L’affaire Travis Dhanraj, qui secoue depuis plus d’un an la société d’État CBC/Radio-Canada, vient de connaître un développement majeur. L’ancien animateur vedette de Canada Tonight, dont la démission fracassante en juillet 2025 avait déclenché un vaste débat sur l’impartialité et la culture interne du diffuseur public, a comparu mardi devant le Comité permanent du patrimoine canadien de la Chambre des communes.
Son témoignage, largement repris par les médias, apporte de nouveaux éléments aux accusations déjà formulées contre la direction de CBC : contrôle éditorial centralisé, marginalisation des voix dissidentes et climat interne toxique.
Pour les observateurs qui suivent ce dossier depuis le début — notamment à la suite des révélations publiées l’an dernier — cette audition parlementaire marque une nouvelle étape dans une crise qui dépasse désormais le cadre d’un simple conflit de travail.
Un témoignage au Parlement qui relance la controverse
Devant les députés, Travis Dhanraj a réitéré et détaillé les accusations qu’il formulait déjà depuis son départ du diffuseur public.
Selon Mark Gollom, journaliste à CBC News, l’ancien animateur affirme avoir été « retiré des ondes » et finalement poussé vers la sortie après avoir dénoncé un biais éditorial au sein du réseau et tenté d’introduire davantage de diversité d’opinion dans ses émissions.
« J’ai soulevé des préoccupations. J’ai contesté le contrôle centralisé et les biais », a déclaré Dhanraj lors de l’audience parlementaire.
D’après son témoignage, ses tentatives pour équilibrer les panels politiques et inviter des perspectives différentes auraient rapidement provoqué des tensions avec la direction.
« En quelques mois, j’ai été retiré de l’antenne, discipliné, restreint dans ma capacité de parler, privé de mon émission en heure de grande écoute et finalement écarté », a-t-il affirmé.
Comme le rappelle CBC, Dhanraj a également déposé une plainte en matière de droits de la personne auprès de la Commission canadienne des droits de la personne, réclamant des dommages pour pertes salariales et dénonçant ce qu’il considère comme des représailles professionnelles.
Des accusations de contrôle politique et éditorial
L’un des éléments centraux du témoignage concerne le fonctionnement interne du bureau d’Ottawa de CBC.
Dhanraj a affirmé devant les parlementaires que certaines émissions politiques disposaient d’un pouvoir de contrôle sur les invités pouvant apparaître dans d’autres programmes du réseau.
Selon lui, l’émission Power & Politics aurait exercé un rôle de « gatekeeper », décidant en pratique quels politiciens pouvaient être invités ailleurs sur les ondes de CBC.
Il affirme que lorsqu’il a tenté de contester ce système, il a été perçu comme « perturbateur » par la direction.
Toujours selon son témoignage, des communications internes lui auraient même indiqué qu’il était possible d’inviter des représentants du NPD, mais que les conservateurs étaient exclus dans certains cas — une situation qu’il juge incompatible avec la mission d’un diffuseur public.
Des témoignages anonymes sur un climat toxique
Dans un texte publié dans le National Post, la chroniqueuse Terry Newman rapporte que Dhanraj a également transmis au comité parlementaire des déclarations écrites provenant d’employés actuels ou anciens de CBC.
Ces témoignages anonymes décrivent un environnement marqué par du favoritisme interne, du népotisme, des cas de harcèlement verbal ou sexuel et une culture de peur empêchant les employés de s’exprimer publiquement.
Selon Newman, l’un de ces témoignages affirme que la toxicité était « une réalité quotidienne » dans certaines équipes, tandis qu’une ancienne animatrice aurait même affirmé avoir été congédiée parce qu’elle ne correspondait pas aux objectifs de diversité recherchés.
Dhanraj soutient que plusieurs personnes souhaitent témoigner publiquement mais craignent des répercussions professionnelles.
CBC rejette catégoriquement les accusations
La société d’État rejette toutefois ces allégations.
Dans une déclaration citée par CBC News, le porte-parole Chuck Thompson affirme que Dhanraj a formulé devant le comité « de nombreuses déclarations trompeuses, déformations et accusations fausses » concernant son passage au réseau.
CBC soutient que ces questions font déjà l’objet d’un processus approprié dans le cadre de la plainte déposée devant la Commission canadienne des droits de la personne et indique être limitée dans ce qu’elle peut dire publiquement en raison des règles de confidentialité.
Une controverse qui dure depuis la démission de 2025
Ce témoignage parlementaire s’inscrit dans une saga qui dure maintenant depuis plus d’un an.
En juillet 2025, Travis Dhanraj avait annoncé sa démission dans une lettre publique dans laquelle il affirmait qu’il lui était devenu « impossible de continuer à travailler à CBC avec intégrité ».
L’ancien animateur dénonçait alors une culture interne de « diversité de façade », un contrôle éditorial centralisé et un système de représailles contre les journalistes qui remettaient en question certaines orientations.
Quelques semaines plus tard, un enregistrement audio d’une réunion disciplinaire interne, obtenu par Adrian Humphreys du National Post, semblait corroborer certaines de ses accusations en révélant la manière dont la direction réagissait à un simple message publié par Dhanraj sur les réseaux sociaux concernant la présidente de CBC de l’époque, Catherine Tait.
Une affaire devenue politique
Avec l’audition de Dhanraj devant le Comité du patrimoine canadien, l’affaire prend désormais une dimension politique.
Plusieurs députés souhaitent examiner plus largement le fonctionnement du diffuseur public et son impartialité, un débat qui s’inscrit dans un contexte de critiques croissantes envers CBC/Radio-Canada.
La question dépasse désormais le cas individuel de l’ancien animateur : elle touche directement au rôle d’un média financé par les contribuables et à la confiance du public envers les institutions journalistiques.
Un dossier loin d’être terminé
Pour l’instant, aucune conclusion officielle n’a été tirée par le comité parlementaire.
Mais une chose est certaine : le témoignage de Travis Dhanraj garantit que la controverse entourant CBC/Radio-Canada ne disparaîtra pas de sitôt.
Entre la plainte déposée devant la Commission canadienne des droits de la personne, les accusations internes et maintenant l’examen parlementaire, le diffuseur public se retrouve au cœur d’un débat national sur l’impartialité médiatique et la gouvernance des institutions publiques.
Et pour un organisme financé à hauteur de plus d’un milliard de dollars par année par les contribuables, la pression pour répondre à ces questions ne fait que commencer.



