Il y a quelques années, un phénomène médiatique particulier frappait la France : celui de l’effondrement, théorisé sous un néologisme devenu célèbre — la collapsologie. Selon ce courant mêlant études, rapports scientifiques et spéculations, l’humanité courrait à sa perte en raison de l’épuisement des ressources naturelles et de la fragilité des systèmes interconnectés qui soutiennent nos sociétés.
L’un des textes fondateurs de cette vision est le rapport Meadows, publié au début des années 1970 par le Club de Rome. Ce document modélisait un effondrement simultané de la démographie, des ressources naturelles, de la production alimentaire et industrielle. À l’époque, ces prévisions ont marqué les esprits.
Pourtant, nous sommes en 2025, et malgré certaines difficultés bien réelles, l’humanité n’a jamais eu aussi peu faim. De nombreuses prédictions catastrophistes — d’Al Gore au commandant Cousteau — ne se sont tout simplement pas réalisées.
Une humanité plus résiliente qu’on ne le pense
Bien sûr, les défis ne manquent pas : pollution plastique, dépendance au charbon dans plusieurs régions du globe, perte de biodiversité, cancers causés par l’alimentation industrielle… Mais ce serait sous-estimer la capacité de résilience et d’innovation de l’humanité que de prédire son effondrement prochain. En matière de solutions, des progrès parfois controversés, comme les organismes génétiquement modifiés, ont permis tout de même d’améliorer la productivité agricole et de nourrir davantage de personnes à moindre coût.
Aujourd’hui, les humains vivent plus longtemps, sont mieux soignés, et même les populations les plus pauvres commencent à sortir de l’extrême misère. Il suffit de visiter certains pays d’Asie du Sud-Est pour le constater : la faim n’est plus le fléau numéro un. À l’inverse, des problèmes typiques des pays riches, comme le surpoids et l’obésité, commencent à frapper des nations comme l’Égypte ou l’Inde.
Un effondrement discret… ou inexistant
S’il y a effondrement, il est discret, diffus, et s’étale sur le très long terme. Les grandes catastrophes annoncées ne se sont pas produites dans les délais prédits. Et chaque époque a vu l’humanité surmonter ses propres menaces : les famines, les guerres mondiales, les pandémies, et plus récemment la crise du Covid‑19, qui a pourtant fait plus de morts que la grippe espagnole de 1918.
Au lieu de sombrer dans le pessimisme, nous devrions reconnaître que l’être humain est résilient, intelligent, adaptable et profondément collaboratif. C’est notre intelligence collective qui nous a permis, encore et encore, de relever les défis de notre époque.
Ni retour à la chandelle, ni utopie technologique
Il est peu probable que nous retournions à la charrette et au fanal. L’humanité a accumulé trop de connaissances depuis les Lumières pour connaître un effondrement total de son niveau de vie. Bien sûr, certains ajustements seront nécessaires : logements plus petits, viande plus rare ou plus chère, mode de vie plus sobre. Mais ces transitions n’équivalent pas à un effondrement : elles sont des évolutions naturelles d’une société complexe qui apprend à se réorganiser.
Chevaucher le tigre : accueillir l’avenir avec confiance
Nous avons survécu à d’innombrables menaces de guerres mondiales. Nous avons su traverser des pandémies dévastatrices. Et aujourd’hui, de nouvelles technologies comme l’intelligence artificielle nous offrent des opportunités considérables. Il ne s’agit pas de sombrer dans un techno-optimisme naïf, mais de ne pas répéter les erreurs des luddites, qui s’opposaient aux machines au lieu de comprendre comment les dompter.
Car que nous le voulions ou non, les machines seront là. Mieux vaut les chevaucher que les subir. Notre avenir, loin du collapsisme et du techno-scepticisme ambiant, peut encore être construit avec lucidité, audace et confiance.



