Jour décisif pour la flotte sous-marine canadienne : l’Allemagne et la Corée du Sud à l’épreuve

Le remplacement des sous-marins canadiens entre aujourd’hui dans une phase cruciale. Ce 2 mars marque la date limite pour le dépôt officiel des propositions allemande et sud-coréenne dans le cadre du Programme canadien de sous-marins de patrouille (Canadian Patrol Submarine Project – CPSP), un contrat évalué à plus de 20 milliards de dollars qui redéfinira la posture navale du pays pour des décennies.

Une échéance stratégique confirmée par CBC

Dans un article publié le 2 mars 2026, le journaliste Murray Brewster, spécialiste défense et sécurité à CBC News, rapporte que les chantiers navals sud-coréen et allemand devaient soumettre leurs propositions formelles d’ici aujourd’hui. Selon des sources citées par CBC, le gouvernement Carney entend rendre une décision relativement rapide, possiblement dès la fin juin.

Le projet prévoit l’acquisition d’un maximum de 12 sous-marins destinés à remplacer la flotte actuelle de classe Victoria. Comme le souligne Brewster, il s’agit de l’un des affrontements industriels et stratégiques les plus importants d’une génération, tant pour la marine que pour l’orientation industrielle du Canada.

Les deux finalistes sont :

  • Hanwha Ocean (Corée du Sud)
  • ThyssenKrupp Marine Systems (Allemagne)

Entre maintenant et le 6 avril, Ottawa se réserve le droit de poser des questions de clarification aux soumissionnaires. Ensuite, l’analyse portera non seulement sur les capacités militaires, mais aussi — et peut-être surtout — sur les retombées économiques promises au Canada.

Une urgence opérationnelle réelle

Le contexte est pressant. Les quatre sous-marins de classe Victoria — HMCS Victoria, Windsor, Chicoutimi et Corner Brook — approchent de leur fin de vie utile, prévue au début des années 2030. Selon Brewster, un seul bâtiment est actuellement pleinement opérationnel.

Dans son entretien avec CBC, le vice-amiral Angus Topshee rappelait que les sous-marins constituent « l’ultime garant » de la souveraineté maritime canadienne, notamment pour surveiller les approches arctiques et atlantiques.

La rapidité du processus étonne d’ailleurs certains observateurs. Dave Perry, président du Canadian Global Affairs Institute, cité par CBC, a souligné que le projet avançait « à une vitesse fulgurante », inhabituelle pour les grands programmes d’approvisionnement canadiens.

L’offre allemande : Type 212CD

L’Allemagne, par l’entremise de ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS), propose le Type 212CD (Common Design), développé en partenariat avec la Norvège. Il s’agit d’une évolution du Type 212A déjà en service dans la marine allemande et italienne.

Le bâtiment utilise une propulsion indépendante de l’air (AIP), permettant de longues périodes en plongée sans propulsion nucléaire. Selon les informations rapportées par CBC, TKMS met de l’avant l’adaptation du design aux opérations en Arctique, ainsi qu’une signature acoustique très faible, avantage déterminant dans l’Atlantique Nord.

Les Allemands ont indiqué publiquement pouvoir livrer un premier sous-marin dès 2032, avec une montée en cadence progressive.

L’offre sud-coréenne : KSS-III (Dosan Ahn Changho)

La Corée du Sud, par l’intermédiaire de Hanwha Ocean, mise sur le KSS-III, aussi appelé classe Dosan Ahn Changho. Plus imposant que la plupart des sous-marins conventionnels européens, il offre une capacité accrue en portée et en charge utile, incluant des systèmes de lancement vertical.

Dans un article publié le 26 février par Naval News, la rédaction rapporte que Séoul a mis en place une approche dite « whole-of-government » pour soutenir sa candidature. Selon un communiqué relayé par Naval News, le 20 février, plusieurs ministères sud-coréens — dont la Defense Acquisition Program Administration (DAPA), la Marine sud-coréenne et les ministères du Commerce, de la Défense et des Affaires étrangères — ont signé un cadre de coordination nationale pour appuyer le projet canadien.

Toujours selon Naval News, DAPA prévoit soutenir les arrangements liés à la propriété intellectuelle et au transfert technologique afin de favoriser une localisation industrielle au Canada.

Le président de Hanwha Ocean, Charlie SC Eoh, cité par Naval News, affirme vouloir devenir « un partenaire à long terme de confiance » pour le Canada.

La bataille des retombées économiques

Comme le rapporte Murray Brewster à CBC, l’aspect économique pèse lourd dans la balance. Le Canada ne dispose pas de la capacité industrielle pour construire ses propres sous-marins et doit donc acheter à l’étranger, tout en exigeant d’importantes compensations industrielles.

Hanwha Ocean promet une moyenne de 25 000 emplois annuels sur plusieurs décennies, selon son dirigeant canadien Glenn Copeland, cité par CBC, et jusqu’à 15 000 emplois temporaires liés à la construction d’installations d’entretien à Halifax et Esquimalt.En plus d’un investissement pouvant atteindre 275 millions de dollars chez Algoma Steel en Ontario et des partenariats de formation, notamment avec Mohawk College.

En janvier, rapporte CBC, le groupe Hanwha avait évoqué auprès de Reuters la possibilité de créer jusqu’à 200 000 emplois au Canada d’ici 2040 — sans toutefois détailler le calcul.

Par ailleurs, Naval News précise que la Corée du Sud met de l’avant le fait que le KSS-III n’est pas un design d’exportation théorique : il est déjà en service dans la marine sud-coréenne, avec des données opérationnelles concrètes.

Du côté allemand, TKMS doit encore détailler publiquement l’ensemble de son offre économique dans les prochains jours, selon CBC.

Un choix aux conséquences géopolitiques

Au-delà de la technique, le choix aura des implications stratégiques : orientation industrielle vers l’Europe ou l’Asie, positionnement du Canada en Arctique, dépendance technologique à long terme, intégration dans les chaînes d’approvisionnement alliées.

La décision, attendue possiblement dès juin selon les sources citées par CBC News, constituera le premier grand test de la nouvelle Defence Investment Agency du gouvernement Carney.

Le compte à rebours est désormais lancé. Après des années d’atermoiements sur les capacités sous-marines canadiennes, Ottawa semble déterminé à trancher rapidement. Reste à savoir si la vitesse actuelle se traduira par un choix stratégique durable — ou par une décision qui engagera le pays pour un demi-siècle.

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