La Caisse de dépôt injecte 1 milliard dans la filière des batteries en Australie

La Presse Canadienne rapporte que la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) a annoncé lundi matin la conclusion d’une entente pour acquérir l’entreprise australienne Edify, spécialisée dans les énergies renouvelables et le stockage d’énergie par batteries. L’opération, évaluée à environ 1 milliard de dollars, inclura non seulement l’achat de l’entreprise, mais aussi le financement de deux projets hybrides combinant production solaire et stockage d’énergie. Ces projets seront développés en partenariat avec Rio Tinto et le gouvernement australien.

De son côté, Louis Deschênes du Journal de Québec précise que ces projets totaliseront 900 MW/3600 MWh et qu’ils s’ajoutent à un portefeuille déjà bien garni : depuis sa fondation en 2015 par John Cole, Edify a réalisé 11 projets d’électricité verte en Nouvelle-Galles du Sud, au Queensland et à Victoria. Cole lui-même affirme que cette transaction constitue un tournant qui renforcera la capacité financière d’Edify et accélérera la réalisation de nouvelles centrales.

Les justifications de la CDPQ

Emmanuel Jaclot, premier vice-président et chef des Infrastructures et de l’Investissement durable à la CDPQ, a défendu l’opération en expliquant que ce placement illustre la « conviction profonde » de l’institution quant au rôle stratégique du stockage d’énergie et des technologies vertes dans la transition énergétique mondiale. La CDPQ, qui affichait un actif net totalisant 496 milliards de dollars au 30 juin dernier, voit ainsi Edify comme un levier pour accélérer la décarbonation et renforcer la stabilité des réseaux électriques.

Un pari qui soulève des doutes

Aussi noble que puisse paraître la mission, il n’en demeure pas moins que cet investissement interpelle. On parle ici de l’argent de retraite des Québécois, placé dans une société privée australienne opérant sur un marché étranger hautement concurrentiel. L’enthousiasme affiché par la direction de la CDPQ contraste avec les incertitudes qui entourent encore l’industrie des batteries et du stockage énergétique, particulièrement dans un contexte où plusieurs projets phares de la « transition verte » ont connu des revers majeurs ces dernières années.

La dépendance à des partenaires comme Rio Tinto et au gouvernement australien soulève également la question du contrôle réel que la Caisse exercera sur ces projets. La promesse d’une rentabilité durable repose sur des conditions politiques et économiques hors du Québec — une situation qui expose l’épargne collective aux aléas de marchés lointains, loin de toute garantie tangible pour les retraités québécois.

Le risque d’un nouvel « engouement idéologique »

Cette acquisition s’inscrit dans une longue série d’investissements massifs de la Caisse dans le secteur des batteries et des énergies dites propres. Or, la filière batterie a déjà montré son caractère spéculatif, avec des perspectives incertaines de demande réelle et une compétition mondiale féroce. Le danger est que la CDPQ, au nom de la transition énergétique, multiplie les placements guidés davantage par une logique politique ou idéologique que par une véritable prudence financière.

En d’autres termes, les Québécois pourraient bien se retrouver, encore une fois, à financer des paris coûteux sur des technologies présentées comme inévitables, mais dont la rentabilité n’est pas assurée. La mission première de la Caisse est de protéger et faire fructifier les fonds de retraite, non de servir de catalyseur aux grands récits de la décarbonation mondiale.

Une question de reddition de comptes

Au moment où cet investissement d’un milliard est annoncé, une question s’impose : qui assumera la responsabilité si le pari sur Edify s’avère perdant? La CDPQ a beau multiplier les discours sur la transition et la durabilité, elle gère avant tout l’épargne des Québécois, et non un fonds souverain chargé de redéfinir l’économie mondiale. Les prochaines années diront si cet achat d’Edify se révélera un coup de maître stratégique ou un nouveau chapitre dans la saga des placements aventureux financés à même les retraites collectives.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine