La ministre des Affaires étrangères Anita Anand qualifie la Chine de « partenaire stratégique »

Trois ans seulement après avoir qualifié la Chine de « puissance mondiale perturbatrice », la ministre des Affaires étrangères Anita Anand affirme désormais que le Canada considère Pékin comme un partenaire stratégique dans un monde en mutation rapide et instable. Un article signé par Dylan Robertson pour The Canadian Press, publié le 23 octobre 2025 dans le Toronto Star, rapporte un virage diplomatique majeur dans la politique étrangère canadienne.

Un revirement par rapport à la stratégie indo-pacifique de 2022

Selon le Toronto Star, cette déclaration marque une rupture nette avec la stratégie indo-pacifique de 2022, dans laquelle Ottawa décrivait la Chine comme une menace pour la stabilité mondiale et un acteur aux « valeurs divergentes ». Anita Anand explique désormais vouloir établir une relation plus « pragmatique et nuancée », où les différends ne bloquent plus la coopération économique et sécuritaire.

« Il est nécessaire de poser les bases pour trouver des domaines où nous pouvons davantage coopérer », a-t-elle déclaré à The Canadian Press. « Il y aura toujours des défis dans toute relation. L’essentiel est d’avoir le dialogue nécessaire pour aborder les préoccupations du Canada. »

Diplomatie pragmatique et tensions commerciales persistantes

La ministre s’exprimait après une tournée diplomatique en Chine, Inde et Singapour, précédant la première visite asiatique du premier ministre Mark Carney, qui doit s’arrêter en Malaisie, à Singapour et en Corée du Sud. Le gouvernement canadien cherche à recalibrer ses alliances asiatiques dans un contexte où les tarifs américains imposés par Donald Trump compliquent la situation économique nord-américaine.

En Chine, les deux pays ont convenu de relancer et moderniser l’accord de partenariat stratégique signé en 2005, dans le but de l’« adapter aux besoins actuels ». Ce rapprochement survient malgré de fortes tensions commerciales : Ottawa a imité Washington en imposant des tarifs sur les véhicules électriques chinois, ce à quoi Pékin a répliqué par des tarifs sur le canola et les produits de la mer canadiens.

« Nous cherchons à nous assurer que la politique étrangère serve l’économie nationale », a déclaré Anand, ajoutant : « Il ne faut pas se leurrer, la Chine demeure un acteur économique mondial majeur. »

Le Toronto Star rappelle que le commerce bilatéral de marchandises entre le Canada et la Chine atteignait 118,7 milliards de dollars en 2024, contre 924,4 milliards avec les États-Unis, ce qui fait de Pékin le deuxième partenaire commercial du pays.

Les trois piliers de la politique étrangère canadienne

Anita Anand a réaffirmé que la nouvelle orientation d’Ottawa reposait sur trois axes : le renforcement de la défense, la résilience économique, et la promotion des valeurs fondamentales, telles que les droits de la personne. Elle défend une approche dite de diplomatie pragmatique, cherchant à concilier sécurité, commerce et principes.

Le Toronto Star rapporte que Mark Carney, de son côté, s’est montré favorable à un engagement sélectif avec la Chine, notamment dans les domaines des matières premières, de l’énergie et de la fabrication de base, tout en maintenant des garde-fous pour exclure les secteurs touchant à la sécurité nationale et à la vie privée. Or, lors du débat électoral d’avril 2025, Carney avait pourtant décrit la Chine comme « la plus grande menace à la sécurité du Canada ».

Un pari risqué pour Ottawa

La vice-présidente de la Asia Pacific Foundation, Vina Nadjibulla, citée par Robertson, estime que cette approche comporte des risques. Elle souligne que Pékin refuse généralement de compartimenter les dossiers : « La Chine n’aime pas compartimenter. Elle préfère que tout soit lié. » Elle questionne aussi la pertinence du terme partenariat stratégique, qui pourrait brouiller la relation du Canada avec Washington, notamment sur les questions de pratiques commerciales et de sécurité technologique.

Les sondages cités par le Toronto Star montrent que, si la méfiance des Canadiens envers la Chine s’est légèrement atténuée depuis quelques années, la population demeure majoritairement prudente face à un rapprochement diplomatique.

Continuité du dialogue et ligne rouge sur Taïwan

Le Toronto Star rapporte qu’Anita Anand a eu un entretien de deux heures avec le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi, qualifié de « productif » et même « sans précédent » compte tenu du gel diplomatique des dernières années. Les discussions ont porté sur la cybersécurité, le transport aérien, la santé, l’énergie et l’environnement. Wang Yi aurait été invité à visiter le Canada.

Le ministère chinois a rappelé la position du Canada sur la politique d’une seule Chine, que la ministre Anand a réaffirmée sans ambiguïté :

« Nous adhérons à la politique d’une seule Chine, mais le Canada demeurera un chef de file mondial pour la défense des droits de la personne et de l’ordre international fondé sur des règles. »

Elle a ajouté que le Canada poursuivra ses liens avec Taïwan, mais dans le cadre d’un dialogue intergouvernemental respectueux et non provocateur :

« La diplomatie se fait entre ministres. Nous mettrons toujours les besoins des Canadiens en premier. »

Une normalisation qui divise

Le Toronto Star conclut que cette recalibration des relations sino-canadiennes reflète un virage assumé vers le pragmatisme économique, dans un contexte mondial où les alliances se redéfinissent à la lumière des tensions sino-américaines et des enjeux énergétiques. Mais pour plusieurs analystes, le pari d’Anand pourrait s’avérer risqué : à vouloir ménager à la fois Pékin et Washington, Ottawa s’expose à perdre la confiance de l’un comme de l’autre.

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