En l’espace d’une journée, Justin Trudeau a fait des concessions importantes sur deux enjeux clés de son agenda politique : l’immigration et l’environnement. Ce tournant à 180° de la part du premier ministre, affaibli depuis des mois par des sondages défavorables au profit des conservateurs, révèlent à quel point les Libéraux sont désormais en position de faiblesse.

D’abord, Justin Trudeau a suspendu des parties de sa taxe carbone afin d’aider certaines régions rurales moins bien desservies en termes de transports et de chauffage résidentiel. Ainsi, il fera passer de 10% à 20% les remises issues de la tarification sur le carbone et suspendra la taxe carbone sur les livraisons de mazout dans les régions où plus de 30% de la population en dépend.

Cet intérêt particulier à faire de telles concessions est de toute évidence une réponse aux percées conservatrices dans les sondages des provinces atlantiques, qui sont particulièrement touchées par cet enjeu. De nombreux commentateurs et analystes ont soulevé que la manœuvre politique semblait donner raison aux conservateurs, qui ont maintes fois appelé à faire tomber cette taxe punitive qui alourdit le fardeau des Canadiens en une période inflationniste difficile.

Justin Trudeau s’est défendu de donner raison à ses adversaires, mais il s’agit tout de même de l’une des premières réelles concessions au sujet de la taxe carbone, et une forme de reconnaissance que ce genre de politique n’affecte pas tous les Canadiens de la même manière.

Par exemple, reconnaître que les provinces Atlantiques et leurs régions isolées qui sont encore dépendantes du mazout seraient davantage pénalisées par la taxe carbone et auraient besoin d’un accommodement pourrait donner des munitions à l’Alberta dans son bras de fer contre le fédéral et ses menaces d’utiliser la clause nonobstant pour se dispenser de la loi sur l’électricité propre.

À peu près en même temps que ces annonces au sujet de la taxe carbone, on apprenait que le gouvernement libéral envisageait de plafonner ses cibles d’immigration sous la barre des 500 000 immigrants par année à partir de 2026, ce qui représenterait une pause par rapport à l’augmentation constante des cibles depuis des années. On se rappelle que les 431 000 nouveaux arrivants en 2022 constituent un record, et que le lobby de l’Initiative du Siècle, qui souhaite augmenter la population canadienne à 100 millions de personnes en 2100, semble très influent dans les cercles libéraux.

Mais la crise du logement, notamment, semble avoir apporté un nouvel éclairage sur la question migratoire depuis quelques mois. Même au sein du parti libéral de Justin Trudeau, qui a toujours été l’un des plus féroces défenseurs de l’immigration de masse, on commence à reconnaître les problèmes causés par ces nouveaux arrivages, la pression sur le logement, l’offre de services, etc. Mais surtout, on commence à reconnaître la menace conservatrice, qui gagne aussi de points depuis quelques mois sur ces enjeux.

Bref, on voit bien que le gouvernement Trudeau est sur la défensive et commence à faire des concessions sur certains des enjeux où il était autrefois extrêmement dogmatique. Ces récentes décisions sont des admissions tacites que les conservateurs ont vu juste sur ces sujets. Mais surtout, elles sont des admissions tacites que les politiques de transition énergétique et d’immigration sont trop agressives et inadaptées au contexte canadien actuel.

Philippe Sauro-Cinq-Mars

Diplômé de science politique à l'Université Laval en 2017, Philippe Sauro Cinq-Mars a concentré ses recherches sur le post-modernisme, le populisme contemporain, la culture web et la géopolitique de l'énergie. Il est l'auteur du livre "Les imposteurs de la gauche québécoise", publié aux éditions Les Intouchables en 2018.

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