiment que je rappelle ça avant un spectacle d’humour ? »
Joe Rogan a renchéri, estimant que ces formules sont paradoxales :
« On dit : “On vous a volé ça, mais c’est à nous maintenant.” Qui fait-on semblant de servir avec ça ? »
Ces commentaires ont été tenus dans le cadre d’une discussion plus large sur un message de Kamala Harris pour le Columbus Day, où l’ex-vice-présidente américaine rappelait les « horreurs commises par les Européens » lors de la colonisation.
Une pratique contestée, même chez les Autochtones
Le National Post rappelle que les reconnaissances territoriales ont gagné en popularité à la fin des années 2000, avant d’être largement normalisées après les travaux de la Commission de vérité et réconciliation (CVR). Si elles ne figurent pas explicitement parmi les 94 appels à l’action de la CVR, elles se sont imposées dans la sphère publique et même dans le secteur privé après l’adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones (DNUDPA) en 2021.
Mais cette symbolique suscite elle-même de vives critiques. Le National Post cite notamment la cheffe algonquine Claudetta Commanda, qui déclarait à CBC en 2021 :
« Les paroles doivent être suivies d’actions. Sont-ils prêts à nous rendre nos terres ? »
Devon Saulis, membre de la Première Nation Tobique, jugeait aussi ces formules « performatives ». Et lors du discours du trône de mai 2025, lorsque le roi Charles III a lui-même récité une reconnaissance territoriale, Karen Restoule, chercheuse au Macdonald-Laurier Institute, a souligné l’ironie d’un monarque affirmant parler depuis un « territoire non cédé » alors qu’il incarne la Couronne britannique :
« Le roi n’est pas un simple symbole : il est la Couronne. »
Des mots sans conviction ?
Le National Post cite enfin un sondage de Léger Marketing réalisé pour l’Association d’études canadiennes : 52 % des répondants affirment ne pas vivre sur des terres autochtones volées, contre 27 % qui pensent le contraire. Pour Jack Jedwab, président de l’association, cette donnée montre que les reconnaissances publiques manquent souvent de sincérité :
« Les résultats suggèrent que la majorité des Canadiens récitent ces formules sans réelle conviction. »
Une satire révélatrice d’un débat profond
La discussion entre Joe Rogan et Andrew Schulz — rapportée par la rédaction du National Post — illustre un malaise croissant : entre la volonté de reconnaissance historique et la fatigue d’un rituel perçu comme culpabilisant, voire incohérent. En ridiculisant ces déclarations, les deux humoristes soulignent, à leur manière, un paradoxe souvent évoqué par des voix autochtones elles-mêmes : reconnaître un tort historique n’a de valeur que si l’on agit pour y remédier.



