La lourdeur administrative pèse sur le système de santé canadien

Alors que les Canadiens font face à des délais d’attente prolongés, à la difficulté de trouver un médecin de famille et à un système de santé sous pression constante, une nouvelle analyse met en lumière un facteur assez évident : le poids croissant de la bureaucratie dans le travail médical.

Dans une chronique publiée par le Financial Post, Margot Burnell et Corinne Pohlmann estiment que l’excès de paperasse constitue aujourd’hui un frein majeur à l’efficacité du système de santé canadien. Leur texte s’appuie sur un rapport conjoint de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI/CFIB) et de l’Association médicale canadienne (AMC/CMA), qui quantifie pour la première fois l’ampleur du fardeau administratif imposé aux médecins.

Selon les données rapportées par Burnell et Pohlmann, les médecins canadiens consacrent en moyenne neuf heures par semaine à des tâches administratives, pour un total national de 42,7 millions d’heures par année. Près de la moitié de ce temps — environ 19,8 millions d’heures — serait consacré à des tâches jugées inutiles ou redondantes. L’élimination de cette paperasse représenterait, en équivalent temps plein, l’apport de quelque 9 000 médecins supplémentaires à l’échelle du pays.

Les auteures soulignent que bon nombre de ces tâches n’exigent aucune expertise clinique : formulaires d’assurances, documents gouvernementaux, références vers les pharmacies, saisie répétitive de données dans les dossiers électroniques. Ce temps détourné des soins directs réduit la durée des consultations, retarde les suivis et limite la capacité des médecins à accueillir de nouveaux patients.

Au-delà de l’impact organisationnel, le texte met aussi en évidence les conséquences humaines. Burnell et Pohlmann rapportent que 93 % des médecins estiment que la charge administrative nuit à leur équilibre travail-vie personnelle, tandis que 95 % jugent que la paperasse inutile diminue leur satisfaction professionnelle. Neuf médecins sur dix associent directement la documentation clinique à l’épuisement professionnel. Dans ce contexte, plus de la moitié envisageraient de réduire leurs heures de travail au cours des deux prochaines années, et un sur quatre songerait à quitter la profession ou à prendre une retraite hâtive.

Les gains potentiels d’un allègement administratif sont présentés comme considérables. Chaque médecin pourrait récupérer en moyenne 199 heures par année, soit plus d’un mois de travail. Selon le rapport cité, les médecins utiliseraient ce temps principalement pour améliorer leur qualité de vie, offrir davantage de disponibilité à leurs patients actuels et, lorsque possible, en accepter de nouveaux.

Le problème ne touche toutefois pas uniquement les professionnels de la santé. Les auteures rappellent que les propriétaires de petites entreprises dépendent eux aussi d’un accès rapide aux soins pour eux-mêmes et leurs employés. Des données de la FCEI indiquent que 67 % des entrepreneurs considèrent l’amélioration de l’accessibilité aux soins de santé comme une priorité. Les retards médicaux ont donc des répercussions directes sur la productivité et la capacité des entreprises à fonctionner normalement.

Interrogés sur les solutions possibles, les médecins privilégient principalement l’élimination de certaines exigences administratives et l’amélioration du partage électronique des dossiers médicaux. Parmi les pistes évoquées figurent la simplification des processus des assureurs, la délégation de certaines tâches, ainsi que l’instauration de périodes de travail administratif protégées et rémunérées.

Burnell et Pohlmann notent que certaines provinces ont déjà amorcé des réformes concrètes. La Nouvelle-Écosse a supprimé plusieurs exigences désuètes ou en double, tandis qu’au Manitoba, des démarches sont en cours pour réduire les demandes de billets médicaux et uniformiser les formulaires destinés à des tiers. En Ontario, après avoir mesuré l’ampleur du problème, le gouvernement a introduit des outils de dictée assistée par intelligence artificielle afin de libérer du temps clinique.

La technologie, et plus particulièrement l’intelligence artificielle, est présentée comme un levier prometteur. Selon les données citées dans le Financial Post, 45 % des médecins estiment que des outils comme les scribes IA méritent d’être explorés, et 28 % y ont déjà recours. Ces solutions seraient particulièrement adaptées à la documentation clinique, au remplissage de formulaires et à la communication entre établissements, en réduisant les saisies répétitives et les incohérences.

En conclusion, Margot Burnell et Corinne Pohlmann comparent la surcharge administrative à une véritable « maladie » du système de santé canadien — une maladie pour laquelle le traitement serait pourtant à portée de main. Réduire la paperasse, écrivent-elles, constitue l’un des moyens les plus rapides et les plus efficaces de préserver la santé mentale des médecins et d’améliorer la qualité des soins offerts aux Canadiens. Selon elles, le pays ne peut se permettre de perdre davantage de médecins en raison de formalités évitables, alors que l’équivalent de milliers de praticiens pourrait être récupéré simplement en rationalisant les processus existants.

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