La corruption : une tradition libérale depuis 1867

Au Canada, on dit parfois que le Parti libéral est celui à qui revient naturellement le pouvoir. Même si le pays fut fondé par le conservateur John A. Macdonald, il faut reconnaître qu’aucun parti n’a régné aussi longtemps que les libéraux. Et l’on peut en dire autant du Parti libéral du Québec. Mais avec un tel bilan, faut-il y voir une gestion efficace ou, au contraire, une tradition de corruption profondément enracinée?

Dès le début du XXᵉ siècle, sous l’interminable règne de Louis-Alexandre Taschereau, la corruption faisait déjà partie de l’identité du Parti libéral du Québec. Plus d’une quarantaine de ses proches auraient bénéficié de fonds publics, tandis que le premier ministre lui-même, ainsi que plusieurs de ses ministres, siégeaient simultanément sur les conseils d’administration de compagnies minières ou d’entreprises d’électricité.

Durant les années 1960, celui qui passera à l’histoire pour des raisons tragiques en octobre 1970, Pierre Laporte, était accusé d’entretenir des liens avec la mafia. Et tout cela nous mène au long règne libéral sous Jean Charest.

Jean Charest sera régulièrement pointé du doigt pour les scandales de corruption ayant touché son gouvernement. Lui et certains de ses ministres feront l’objet d’enquêtes policières. Nathalie Normandeau, notamment, sera accusée au criminel. Elle ne sera pas acquittée : les accusations tomberont en raison de l’arrêt Jordan.

Et nous terminons en 2025 dans une situation des plus surréalistes. On a récemment appris que Pablo Rodriguez aurait eu recours à des « brownies » – un terme qui, semble-t-il, désigne des billets de 100 $ chez les libéraux – pour se faire élire chef. Combien de ces « brownies » ont été distribués aux militants? Qui finance la caisse de campagne de Pablo Rodriguez? Ce que l’on sait, en tout cas, c’est que l’Unité permanente anticorruption a décidé de s’en mêler.

Même si l’on a appris qu’il est légal d’acheter des votes dans une course à la chefferie, cela en dit long sur le niveau d’éthique au sein des libéraux du Québec. Et cette culture politique ne se limite pas au PLQ : on la retrouve aussi chez leurs homologues fédéraux.

Longtemps, une certaine distance non officielle existait entre les deux partis. Par exemple, Robert Bourassa fut souvent en rivalité avec Pierre Elliott Trudeau. Mais lorsque survient le référendum de 1995, tout bascule. Jean Chrétien, un des meneurs du camp du NON, enclenche alors l’opération « citoyenneté ».

Il s’agissait d’accorder la citoyenneté plus rapidement que prévu à des dizaines de milliers d’immigrants n’ayant pas encore été naturalisés, à la veille du vote, afin qu’ils puissent voter NON. C’était un secret de Polichinelle : tout le monde connaissait ces manœuvres destinées à gagner à n’importe quel prix un référendum pourtant organisé démocratiquement.

Cela n’empêche pas aujourd’hui Jean Chrétien, malgré ses 91 ans, de continuer à affirmer qu’il était dans son bon droit, que le pays était en « guerre ». Et bien sûr, il faut ajouter le scandale des commandites, qui chassera ensuite les libéraux du pouvoir pour de nombreuses années, permettant aux conservateurs – enfin réunifiés – de reprendre les rênes après une décennie de divisions.

Quelle est la morale de cette histoire? Nous pourrions écrire une série de livres uniquement sur les scandales de corruption libéraux au Québec et au Canada. Un simple article ne peut rendre justice à la longue liste d’affaires dans lesquelles ils ont été impliqués. Mais ce que l’on sait, c’est que la corruption, ou du moins la malhonnêteté, semble faire partie intégrante de l’ADN libéral. Meilleure chance la prochaine fois aux libéraux pour nous convaincre que vous avez réellement pris vos distances avec votre passé.

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