Alors que les Canadiens s’apprêtent à reculer leurs horloges d’une heure dans la nuit du 2 novembre, la controverse refait surface autour du changement d’heure semestriel. La députée libérale Marie-France Lalonde, citée par Aarjavee Raaj de CTV News, plaide pour en finir avec ce rituel jugé désuet et potentiellement nuisible à la santé publique.
Déposé le 6 octobre, son projet de loi privé C-248 demande au gouvernement fédéral de convoquer une conférence pancanadienne réunissant les provinces, les territoires et les autorités autochtones afin d’établir une heure unique pour tout le pays. Lalonde explique à CTV News vouloir « rassembler les experts, les secteurs les plus touchés, les parents, les jeunes, et les citoyens » afin de parvenir à un consensus national. « Il faut arrêter de changer d’heure deux fois par an », ajoute-t-elle, tout en laissant aux provinces la liberté d’opter pour l’heure standard ou l’heure avancée selon les données scientifiques.
Cette initiative vise à mettre en lumière les effets négatifs de la pratique sur les travailleurs de la santé, les agriculteurs et les employés de nuit. Plusieurs entreprises reconnaissent également les coûts et perturbations qu’entraîne ce passage d’une heure à l’autre, nuisant à la régularité des horaires et des opérations.
Les effets du changement d’heure sur la santé
L’auteure Aarjavee Raaj rappelle qu’Ottawa a introduit l’heure avancée en 1918, durant la Première Guerre mondiale, pour accroître la productivité. Mais aujourd’hui, de nombreux spécialistes y voient surtout une source de déséquilibres biologiques.
La biologiste Patricia Lakin-Thomas, professeure à l’Université York, explique que trois options sont envisageables : conserver l’heure standard toute l’année, continuer le double basculement, ou adopter l’heure avancée permanente. Selon elle, la première solution serait « la moins perturbatrice » pour l’organisme : « Quand on avance ou recule l’horloge d’une heure, c’est comme un mini décalage horaire. Cela désorganise notre horloge interne. »
Cette horloge biologique, située dans le cerveau au niveau de l’hypothalamus, contrôle les cycles veille-sommeil, la faim, l’humeur et d’autres fonctions essentielles. Une perturbation, même mineure, peut engendrer fatigue, baisse de concentration et irritabilité.
Lakin-Thomas souligne que les effets immédiats du changement d’heure – notamment au printemps – incluent un risque accru de crises cardiaques, d’accidents de la route et de blessures au travail. Si ces symptômes s’estompent en quelques jours, les conséquences à long terme pourraient inclure l’obésité, le diabète et les maladies cardiovasculaires.
Une étude récente publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS) confirme ces observations : les chercheurs y concluent qu’il serait préférable d’adopter une heure fixe, de préférence l’heure standard, qui respecte davantage les rythmes naturels du corps humain.
Un casse-tête fédéral et provincial
Malgré son engagement, Marie-France Lalonde précise que son projet de loi ne tranche pas entre l’heure d’été et l’heure standard : « Ce choix relève des provinces et des territoires. »
Le Canada reste en effet divisé sur la question. La Saskatchewan s’est fixé en 1966 à l’heure centrale permanente, tandis que le Yukon a aboli le changement d’heure en 2020 après consultation publique. L’Ontario, lui, a adopté une loi similaire la même année, mais son entrée en vigueur dépend encore du Québec et de l’État de New York.
En Atlantique, les premiers ministres ont choisi une approche prudente : ils n’aboliront le changement d’heure que si les provinces voisines font de même.
Une mobilisation citoyenne grandissante
Aarjavee Raaj rapporte également le témoignage d’Irene Shone, une résidente de Brampton (Ontario), qui a lancé une pétition il y a six ans pour abolir la pratique. Avec près de 90 000 signatures, elle est devenue un symbole du ras-le-bol collectif. « Au début, je voulais juste qu’on arrête de changer l’heure », confie-t-elle. « Mais j’ai compris ensuite que notre corps fonctionne mieux à l’heure standard, c’est celle que la nature nous dicte. »
Pour Shone comme pour Lalonde, le message est clair : les Canadiens veulent un débat national sur une habitude dont les effets négatifs sont désormais documentés. Comme le résume la députée : « Les gens en souffrent, notre système en paie le prix. Parlons-en, et mettons fin à cette pratique. »



