L’AIE voit une occasion historique : le Canada peut devenir une superpuissance énergétique

Le contexte géopolitique mondial offre au Canada une occasion exceptionnelle de s’imposer comme une véritable superpuissance énergétique. C’est le constat formulé par le directeur exécutif de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), Fatih Birol, qui estime que cette fenêtre d’opportunité est unique et que le pays doit agir rapidement s’il veut en tirer profit.

Selon un reportage d’CTV News signé par la journaliste Abigail Bimman, M. Birol a déclaré, lors d’une discussion publique avec le ministre fédéral des Finances François-Philippe Champagne dans le cadre de la 11e Conférence mondiale sur l’efficacité énergétique de l’AIE à Montréal, que le Canada dispose de tous les atouts nécessaires pour devenir une puissance exportatrice d’énergie fiable dans un monde de plus en plus instable.

« C’est une occasion qui ne se présente qu’une fois dans une vie », a-t-il affirmé, en insistant sur l’importance de la confiance et de la prévisibilité comme principaux avantages concurrentiels du Canada.

La crise du détroit d’Ormuz change les priorités

Pour M. Birol, les récentes perturbations entourant le Détroit d’Ormuz ont profondément marqué les marchés internationaux. Les tensions ont rappelé à quel point les chaînes d’approvisionnement énergétiques mondiales demeurent vulnérables aux crises géopolitiques.

Selon lui, de nombreux pays sont désormais prêts à payer davantage pour obtenir une énergie provenant d’un partenaire stable, même si son prix est légèrement supérieur.

Le directeur de l’AIE affirme d’ailleurs avoir constaté, au cours de ses nombreuses rencontres avec des gouvernements étrangers, un intérêt grandissant envers les ressources énergétiques canadiennes.

Le ministre Champagne a abondé dans le même sens. Selon lui, même des producteurs traditionnels du Moyen-Orient envisageraient désormais d’investir davantage au Canada afin de diversifier leurs risques géopolitiques.

Il a également évoqué le rôle potentiel du Canada comme fournisseur stratégique pour l’Europe ainsi que pour plusieurs pays de l’Asie-Pacifique, notamment le Japon et la Corée du Sud.

Un discours qui se répète

Il ne s’agit pas de la première fois que Fatih Birol tient ce discours au Canada. Comme nous le rapportions récemment, il avait déjà lancé un message semblable lors d’une rencontre avec le ministre des Ressources naturelles Tim Hodgson à Ottawa, en mai dernier.

À l’époque déjà, il soutenait que le Canada devait accélérer le développement de ses infrastructures énergétiques afin de répondre à une demande mondiale en pleine croissance.

Ces déclarations s’inscrivent également dans une série de prises de position similaires observées ces dernières semaines. Lors du sommet du G7, plusieurs dirigeants occidentaux avaient reconnu que le Canada pouvait jouer un rôle majeur dans le renforcement de la sécurité énergétique de ses alliés. De même, plusieurs dirigeants de l’industrie pétrolière canadienne réclament depuis des mois un allègement du fardeau réglementaire afin de permettre au pays de saisir cette occasion historique.

L’ère de l’électricité

Une grande partie de la discussion a également porté sur ce que M. Birol appelle « l’ère de l’électricité ».

Selon lui, même si la consommation mondiale d’énergie continue de croître rapidement, la demande en électricité augmente environ trois fois plus vite que la demande énergétique globale.

Le ministre Champagne a résumé cette réalité en affirmant que « l’énergie est désormais le destin », alors que l’ensemble des économies cherchent simultanément à électrifier leurs activités et à réduire leurs émissions.

Dans ce contexte, le Canada possède plusieurs avantages importants.

Le ministre a notamment rappelé que le pays fait partie des rares États capables de concevoir et de certifier des réacteurs nucléaires, tout en affirmant que le Canada sera le premier pays du G7 à mettre en service des petits réacteurs nucléaires modulaires (SMR).

Selon lui, Ottawa souhaite également exporter davantage son expertise nucléaire, notamment grâce à la technologie CANDU, auprès de pays d’Europe de l’Est et d’autres partenaires internationaux.

Intelligence artificielle et climat alimentent la demande

Selon Fatih Birol, deux phénomènes accélèrent aujourd’hui la consommation mondiale d’électricité.

Le premier est évidemment l’explosion des centres de données destinés à l’intelligence artificielle. Il a expliqué qu’un centre de données de taille moyenne consomme autant d’électricité qu’une ville d’environ 100 000 foyers, tandis que les plus grands complexes nécessitent une alimentation continue vingt-quatre heures sur vingt-quatre.

À ses yeux, les entreprises technologiques privilégieront les pays capables d’offrir une électricité abondante, stable et peu coûteuse.

« Celui qui gagnera la course à l’intelligence artificielle obtiendra également un avantage géopolitique », a-t-il affirmé.

Mais le principal moteur de la croissance mondiale de la demande électrique n’est pas l’intelligence artificielle.

Selon le directeur de l’AIE, il s’agit plutôt de la généralisation des climatiseurs dans les pays en développement. Avec l’augmentation des revenus et les vagues de chaleur plus fréquentes, des centaines de millions de ménages s’équipent progressivement d’appareils de climatisation.

Il souligne toutefois qu’une grande partie de ces équipements demeure beaucoup moins efficace que ceux utilisés dans des pays comme le Japon, ce qui accroît considérablement la demande mondiale d’électricité.

Pour l’AIE, l’amélioration des normes d’efficacité énergétique pourrait donc réduire substantiellement les besoins futurs en nouvelles capacités de production, sans diminuer le confort des populations.

Les propos de Fatih Birol viennent ainsi renforcer un constat qui revient de plus en plus souvent chez les experts internationaux : dans un contexte de tensions géopolitiques, d’électrification accélérée et de croissance de l’intelligence artificielle, les ressources énergétiques abondantes du Canada constituent désormais un avantage stratégique majeur. La question semble moins être de savoir si la demande sera au rendez-vous que de déterminer si le pays saura construire les infrastructures nécessaires suffisamment rapidement pour en profiter.

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