D’après un article publié par ONU Femmes et relayé par plusieurs agences onusiennes le 11 août 2025, la situation des femmes en Afghanistan atteint un point critique, quatre ans après la prise de Kaboul par les talibans en août 2021. L’article rappelle qu’à l’époque, une femme aurait pu se présenter à l’élection présidentielle. Aujourd’hui, non seulement l’accès aux études secondaires et supérieures leur est interdit, mais même leur parole publique est désormais considérée comme une violation morale par les autorités talibanes.
ONU Femmes avertit que sans action urgente, cette réalité d’exclusion totale risque de se normaliser et d’effacer durablement les femmes de la vie publique afghane. Dans son dernier rapport couvrant mai et juin 2025, la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (UNAMA) décrit un durcissement des pratiques : menaces de mort contre les humanitaires, application stricte de l’obligation de mahram – un tuteur masculin accompagnant toute femme en public –, et refus de services médicaux ou commerciaux aux femmes non accompagnées. À Herat, les autorités imposent même le port du chador intégral, bannissant les contrevenantes des espaces publics.
Les conséquences sont profondes. Plus de 78 % des Afghanes ne sont ni en éducation, ni en emploi, ni en formation. Cette exclusion affaiblit une économie déjà frappée par les sanctions. Mais les effets les plus tragiques se trouvent dans le domaine de la santé : privées d’éducation médicale, les femmes ne peuvent devenir médecins, et interdites d’être soignées par des hommes dans certaines provinces, elles voient leur espérance de vie chuter. ONU Femmes estime que la mortalité maternelle augmentera de 50 % d’ici 2026.
La violence s’accroît également : mariages forcés et précoces se multiplient, parfois encouragés par les autorités elles-mêmes. À l’échelle domestique, 62 % des Afghanes estiment n’avoir aucune influence sur les décisions familiales. Cette perte de voix privée s’ajoute à l’effondrement de la liberté d’expression publique, les médias indépendants fermant les uns après les autres et les réseaux sociaux étant étroitement surveillés.
Pourtant, malgré les menaces et l’effacement institutionnalisé, certaines femmes continuent d’agir dans la clandestinité ou à petite échelle. Une militante afghane témoigne : « Je vais dans les zones reculées, j’écoute les récits des femmes et leurs souffrances. Cela leur donne de l’espoir, et moi aussi j’essaie de rester debout ». Ces actes de résistance, même fragiles, incarnent une volonté de survivre face à une répression quasi totale.
Susan Ferguson, représentante d’ONU Femmes en Afghanistan, alerte sur la portée mondiale de cette situation : « Si nous laissons les Afghanes être réduites au silence, nous envoyons le message que les droits des femmes et des filles, partout dans le monde, peuvent être sacrifiés. C’est un précédent immensément dangereux ».
Ainsi, quatre ans après le retour des talibans, près de cent décrets restreignant les libertés des femmes et des filles ont été imposés, sans qu’aucun n’ait jamais été annulé. Le pays illustre désormais un laboratoire de l’effacement féminin institutionnalisé, dont les implications dépassent largement ses frontières.



