Pendant des décennies, la droite canadienne s’est surtout distinguée par son approche économique : réduction de la taille de l’État, baisse des impôts, libre marché et responsabilité budgétaire. Comparativement à la droite américaine, elle apparaissait généralement plus discrète sur les questions culturelles et sociales, laissant ces enjeux en marge de son discours politique.
Or, cette dynamique semble évoluer. En Colombie-Britannique, un nouveau courant conservateur met désormais davantage l’accent sur la famille, la transmission culturelle, les traditions et l’identité nationale. Parmi les organisations qui incarnent cette évolution figure Without Diminishment, un organisme qui affirme vouloir raviver la fierté canadienne à travers son héritage, ses coutumes et sa culture.
Le plus récent texte de Kate Marland, publié dans le National Post, illustre bien cette nouvelle sensibilité. Dans une chronique intitulée Anti-family propaganda has devastated a generation of women (La propagande anti-famille a dévasté une génération de femmes), la rédactrice adjointe de Without Diminishment soutient que la crise démographique ne peut être expliquée uniquement par le coût de la vie ou la crise du logement. Selon elle, les causes sont avant tout culturelles.
Marland s’appuie notamment sur une étude publiée en 2023 par Cardus, rapportée dans sa chronique, selon laquelle plus de la moitié des Canadiennes ont moins d’enfants qu’elles ne le souhaiteraient réellement. Contrairement à une idée largement répandue, explique-t-elle, les principaux facteurs évoqués ne seraient pas d’abord financiers, mais découleraient d’une perception culturelle selon laquelle les enfants constituent un fardeau, que la parentalité empêche l’épanouissement personnel et qu’il faut d’abord terminer son développement individuel avant de fonder une famille.
Selon elle, toute une génération de femmes aurait grandi dans un environnement culturel valorisant avant tout la réussite professionnelle, l’indépendance individuelle et l’accomplissement matériel. Elle écrit que les jeunes femmes ont été encouragées à éviter la maternité pendant leurs années les plus fertiles afin de privilégier les études, la carrière et l’ascension professionnelle, avant de découvrir parfois, plus tard, que cette trajectoire ne leur apportait pas la satisfaction espérée.
La chroniqueuse affirme également qu’un fossé grandissant apparaît entre les hommes et les femmes concernant le désir d’avoir des enfants. Elle cite un sondage réalisé en 2024 par le Pew Research Center, selon lequel les jeunes hommes américains sans enfant âgés de 18 à 34 ans sont significativement plus nombreux que les jeunes femmes du même âge à souhaiter devenir parents un jour.
Pour Marland, cette évolution s’inscrit dans un changement culturel plus vaste où la réussite est désormais définie presque exclusivement par la carrière, les revenus et la consommation. Cette logique, écrit-elle, transforme les relations humaines en compétition permanente, où chacun cherche à maximiser son intérêt personnel plutôt qu’à construire des liens durables.
Elle reprend également une réflexion présentée lors de la récente conférence de l’Alliance for Responsible Citizenship (ARC) à Londres par l’auteur américain Arthur Brooks. Selon Brooks, rapporte-t-elle, la société contemporaine souffrirait d’avoir inversé ses priorités : « utiliser les personnes, aimer les choses et s’adorer soi-même », alors qu’il faudrait plutôt « aimer les personnes, utiliser les choses et adorer le divin ».
Pour illustrer cette transformation culturelle, Marland s’attarde longuement à certaines productions populaires qui, selon elle, ont façonné l’imaginaire des jeunes générations. Elle cite notamment les séries Sex and the City et Girls, qui auraient contribué à présenter le mariage et la famille comme des choix secondaires, voire naïfs, au profit de la carrière, de l’autonomie individuelle et d’une succession de relations éphémères. Elle critique également certaines émissions de téléréalité comme The Bachelor, qui transformeraient les relations amoureuses en compétition et renforceraient une conception utilitaire des rapports humains.
La chronique se conclut sur un appel à réévaluer les valeurs qui structurent les sociétés occidentales. Selon Marland, les femmes n’ont pas spontanément rejeté la maternité : elles auraient plutôt répondu aux incitations culturelles qui leur présentaient les enfants comme un obstacle au bonheur et à la réussite. Elle estime qu’il est temps de redonner une place centrale à la famille, aux relations humaines et à la recherche d’un sens dépassant la seule réussite économique.
Au-delà du débat sur la natalité lui-même, cette chronique témoigne d’une évolution plus profonde du conservatisme canadien. Alors que la droite du pays était traditionnellement définie avant tout par ses positions économiques, une partie grandissante du mouvement conservateur de l’Ouest semble désormais vouloir mener une bataille culturelle assumée. Les thèmes de la famille, de la transmission, de l’identité nationale et des traditions occupent une place de plus en plus importante dans son discours, à l’image de Without Diminishment, qui entend précisément replacer ces questions au cœur du débat public.



