La Presse encense Samar Alkhdour sans mentionner ses insultes contre les Blancs et les Occidentaux

La Presse a publié un reportage particulièrement complaisant consacré à la sœur et à la famille de Samar Alkhdour, sans informer ses lecteurs du passé controversé de la militante pro-palestinienne pourtant mise en scène, photographiée et interrogée dans l’article. Connue notamment pour avoir proféré des insultes contre les Blancs et les Occidentaux, celle-ci y est plutôt présentée comme une sœur dévouée ayant permis à ses proches de quitter Gaza et de venir s’établir à Montréal.

Publié le 19 juillet sous le titre « Goûter la Palestine, pour ne pas l’oublier », le texte de Fannie Arcand raconte le parcours de Seham Alkhdour, son projet de traiteur palestinien et l’installation de sa famille à Verdun. Autour d’un repas préparé dans leur appartement, Samar Alkhdour apparaît d’abord comme une simple membre de la famille, avant de se voir offrir une tribune pour accuser le Canada d’appliquer un « deux poids, deux mesures » aux réfugiés palestiniens et ukrainiens.

La Presse ne précise toutefois jamais que cette intervenante est une militante radicale dont les déclarations et les actions ont déjà provoqué plusieurs controverses. Ce contexte essentiel est entièrement absent du reportage, donnant aux lecteurs une image soigneusement épurée du personnage.

Ce traitement a rapidement soulevé l’indignation d’Alexandra Lavoie, de Rebel News, du Centre consultatif des relations juives et israéliennes — le CIJA — ainsi que de Richard Martineau. Tous reprochent à La Presse d’avoir accordé une nouvelle tribune à Samar Alkhdour sans révéler les faits permettant au public de comprendre à qui il a réellement affaire.

Une tirade contre les Blancs entièrement passée sous silence

Samar Alkhdour n’est pas une simple parente rencontrée par hasard autour de la table familiale. Elle est une militante pro-palestinienne très active, régulièrement présente dans les manifestations et déjà connue du public québécois pour ses interventions particulièrement virulentes.

Québec Nouvelles avait notamment couvert, en octobre 2025, une vidéo dans laquelle Alkhdour s’en prenait aux décorations d’Halloween installées dans son voisinage montréalais. Devant des accessoires macabres qui auraient ravivé les traumatismes vécus par ses proches à Gaza, elle avait lancé cette tirade :

« Est-ce que c’est acceptable, bordel? Quel est le plaisir là-dedans? Qu’est-ce qu’il y a de civilisé là-dedans? Qu’est-ce que cela a à voir avec une fête? Allez tous vous faire foutre. Fuck les Blancs. Fuck les Occidentaux. Je ne sais pas quoi dire… fuck tout le monde. »

Il ne s’agissait donc pas d’une critique posée sur le caractère possiblement excessif de certaines décorations. Alkhdour avait expressément pris pour cibles les Blancs et les Occidentaux dans leur ensemble, en associant ce qu’elle observait à leur culture.

La séquence avait rapidement dépassé les frontières du Québec. Elle avait notamment été reprise par le New York Post et le Daily Mail, tandis que l’article de Québec Nouvelles avait été discuté par Benoit Dutrizac et Ben Mulroney sur les ondes de QUB radio.

Loin de présenter des excuses sans réserve, Alkhdour avait ensuite tenté de reformuler son attaque. « Quand j’ai dit “fuck les Blancs”, c’était tellement spontané. Je ne voulais pas dire tous les Blancs; c’était une critique de cette culture blanche », avait-elle expliqué au Daily Mail.

Cette justification déplaçait essentiellement la cible des individus blancs vers leur culture. Elle avait d’ailleurs poursuivi en accusant « l’homme blanc » de s’être approprié Halloween et d’avoir rendu acceptables les représentations macabres comme forme de divertissement occidental.

Le traumatisme invoqué pour expliquer son indignation devant les décorations pouvait certainement être entendu. Il ne justifiait toutefois ni les insultes raciales ni la condamnation générale de la société occidentale qui avait accueilli Alkhdour et sa famille.

Voilà les propos précis que La Presse a choisi de ne jamais mentionner. Dans son reportage du 19 juillet, la militante n’est plus la femme ayant publiquement lancé « fuck les Blancs » et « fuck les Occidentaux », mais simplement une sœur attentionnée, souriante autour d’un repas familial, dont les accusations contre le Canada sont rapportées sans la moindre mise en contexte.

Des vidéos de manifestations également ignorées

Alexandra Lavoie, journaliste chez Rebel News ayant suivi plusieurs manifestations pro-palestiniennes à Montréal, a vivement réagi au reportage.

« La Presse met de l’avant Samar Alkhdour, cette “réfugiée” palestinienne qui a littéralement craché sur les Blancs, notre culture et notre langue », a-t-elle dénoncé sur les réseaux sociaux, avant de reprocher aux médias traditionnels d’avoir « touché le fond ».

Lavoie a également transmis une demande formelle d’explications à La Presse. Dans son message, qu’elle a ensuite rendu public, elle demande quelles normes journalistiques et déontologiques ont guidé la préparation du reportage.

La journaliste rappelle non seulement les propos visant les Blancs, mais affirme que d’autres vidéos montreraient Alkhdour tenant des propos insultants envers le Québec, le Canada et la langue française. Elle souligne aussi que la militante a déjà présenté le Hamas comme un mouvement de « résistance », en contradiction avec la désignation du groupe comme organisation terroriste par le gouvernement canadien.

Alkhdour a par ailleurs participé à plusieurs actions militantes houleuses. En 2024, elle avait été accusée avec deux autres personnes de harcèlement criminel relativement à des manifestations visant le député libéral Marc Miller. Ces accusations ont par la suite été abandonnées, un élément qu’il importe également de préciser.

Le reportage de La Presse n’évoque ni ces manifestations, ni les controverses, ni la rhétorique publique de la militante. Pourtant, il lui permet de formuler sans contradiction une critique politique de la réponse canadienne à la guerre de Gaza.

Une demande d’explications adressée à La Presse

Dans sa lettre, Alexandra Lavoie reproche également au reportage de ne pas mentionner l’attaque terroriste du 7 octobre 2023, au cours de laquelle le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens ont tué quelque 1 200 personnes en Israël et pris de nombreux otages.

Elle demande enfin à La Presse si certaines informations concernant l’entourage de Samar Alkhdour ont été vérifiées avant la publication. Des allégations circulent notamment au sujet de liens qu’aurait entretenus son ancien mari avec des personnes associées au Hamas. En l’absence d’éléments publics suffisamment solides, celles-ci doivent toutefois être présentées comme des allégations et non comme des faits établis.

La question centrale soulevée par Lavoie demeure néanmoins légitime : pourquoi le parcours militant public de Samar Alkhdour a-t-il été complètement retranché d’un reportage qui lui permet précisément de commenter la politique canadienne?

Il aurait été tout à fait possible de raconter avec sensibilité l’histoire de sa sœur, de ses enfants et de leur arrivée à Montréal sans transformer Samar Alkhdour en figure consensuelle. Un portrait honnête aurait simplement indiqué que celle-ci est une militante controversée, connue pour des déclarations ayant provoqué de fortes réactions au Québec.

Le CIJA dénonce un manque de rigueur

Le Centre consultatif des relations juives et israéliennes a lui aussi sévèrement critiqué le reportage, affirmant que celui-ci soulevait « de sérieuses préoccupations sur le plan de la rigueur journalistique ».

Le CIJA reproche notamment à La Presse de présenter l’offensive israélienne comme ayant été lancée le 7 octobre 2023 sans rappeler que cette journée a d’abord été marquée par l’attaque du Hamas contre Israël. L’article affirme que l’offensive a tué au moins 75 000 personnes « depuis son lancement le 7 octobre 2023 », selon les données du ministère de la Santé de Gaza.

Même si cette formulation vise vraisemblablement à établir le début de la période comptabilisée, elle efface effectivement l’événement déclencheur du conflit. Le reportage ne mentionne ni les massacres perpétrés en Israël, ni les enlèvements, ni les otages retenus à Gaza.

Le CIJA rappelle qu’Alexandre Look, un Montréalais âgé de 33 ans, faisait partie des victimes tuées par le Hamas lors de l’attaque.

L’organisation reproche également à La Presse de présenter favorablement Samar Alkhdour sans rappeler qu’elle avait publiquement contesté Emmanuel Macron lorsque le président français avait qualifié le Hamas de groupe terroriste. Elle avait plutôt décrit l’organisation islamiste comme un « groupe de résistance ».

Le CIJA évoque également sa participation à des manifestations au cours desquelles du vandalisme, des graffitis et des dommages matériels auraient été rapportés. La responsabilité personnelle d’Alkhdour pour chacun de ces gestes ne peut cependant être présumée du seul fait de sa présence aux rassemblements.

« C’est cette même personne qui, sur les réseaux sociaux, répète “Fuck white people” et se moque de traditions bénignes telles que la fête de l’Halloween. Ce contexte essentiel est absent du reportage de La Presse », déplore l’organisation.

Le CIJA affirme avoir lui aussi communiqué avec le quotidien afin d’obtenir des explications.

Richard Martineau appuie la démarche d’Alexandra Lavoie

Richard Martineau a pour sa part relayé la lettre adressée par Alexandra Lavoie à La Presse.

« Bravo à Alexandra Lavoie, de Rebel News, qui s’est insurgée contre un texte surréaliste de La Presse », a écrit le chroniqueur sur sa page Facebook.

Son intervention donne une résonance supplémentaire à la controverse et montre que les critiques ne portent pas uniquement sur l’orientation politique générale du reportage. Elles concernent une décision journalistique concrète : celle de présenter une militante publique dans un contexte soigneusement dépolitisé, tout en lui permettant ensuite de livrer son interprétation du conflit et de la politique canadienne.

Autrement dit, La Presse traite Samar Alkhdour comme une simple sœur de famille lorsqu’il est question de son passé, mais comme une interlocutrice politique crédible lorsqu’elle accuse le Canada de pratiquer un « deux poids, deux mesures ».

Un précédent sous la plume de Rima Elkouri

Le CIJA soutient qu’il ne s’agit pas de la première fois que La Presse offre un traitement favorable à Samar Alkhdour. L’organisation rappelle que la chroniqueuse Rima Elkouri lui avait déjà consacré plus d’un texte en 2024, alors que les positions radicales de la militante étaient connues publiquement.

Il est évidemment légitime pour un média de s’intéresser au deuil, au déracinement ou aux difficultés vécues par une personne, même lorsque celle-ci défend des positions controversées. L’humanité d’un sujet ne disparaît pas en raison de ses opinions politiques.

Mais l’exercice journalistique exige aussi de ne pas dissimuler aux lecteurs les renseignements susceptibles de modifier leur compréhension du personnage présenté. Lorsqu’une militante connue pour ses prises de position extrêmes est dépeinte comme une simple porte-parole familiale, l’omission devient elle-même un choix éditorial.

La Presse n’était pas tenue de transformer un reportage culinaire en inventaire exhaustif de toutes les controverses entourant Samar Alkhdour. Une ou deux phrases auraient néanmoins suffi pour informer honnêtement le lecteur : militante pro-palestinienne active, elle a suscité plusieurs polémiques en raison de déclarations sur le Hamas ainsi que de propos injurieux visant les Blancs et les Occidentaux.

Ce contexte aurait permis au public d’évaluer ses interventions en connaissance de cause.

Une histoire familiale utilisée pour faire passer un récit politique

L’article de Fannie Arcand ne porte officiellement pas sur Samar Alkhdour, mais sur sa sœur Seham, sa famille et son projet de traiteur. Voilà précisément ce qui rend le procédé efficace : la politique est intégrée à un récit chaleureux consacré à la cuisine, aux enfants, à l’exil et à la solidarité familiale.

Le lecteur est d’abord invité à découvrir les odeurs d’un fatteh au poulet, le pain partagé dans une grande assiette et la volonté de préserver les traditions palestiniennes. Puis, au cœur de cette mise en scène bienveillante, Samar Alkhdour peut accuser le Canada de traiter moins généreusement les Palestiniens que les Ukrainiens, sans que son militantisme ou sa crédibilité soient examinés.

Le problème n’est donc pas la présence d’un plat palestinien dans les pages de La Presse. Il réside dans l’utilisation d’un reportage humain pour faire passer un discours politique unilatéral tout en escamotant les éléments qui compliqueraient l’image proposée.

Le parcours de Seham Alkhdour mérite d’être raconté. Ses enfants ne sauraient être tenus responsables des déclarations de leur tante. Son projet de traiteur peut également être présenté pour ce qu’il est : une tentative de reconstruire une vie et de préserver une culture après la guerre.

Mais aucune de ces considérations n’obligeait La Presse à blanchir médiatiquement l’image publique de Samar Alkhdour.

En choisissant de taire ses déclarations visant les Blancs et les Occidentaux, sa défense du Hamas comme mouvement de « résistance » et les controverses entourant son militantisme, le quotidien n’a pas simplement produit un reportage incomplet. Il a offert à une figure radicale une nouvelle respectabilité, fabriquée par omission.

Facebook
Twitter
LinkedIn
Reddit
Email

Les nouvelles à ne pas manquer cette semaine