L’Agence des services frontaliers mise sur l’IA pour cibler les voyageurs « à risque élevé »

Spencer Van Dyk pour CTV News explique que l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) étend l’utilisation d’un nouvel outil d’intelligence artificielle visant à identifier plus rapidement les voyageurs jugés « à risque élevé » aux postes frontaliers terrestres.

Baptisé Traveller Compliance Indicator (TCI), cet outil développé à l’interne compile en temps réel des données déjà disponibles dans divers systèmes afin d’aider les agents frontaliers à déterminer si un voyageur doit être soumis à une inspection secondaire. Comme l’explique le porte-parole de l’ASFC, Luke Reimer, l’objectif est de permettre de traiter plus efficacement les voyageurs conformes et de concentrer les ressources sur ceux présentant des risques potentiels.

Reimer précise que le TCI ne remplace pas le jugement humain : « La décision finale de soumettre un voyageur à un contrôle secondaire appartient toujours à l’agent des services frontaliers, grâce à sa formation spécialisée et son expertise. »

Le système, testé depuis 2023 dans six postes frontaliers terrestres, doit être déployé partout d’ici 2027. L’ASFC n’a pas encore fixé d’échéancier pour les ports aériens ou maritimes. Le coût de développement du TCI s’élève à environ 15,3 millions de dollars, avec des frais annuels de fonctionnement estimés à 700 000 $.

Cependant, cette innovation soulève des inquiétudes. Ebrahim Bagheri, professeur à l’Université de Toronto et spécialiste du développement responsable de l’IA, met en garde contre les risques de biais inhérents. Il rappelle que les systèmes d’intelligence artificielle, en s’appuyant sur des données historiques, peuvent reproduire et accentuer des discriminations, notamment envers les minorités.

Bagheri évoque aussi le danger du biais d’automatisation, qui pousse les agents humains à faire davantage confiance aux recommandations d’un système automatisé qu’à leur propre jugement. Selon lui, même si l’ASFC insiste sur le rôle décisionnel des agents, la pression de l’algorithme risque d’influencer lourdement leurs choix.

Pour minimiser ces dérives, l’ASFC assure mettre en place des mécanismes de surveillance continue afin d’évaluer les performances du TCI à travers différents groupes d’équité et d’atténuer les biais. Mais Bagheri reste sceptique : « Les concepteurs d’un système font déjà de leur mieux pour éviter les biais. Le seul moyen de l’améliorer réellement, c’est de permettre un examen indépendant. »

Le déploiement du TCI s’inscrit dans une vaste stratégie de modernisation de l’ASFC amorcée en 2024. Ses promoteurs espèrent qu’il réduira les inspections secondaires inutiles, tandis que ses détracteurs redoutent qu’il n’instaure un nouveau niveau de profilage automatisé aux frontières canadiennes.

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