CTV News rapporte, dans une dépêche de Brenna Owen pour La Presse Canadienne (23 septembre 2025), que la ferme Universal Ostrich Farms en Colombie-Britannique se retrouve désormais sous contrôle de l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Après plusieurs mois de bras de fer juridique, l’agence fédérale a obtenu un mandat pour procéder à l’expulsion des propriétaires et préparer l’abattage de près de 400 autruches.
Lundi, la GRC et des agents de l’ACIA se sont présentés sur place afin d’appuyer l’exécution de l’ordre. Un responsable a indiqué aux propriétaires qu’ils pouvaient rester une nuit dans l’enclos, mais qu’ils devraient quitter les lieux au plus tard mardi, faute de quoi « des conséquences » suivraient. Les policiers présents ont essuyé des protestations virulentes de la part de sympathisants de la ferme, certains dénonçant une « injustice » et appelant les autorités à « avoir du cœur ».
Des oiseaux sains… mais condamnés
Cette décision survient après une éclosion de grippe aviaire H5N1 à l’hiver dernier, qui avait entraîné la mort de 69 autruches. L’ACIA a ordonné l’abattage de tout le cheptel par mesure de précaution, arguant que les survivantes pouvaient toujours être porteuses ou susceptibles de se réinfecter. Dans ses documents soumis aux tribunaux, l’agence invoque des « lacunes scientifiques » quant à la durée de l’immunité chez l’autruche, ainsi que la persistance possible du virus dans l’environnement.
Pourtant, les éleveurs menés par Karen Espersen et sa fille Katie Pasitney affirment que les quelque 400 oiseaux restants sont en parfaite santé depuis janvier. Ils plaident depuis des mois pour la réalisation de tests actualisés, estimant que leurs autruches pourraient même représenter une ressource scientifique précieuse pour mieux comprendre l’immunité aviaire. La ferme a porté son dossier jusqu’aux plus hautes instances, son avocate ayant annoncé une nouvelle tentative auprès de la Cour suprême du Canada.
Le soutien de la communauté et la critique du protocole
CTV News cite le témoignage de Rod Giffen, un voisin et partisan de la ferme, qui juge « inacceptable » d’abattre les oiseaux sans analyse préalable. Selon lui, les autruches sont devenues un attrait local autant qu’un sujet de curiosité scientifique : « Ce qu’elles font, les bruits qu’elles font, les danses qu’elles font… elles sont fascinantes. »
Nos propres articles antérieurs avaient déjà mis en lumière cette controverse. En mai, le journaliste Terry Newman du National Post dénonçait dans un texte relayé par Québec Nouvelles une forme de « cécité bureaucratique » : malgré cinq mois sans symptômes, le tribunal fédéral avait refusé de tenir compte de nouvelles preuves de santé au motif qu’elles étaient postérieures à l’ordre initial. L’affaire prenait alors des airs d’« exécution administrative », où le protocole prime sur la science et l’expérience de terrain.
Une affaire au-delà des autruches
La crise touche à des enjeux qui dépassent largement le sort des oiseaux d’Universal Ostrich Farms. Elle oppose deux logiques irréconciliables : celle du principe de précaution maximaliste défendu par l’ACIA pour protéger l’industrie avicole canadienne de milliards de dollars, et celle de la reconnaissance de preuves scientifiques évolutives et du respect des droits d’éleveurs qui estiment leurs bêtes saines.
La comparaison, relevée par Newman, avec le procès absurde d’Alice au pays des merveilles – « sentence d’abord, verdict ensuite » – résume l’inquiétude croissante face à un système judiciaire et administratif incapable d’intégrer la connaissance scientifique au fil du temps. Si le cheptel est éliminé cette semaine, il ne s’agira pas seulement de la perte d’animaux précieux, mais aussi d’un symbole du conflit entre science, droit et bureaucratie au Canada.



