Dans un contexte où les débats sur la souveraineté font partie du paysage politique québécois depuis des décennies, il peut sembler surprenant de voir émerger un épisode comparable dans l’Ouest canadien — et encore plus surprenant de le voir traité par un grand média américain.
Le 12 février 2026, NBC News a publié un article signé par Allan Smith et Abigail Williams révélant que des représentants d’un mouvement séparatiste albertain ont tenu plusieurs rencontres avec des responsables de l’administration Trump à Washington.
Selon les auteurs, des leaders de l’Alberta Prosperity Project, groupe militant pour la tenue d’un référendum sur l’indépendance de l’Alberta, ont rencontré à trois reprises des fonctionnaires du Département d’État américain — les 22 avril, 29 septembre et 16 décembre. Une quatrième rencontre serait envisagée.
Des discussions sur une éventuelle transition
Toujours selon Smith et Williams, les discussions auraient porté sur les implications pratiques d’une séparation : sécurité frontalière, régime fiscal, dette nationale, régime de pensions et même conversion vers la monnaie américaine.
Dennis Modry, cofondateur du groupe, affirme que les rencontres visaient à « explorer les bénéfices pour les États-Unis et pour les citoyens albertains » si l’Alberta devenait un pays souverain. Il insiste toutefois sur un point : le mouvement ne chercherait pas à faire de l’Alberta un 51e État américain.
Les responsables américains, de leur côté, ont tenté de minimiser la portée des réunions. Un haut fonctionnaire du Département d’État a indiqué à NBC News qu’il ne s’agissait que de rencontres « au niveau du personnel » et qu’aucun engagement n’avait été pris. La Maison-Blanche a également précisé qu’aucun appui officiel n’avait été offert.
Un contexte bilatéral tendu
L’article rappelle que ces rencontres surviennent alors que les relations entre Washington et Ottawa traversent une période difficile. Le président américain a multiplié les critiques à l’endroit du Canada, notamment sur les questions commerciales et énergétiques.
Le reportage cite également une intervention du secrétaire au Trésor américain, Scott Bessent, qui a qualifié l’Alberta de « partenaire naturel » des États-Unis en raison de ses ressources énergétiques. Toutefois, NBC News précise qu’aucun responsable du Trésor n’aurait participé aux réunions avec les séparatistes.
Du côté canadien, les réactions ont été vives. Le premier ministre Mark Carney a déclaré s’attendre à ce que Washington respecte la souveraineté canadienne. Le premier ministre de la Colombie-Britannique, David Eby, est allé plus loin en qualifiant la démarche de « profondément troublante ».
Un mouvement encore minoritaire
Si le projet séparatiste albertain demeure minoritaire, il connaît néanmoins une poussé fulgurante depuis quelques années. NBC News rapporte qu’un sondage Ipsos mené en janvier indiquait que 28 % des Albertains voteraient en faveur de la séparation lors d’un éventuel référendum. La marge d’erreur du sondage était de 5,4 points.
La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a pour sa part affirmé vouloir que la province demeure au sein du Canada.
Une nouveauté politique… sauf au Québec
Si l’idée d’une province canadienne discutant ouvertement d’indépendance avec des représentants américains peut sembler inhabituelle dans plusieurs régions du pays, elle s’inscrit dans un cadre plus familier au Québec, où les débats constitutionnels et référendaires ont structuré la vie politique pendant des décennies.
Ce qui est nouveau ici, ce n’est pas tant la revendication souverainiste elle-même — mais le fait qu’un grand média américain rapporte des échanges directs entre des militants provinciaux et des responsables fédéraux américains.
C’est ce détail, plus que le projet lui-même, qui fait aujourd’hui réagir à Ottawa comme à Washington.



