John Kerry dénonce l’inaction de Biden sur la crise migratoire

D’après un article d’Anthony Zurcher publié sur la BBC le 10 juillet 2025

Dans une déclaration qui a fait grand bruit au sein du Parti démocrate, l’ancien secrétaire d’État américain John Kerry a reconnu, lors d’une entrevue à la BBC, que son propre camp avait failli en matière d’immigration. Comme le rapporte Anthony Zurcher, correspondant nord-américain de la BBC, Kerry a affirmé que les démocrates avaient permis que la frontière américano-mexicaine soit « assiégée » durant la présidence de Joe Biden, ouvrant ainsi un boulevard politique à Donald Trump.

« Trump avait raison. Le problème, c’est que nous aurions tous dû avoir raison. » Cette phrase choc prononcée par Kerry lors de l’émission Reflections, animée par le journaliste James Naughtie, résume l’ampleur du mea culpa. L’ancien candidat démocrate à la présidence en 2004 déplore que le message sur l’importance de sécuriser les frontières n’ait pas été suffisamment porté par l’administration Biden, ce qui aurait nui à la crédibilité du parti auprès de l’électorat.

Anthony Zurcher explique que Kerry a tenu à souligner qu’un président devait avant tout affirmer ceci : « Sans frontière protégée, il n’y a pas de nation. » Il aurait d’ailleurs exprimé personnellement cette inquiétude à Joe Biden à plusieurs reprises, estimant que les démocrates avaient « manqué le coche » depuis des années sur ce sujet hautement sensible.

L’interview souligne aussi que la position de Kerry ne fait pas figure d’exception isolée, mais s’inscrit dans un débat croissant au sein du Parti démocrate. Plusieurs voix s’élèvent pour affirmer que la posture trop permissive du parti en matière d’immigration aurait contribué à sa défaite dans certaines circonscriptions clés.

Zurcher rappelle qu’à partir de la fin du mandat de Biden, les traversées illégales à la frontière sud avaient déjà commencé à chuter, notamment après un durcissement des règles d’asile. Cette tendance s’est accentuée dans les six premiers mois du second mandat de Donald Trump, au point d’atteindre des planchers historiques. Désormais, l’administration Trump concentre ses efforts sur la déportation de migrants en situation irrégulière, y compris ceux vivant depuis longtemps aux États-Unis.

Une opération spectaculaire a eu lieu récemment à Los Angeles, dans le parc MacArthur, où des agents fédéraux armés, accompagnés de 90 membres de la Garde nationale de Californie, ont mené un raid à pied, à cheval et à bord de véhicules blindés. La maire démocrate de la ville, Karen Bass, a vivement dénoncé ce qu’elle a qualifié d’« opération militaire dans une ville américaine », l’accusant de servir un agenda politique fondé sur « la peur et la terreur ».

En réaction, huit villes californiennes, dont Los Angeles, ont intenté une poursuite contre l’administration Trump, soutenues par l’État de Californie lui-même. Le procureur général de l’État, Rob Bonta, y voit un « schéma cruel et familier d’attaques contre nos communautés immigrantes », un modus operandi qu’il attribue à une stratégie de division politique.

Mais malgré ces résistances locales, Anthony Zurcher note que la rhétorique anti-immigration semble toujours porter pour Trump. Même si les sondages montrent une baisse de son appui global, la droite estime toujours avoir l’ascendant sur cette question. Interrogé sur une proposition démocrate visant à interdire aux agents de l’immigration de cacher leur identité, Trump a répondu : « C’est ça le problème des démocrates : ils ont des idées folles dans la tête. Ils ont perdu confiance et sont devenus un peu dérangés. »

Face à cette charge, certains démocrates semblent désarmés, ou du moins divisés. La sortie de John Kerry, en ce sens, apparaît comme un signal d’alarme lancé de l’intérieur : à force de sous-estimer la puissance de l’enjeu migratoire, le parti pourrait continuer de concéder un terrain précieux à son adversaire républicain.

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