Lors d’un rare discours public à Londres, le directeur général du MI5 a affirmé que les agents liés à Pékin menaient chaque jour des opérations d’espionnage, de cyberintrusion et de vol de secrets industriels sur le sol britannique. « Les acteurs étatiques chinois représentent une menace pour la sécurité nationale du Royaume-Uni. Bien sûr que oui — chaque jour », a-t-il déclaré, précisant que son service venait encore de déjouer une tentative la semaine précédente.
Ses propos interviennent alors que le gouvernement britannique, les procureurs et l’opposition s’affrontent à propos de l’effondrement d’un procès pour espionnage. Deux hommes, l’universitaire Christopher Berry et le chercheur parlementaire Christopher Cash, étaient accusés d’avoir transmis des informations sensibles à la Chine entre 2021 et 2023. À la surprise générale, les poursuites ont été abandonnées, faute de coopération gouvernementale.
Le directeur des poursuites publiques, Stephen Parkinson, a expliqué que des responsables avaient refusé de témoigner sous serment que la Chine constituait alors une menace à la sécurité nationale. Le premier ministre Keir Starmer a démenti toute interférence politique et publié des déclarations du vice-conseiller à la sécurité nationale, Matthew Collins, décrivant pourtant la Chine comme « la plus grande menace étatique pour la sécurité économique du Royaume-Uni ».
Ken McCallum s’est dit « frustré » que des affaires mettant en jeu la sécurité nationale ne soient pas menées à terme, tout en reconnaissant que les décisions de poursuite ne relevaient pas du MI5. Il a qualifié la relation entre Londres et Pékin de « complexe mélange de risques et d’opportunités », ajoutant que son service continuerait d’agir « de manière robuste » contre toute activité menaçant la sécurité nationale.
L’ambassade de Chine à Londres a qualifié les accusations de « pures fabrications et calomnies malveillantes », assurant que Pékin « ne s’immisce jamais dans les affaires intérieures d’autres pays ».
Selon The Associated Press, qui rapporte les détails de cette affaire dans un article publié le 16 octobre 2025, cette crise éclate alors que le Royaume-Uni examine la demande de la Chine pour construire une immense ambassade près de la Tour de Londres — projet qui deviendrait la plus grande représentation diplomatique d’Europe. Les autorités ont repoussé la décision finale du 21 octobre au 10 décembre, signe d’un climat de méfiance renforcé.
Dans son discours annuel sur les menaces majeures, McCallum a aussi évoqué la montée simultanée des risques liés à la Russie, à l’Iran et aux groupes terroristes. Il a indiqué que les enquêtes pour espionnage avaient augmenté de 35 % en un an et dénoncé les « méthodes laides » utilisées par Moscou et Téhéran, incluant sabotage, incendies et violences physiques.
Le chef du MI5 a aussi alerté sur de nouveaux types de dangers, allant de la radicalisation de jeunes mineurs en ligne — un sur cinq des suspects d’actes terroristes a moins de 17 ans — aux dérives potentielles de l’intelligence artificielle. « L’IA ne nous voudra peut-être jamais de mal, mais ignorer sa capacité à nuire serait irresponsable », a-t-il prévenu.
Face à une Chine qualifiée de « menace stratégique » par le Parlement depuis 2023, le Royaume-Uni tente de concilier fermeté et pragmatisme. Mais après l’échec judiciaire retentissant de ce procès, la confiance du public envers la capacité de l’État à défendre ses secrets semble de plus en plus fragile.



