Kash Patel écarte l’ADL du FBI : la fin d’un règne de censure

Depuis plusieurs années, l’Anti-Defamation League (ADL) a cessé d’être perçue uniquement comme un organisme de vigilance contre l’antisémitisme pour devenir une entité militante, accusée de dérives partisanes et de pressions en faveur de la censure. Ses campagnes visant des personnalités conservatrices ou des mouvements étudiants, ses partenariats controversés avec de grandes entreprises technologiques et son influence grandissante au sein des institutions américaines ont suscité un malaise croissant, et c’est dans ce climat de remise en question que Kash Patel, nouveau directeur du FBI, a annoncé le 1er octobre 2025 qu’il coupait officiellement tout lien entre le Bureau et l’ADL, collaboration initiée sous James Comey. Patel a accusé son prédécesseur d’avoir « écrit des lettres d’amour à l’ADL » et d’avoir permis que l’organisation « fonctionne comme un groupe extrémiste infiltré dans le FBI », déguisant de l’activisme politique en contreterrorisme. « Cette ère est révolue. Ce FBI rejette formellement les politiques de Comey et tout partenariat avec l’ADL », a-t-il déclaré.

Selon Aysha Bagchi de USA Today, Patel reproche à l’ADL d’avoir influencé les définitions internes de « groupes haineux », au point que le Bureau se soit retrouvé à enquêter sur des organisations conservatrices comme Turning Point USA plutôt que sur les assassins de Charlie Kirk. L’affaire a pris une ampleur nationale quand l’ADL a dû retirer entièrement son « Glossaire de l’extrémisme » après les critiques d’Elon Musk, qui l’a qualifiée de « groupe de haine », et d’élus républicains tels qu’Anna Paulina Luna. Elizabeth Pritchett, pour Fox News, rappelle que le glossaire visait non seulement des groupes radicaux comme les Proud Boys ou Nation of Islam, mais aussi des organisations conservatrices mainstream comme TPUSA, tout en laissant de côté des mouvements violents tels qu’Antifa ou Black Lives Matter.

De son côté, l’ADL a publié une déclaration réaffirmant son « profond respect » pour le FBI et sa mission de lutte contre l’antisémitisme. Mais le geste de Patel marque une rupture symbolique : la fin d’une relation privilégiée qui avait fait de l’ADL un partenaire quasi-institutionnel des services fédéraux.

Une organisation sous feu nourri de critiques

Cette décision s’inscrit dans un contexte où l’ADL fait face à une remise en cause plus large de sa légitimité. Ron Coleman écrivait déjà en 2023 dans Newsweek que l’ADL avait « perdu sa voie », glissant d’une mission centrée sur la protection des Juifs à une fonction de censeur aligné sur la gauche américaine. Selon lui, l’organisation est devenue un « bras du Parti démocrate exempt de taxes » et participe à une vaste « machine de censure en ligne » destinée à disqualifier les voix conservatrices sous couvert de lutte contre la haine.

Branko Marcetic, dans Jacobin (2021), avait documenté les dérives de l’ADL, rappelant son rôle historique de surveillance illégale d’organisations civiles aux États-Unis, mais aussi son alignement systématique sur les intérêts de l’État israélien. Il notait que ses partenariats, comme celui signé avec PayPal, menaçaient de criminaliser et de priver de ressources non seulement les groupuscules violents, mais aussi les militants pro-palestiniens, des ONG progressistes ou même des syndicats.

Jonathan S. Tobin, dans le Jewish News Syndicate (2022), accusait l’ADL de « mener une guerre contre la liberté d’expression » en se posant en arbitre de la légitimité politique sur les réseaux sociaux, notamment en faisant pression pour maintenir Donald Trump banni de Twitter et en militant pour la censure d’opinions conservatrices sous prétexte de lutter contre l’antisémitisme.

Même des voix issues du monde artistique, comme Jon Stewart en 2022, ont critiqué la tendance de l’ADL à voir de l’antisémitisme partout et à exiger des sanctions, plutôt que de favoriser le dialogue. « Nommer réflexivement les choses antisémites est aussi réducteur que les stéréotypes qu’on dénonce », disait l’ancien animateur du Daily Show sur CBS.

Une dérive ancienne : de la lutte contre la haine à l’outil politique

Depuis plusieurs décennies, l’ADL est accusée de confondre l’antisémitisme avec toute critique de la politique israélienne. Marcetic rappelait qu’elle avait dénoncé dans les années 1960 le mouvement des droits civiques (SNCC) comme « extrémiste » pour avoir pris position contre le sionisme. Dans les années 1990, la police californienne avait découvert que l’ADL constituait des fichiers secrets sur plus de 600 organisations, allant de la NAACP à l’ACLU.

Sous Abe Foxman puis Jonathan Greenblatt, l’organisation a renforcé ce glissement en s’alignant sur le discours sécuritaire post-11 Septembre, en participant aux échanges de formation entre la police américaine et les services israéliens, et en appelant à la surveillance accrue des communautés musulmanes. Elle s’est aussi montrée intransigeante envers les universitaires et groupes progressistes critiques d’Israël, comme le mouvement BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), souvent assimilés à des entreprises de haine antisémite.

Mais plus récemment, en particulier sous l’ère Trump, ce sont les conservateurs qui se sont retrouvés au centre de son radar : le bannissement de Donald Trump sur Twitter, les pressions exercées sur des plateformes comme X ou PayPal, ou encore la classification de Turning Point USA comme groupe « extrémiste » ont alimenté la perception que l’ADL s’acharnait à censurer la droite américaine. Résultat : l’organisation se retrouve désormais critiquée des deux côtés du spectre — les progressistes l’accusant d’être trop liée à la défense inconditionnelle d’Israël, tandis que les conservateurs la dénoncent comme un instrument de censure idéologique. Cette double contestation mine sa légitimité et renforce l’idée qu’elle agit moins comme un organisme neutre de lutte contre la haine que comme un acteur politique au service d’intérêts partisans.

Un pas vers la neutralité institutionnelle

La décision de Kash Patel marque donc plus qu’une simple réorganisation bureaucratique : elle signifie la fin d’une collusion entre un organisme d’État et une organisation privée au rôle de plus en plus contesté. En coupant les liens avec l’ADL, le FBI se distancie d’une approche qui a contribué à délégitimer des mouvements politiques légitimes au nom d’une lutte biaisée contre la haine.

Si l’ADL conserve son rôle historique de vigilance face à l’antisémitisme, elle a accumulé trop de controverses et de dérives pour continuer à être perçue comme un partenaire neutre. L’heure est venue, comme l’a affirmé Patel, de recentrer les institutions publiques sur leur mission première : protéger tous les citoyens, sans céder à des agendas partisans ou idéologiques.

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