La semaine dernière, les forces armées américaines ont renversé le régime Maduro au Venezuela. Le président Trump a agi sans tenir compte des règles du droit international. Selon Jean-François Caron, maintenant, les relations internationales seront dominées par trois grands empires impériaux : les États-Unis, la Chine et la Russie. Selon lui, la politique extérieure qui était basée sur le droit international a pris fin. C’est la loi du plus fort qui va désormais prédominer.
Entretien
Simon Leduc : Quelle a été votre réaction face au renversement du régime Maduro par les États-Unis?
Jean-François Caron : «Tout d’abord, il faut savoir que Nicolás Maduro est un dictateur qui a opprimé son peuple depuis sa prise de pouvoir en 2013. Ce dernier a complètement ruiné l’économie du Venezuela et cela a mené à l’exil de huit millions de personnes. Je comprends que les gens soient satisfaits de son départ et qu’ils félicitent le geste du président Trump.
Cependant, cet événement va avoir de lourdes conséquences sur les relations internationales. La chute de ce régime met fin officiellement à l’ordre international qui a été mis en place au dénouement de la Deuxième Guerre mondiale. On va maintenant vivre dans un monde où la force brute va prédominer. Auparavant, les règles du droit international permettaient de protéger les plus faibles. Or, ce principe sera bafoué dans le nouvel ordre mondial.
Donc, les pays vont agir unilatéralement en tenant compte de leurs propres intérêts. Il n’y aura plus de balises pour encadrer le recours à la force et la violence politique.»
Depuis 1945, les relations internationales étaient basées sur le droit international qui assurait une certaine stabilité entre les États? Est-ce que ce concept a été violé avant le geste des Américains au Venezuela?
Jean-François Caron : «Il y a deux exemples où cette norme n’a pas été respectée, le Kosovo en 1999 et l’invasion de l’Irak en 2003. Les États-Unis ont complètement ignoré l’avis du Conseil de Sécurité de l’ONU pour ainsi agir unilatéralement. Malgré tout, les Américains avaient une volonté de perpétuer l’héritage du droit international. Ces derniers ont quand même obtenu le soutien d’une coalition de pays pour leurs interventions militaires : l’OTAN au Kosovo et une alliance de pays (une quarantaine) dans le cas irakien. Les autorités américaines avaient la volonté d’enrober leurs actions militaires autour de critères du droit international comme la responsabilité de protéger et le droit à la légitime défense.
Donc, il faut comprendre que le geste du président Trump était complètement unilatéral. Ce dernier n’a pas consulté l’ONU ni même son propre congrès avant de renverser le régime Maduro. Le président américain n’a pas cherché à rendre légitime sa campagne militaire avec des critères du droit international. Il a clairement dit que le pétrole est la principale raison de cette attaque contre le régime Maduro.
Trump a clairement dit à la communauté internationale que son pays allait agir sur la scène mondiale en tenant exclusivement compte de ses propres intérêts. Je pense que cela va encourager les autres puissances comme la Chine et la Russie de faire la même chose si nécessaire.»
Les relations internationales sont-elles maintenant dominées par les empires russe, américain et chinois?
Jean-François Caron : «C’est une évidence. On va vivre dans un monde où ces trois puissances vont passer à l’action pour hausser leur puissance et prestige. Par exemple, il est possible que les États-Unis prennent le contrôle du Groenland qui est un endroit stratégique dans l’Arctique. Le régime communiste chinois pourrait agir à sa guise et envahir Taiwan.
Maintenant, la seule façon pour un pays de protéger sa souveraineté est la possession de l’arme nucléaire. Aucun pays ne va oser attaquer la Corée du Nord, car ce régime a l’arme atomique à sa disposition. Tous les États qui ont cette arme ultime sont intouchables. Donc, si les autres États veulent se prémunir contre les trois puissances impériales, ils vont devoir développer la bombe nucléaire.
Je ne crois pas que ça va être réjouissant de vivre dans un monde où la possession atomique deviendra incontournable.
Pour conclure, il faut réaliser que la période où le droit international balisait les relations entre les États ne fut qu’une parenthèse de l’histoire. Depuis la nuit des temps, les relations internationales ont toujours été dominées par la loi du plus fort. Malheureusement, le monde d’aujourd’hui sera défini par la volonté de puissances des empires russe, américain et chinois.»
Comment le Canada pourrait se démarquer dans ce nouvel ordre mondial?
Jean-François Caron : Le Canada n’a aucune influence sur la scène internationale. C’est un acteur marginal et insignifiant. Il sera tout simplement un vassal de l’Empire américain. C’est-à-dire qu’il va appuyer et soutenir toutes les politiques du géant américain sans exprimer la moindre critique. Ne pas déplaire aux États-Unis sera la seule préoccupation de l’État canadien. On peut dire la même chose de l’Europe qui n’est plus un acteur important des relations internationales. Les États-Unis, la Russie et la Chine sont les gros joueurs et les autres ne feront pas le poids face à ces trois empires impériaux.»



