La Cour suprême rend la sévérité presque impossible pour les jeunes meurtriers

Dans une chronique percutante publiée dans le National Post, la journaliste Jamie Sarkonak dénonce une dérive judiciaire qu’elle juge « inversée » : celle qui consiste à offrir des peines plus clémentes aux jeunes criminels les plus violents. Son texte s’appuie sur le cas tragique de Christopher Jung, chauffeur de taxi torontois de 73 ans, assassiné en octobre 2021 par un adolescent de 17 ans, identifié sous les initiales I.T.

Ce dernier a tiré sept balles à travers la cloison de plexiglas de son véhicule sans raison apparente, laissant derrière lui argent et objets de valeur. Reconnu coupable de meurtre au deuxième degré, il aurait dû écoper d’une peine de prison à vie avec un minimum de dix ans avant la libération conditionnelle. Mais en vertu d’un jugement récent de la Cour suprême du Canada, il a plutôt reçu une peine jeunesse : quatre ans de détention suivis de trois ans d’assignation à résidence.

Jamie Sarkonak rappelle qu’I.T. n’était pas un délinquant inexpérimenté : il possédait déjà un lourd casier pour possession illégale d’armes à feu, vol, conduite avec facultés affaiblies et agression contre la police. Au moment du meurtre, il faisait même l’objet de trois interdictions de port d’armes. « Il serait difficile de trouver un candidat plus approprié pour une peine d’adulte », écrit-elle. Après le crime, il s’est enfui, a changé d’apparence et s’est réfugié en Colombie-Britannique avant d’être arrêté trois mois plus tard.

Selon Sarkonak, le virage s’est amorcé avec l’adoption en 2003 de la Loi sur le système de justice pénale pour les adolescents (LSJPA), qui a remplacé l’ancienne Loi sur les jeunes contrevenants. La priorité est alors passée de la protection du public à la réhabilitation du jeune. Initialement, les crimes les plus graves — meurtre, homicide involontaire, agression sexuelle grave — entraînaient automatiquement une présomption de peine adulte pour les 14 ans et plus. Mais la Cour suprême a progressivement affaibli cette logique, estimant qu’une telle présomption violait la Charte des droits et libertés.

L’arrêt I.M., rendu à l’été 2025, a rendu cette exigence encore plus stricte : pour qu’un adolescent reçoive une peine adulte, il faut désormais prouver qu’il possède une « maturité développementale équivalente à celle d’un adulte », en tenant compte de facteurs comme la santé mentale, le comportement post-crime et les influences systémiques, dont le racisme. Le juge Shaun Nakatsuru, qui a prononcé la sentence d’I.T., a ainsi considéré sa vie marquée par la pauvreté et l’instabilité comme une atténuation de sa responsabilité morale.

« Dans ma vision, a écrit le juge, le fait d’avoir mal réussi à l’école, en tant que jeune homme noir, est influencé par le racisme systémique ainsi que par vos circonstances individuelles. Vous n’avez pas eu les mêmes avantages que d’autres. Cela a détourné votre vie de la lumière vers l’obscurité. »

Pour Sarkonak, ce raisonnement illustre un renversement inquiétant : la justice ne protège plus les victimes, mais réduit la responsabilité des auteurs de crimes atroces. Elle écrit : « L’esprit de la loi est devenu tel que plus un jeune est violent, impulsif et dénué de remords, plus il bénéficie de clémence. »

La chroniqueuse plaide pour une réforme complète de la LSJPA. Selon elle, un système incapable d’assurer la justice lorsqu’un homme âgé est exécuté de sang-froid par un adolescent armé doit être « aboli et reconstruit à neuf ».

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