Selon le plus récent Bilan-Faim publié par Moisson Montréal, cité par Stéphanie Bérubé dans La Presse, la métropole vit une crise alimentaire sans précédent. Chaque mois, les organismes soutenus par Moisson Montréal répondent désormais à plus d’un million de demandes d’aide, un seuil jamais atteint. L’organisme observe une hausse de 10 % en un an et de plus de 50 % depuis 2021.
Près d’une personne sur cinq à Montréal vit aujourd’hui en situation d’insécurité alimentaire.
La directrice générale, Chantal Vézina, souligne que la flambée des coûts du logement accentue les difficultés :
« C’est encore plus marqué cette année. On se rend compte que de plus en plus de gens commencent à se priver ou se tournent vers des aliments beaucoup moins nutritifs », confie-t-elle à La Presse.
Face à la demande croissante, la moitié des organismes ont dû réduire la quantité de nourriture distribuée, et un sur trois refuse désormais des bénéficiaires faute de ressources. Parmi les personnes aidées, près d’une sur cinq travaille, une donnée qui confirme la disparition du lien entre emploi et sécurité alimentaire. Deux sur cinq dépendent de l’aide sociale.
Les jeunes en première ligne : un basculement générationnel
En parallèle, une étude multidisciplinaire de l’Université de Montréal, rapportée par Stéphanie Bérubé, met en lumière la vulnérabilité croissante des 18 à 25 ans.
Entre 2019 et 2023, la proportion de jeunes en insécurité alimentaire a presque doublé, passant de 12 % à 23 %.
La professeure Geneviève Mercille, de la faculté de médecine de l’UdeM, observe une banalisation inquiétante :
« C’est normal de manger du Kraft Dinner quand on est étudiant, mais là, on parle de jeunes qui sautent des repas faute de moyens. »
Selon la professeure Véronique Dupéré, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la transition à l’âge adulte, cette précarité s’inscrit dans une « roue qui tourne » :
« Ces jeunes cumulent les fragilités : logement, emploi, isolement. Ce stress chronique laisse des traces et complique la poursuite des études. »
Les chercheurs notent que les jeunes ayant connu la pauvreté dans leur enfance sont disproportionnellement affectés, tout comme ceux dont le parcours éducatif est atypique.
Québec : « les résultats sont terribles »
Dans un reportage de Gabriel Paré-Asatoory pour Radio-Canada, la situation dans la capitale n’est guère plus reluisante.
Moisson Québec fait état de 312 000 demandes d’aide mensuelles en 2025 — une baisse minime par rapport au record de 2024, mais une hausse de 30 % depuis 2022.
Plus de 84 000 personnes ont bénéficié de ses services cette année, soit 33 % de plus qu’il y a trois ans.
La directrice générale Élaine Côté ne cache pas son désarroi :
« Les résultats sont terribles. Il y a de plus en plus de gens qui travaillent mais n’arrivent pas à joindre les deux bouts. Travailler ne protège plus de la pauvreté. »
Selon Radio-Canada, 32 % des bénéficiaires ont un emploi, et 37 % des enfants de moins de 18 ans dans la région de Québec dépendent d’une banque alimentaire pour se nourrir.
Les dons, eux, ne suivent plus la demande. Moisson Québec distribue 59 000 paniers par mois, mais « l’élastique est vraiment tendu », dit Côté, soulignant aussi la pénurie de ressources humaines.
En Beauce : une spirale provinciale
Le constat est identique en Chaudière-Appalaches. Marie Champagne, directrice générale de Moisson Beauce, rapporte à Radio-Canada une hausse de 27 % des demandes en un an, pour un total de 32 000 interventions mensuelles, du jamais vu.
Le quart des bénéficiaires y occupent un emploi et le tiers sont mineurs.
« Depuis la pandémie, les chiffres ne cessent d’augmenter, et les études démontrent qu’ils ne baisseront pas », prévient Mme Champagne. « C’est un portrait inquiétant. »
Une crise structurelle, pas conjoncturelle
Au total, trois millions de demandes d’aide alimentaire sont enregistrées chaque mois au Québec, selon les Banques alimentaires du Québec, soit une hausse de 7 % depuis 2024 et de 37 % depuis 2022.
Un Québécois sur huit a fréquenté une banque alimentaire en 2025.
Les deux reportages dressent un même constat : la crise alimentaire n’est plus une question de charité, mais de structure économique.
Hausse des loyers, stagnation des salaires, explosion des coûts alimentaires, précarité de l’emploi — tous ces facteurs s’additionnent pour créer une pauvreté durable, qui touche désormais les travailleurs et les étudiants.
Les banques alimentaires, elles, sont à bout de souffle.
Elles deviennent, comme le souligne La Presse, « le dernier rempart avant la faim ».



