Le Canada autorise le massacre de 400 autruches malgré une controverse internationale

La Cour suprême du Canada a refusé d’entendre l’appel visant à bloquer l’abattage de près de 400 autruches dans une ferme de la Colombie-Britannique, ouvrant la voie à une opération de « dépeuplement complet » ordonnée par l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA). Cette décision, rendue jeudi, met fin à une bataille judiciaire et déclenche une vive controverse mêlant enjeux sanitaires, politiques et moraux.

Selon cet article publié par The Guardian au Royaume-Uni, la ferme Universal Ostrich Farms, située près de la petite localité d’Edgewood, avait reçu en mai l’ordre de détruire son cheptel après la découverte d’une possible épidémie de grippe aviaire H5N1. Soixante-neuf oiseaux seraient déjà morts des suites d’une maladie respiratoire, mais les propriétaires contestent la mesure, affirmant que la majorité des animaux sont désormais en bonne santé et auraient développé une forme d’immunité collective.

Jeudi, la Cour suprême a levé le sursis provisoire accordé la veille, autorisant ainsi le gouvernement à procéder à l’abattage. Ce jugement a immédiatement provoqué la colère des propriétaires et de nombreux manifestants, certains diffusant en direct leur opposition sur les réseaux sociaux. Sous les vidéos du parc à autruches, des commentaires mêlant scepticisme vaccinal et dénonciation de la « tyrannie sanitaire » se multiplient.

Le dossier a également franchi la frontière américaine. Robert F. Kennedy Jr., secrétaire à la Santé sous l’administration Trump, a personnellement tenté de convaincre Ottawa d’abandonner la mesure, tandis que le médecin et ex-animateur télé Mehmet Oz a proposé d’accueillir les oiseaux sur son ranch en Floride. Le milliardaire John Catsimatidis s’est lui aussi joint aux appels pour annuler le massacre.

Sur la scène politique canadienne, la controverse s’est invitée dans le débat public. Le chef conservateur Pierre Poilievre, interrogé à deux reprises en octobre sur son soutien aux manifestants, s’est gardé de prendre position claire, se contentant de qualifier le dossier de « mal géré depuis le début », sans jamais prononcer le mot « autruche ».

Le gouvernement fédéral justifie la décision en invoquant la politique internationale de « stamping out », une méthode d’éradication rapide recommandée par l’Organisation mondiale de la santé animale pour limiter la propagation de la grippe aviaire. Des groupes de défense des animaux réclament toutefois de nouveaux tests pour confirmer la présence du virus, dénonçant une approche « expéditive et cruelle ».

Katie Pasitney, porte-parole de la ferme, a déclaré aux médias que « l’agence assassine des animaux sains ». Le copropriétaire Dave Bilinski, désemparé, a ajouté : « Il n’y a plus de justice, selon moi. »

Un tribunal fédéral a néanmoins estimé que laisser vivre les autruches présenterait un risque élevé de contamination pour d’autres exploitations avicoles et potentiellement pour les humains. L’ACIA n’a pas précisé la date exacte du début du processus de mise à mort.

Selon un manuel interne de l’agence datant de 2016, obtenu grâce à la loi sur l’accès à l’information, plusieurs méthodes sont autorisées pour abattre les autruches. La préférée demeure l’injection létale, nécessitant trois employés : un pour maintenir l’animal sur son dos, un autre pour tenir la tête et un troisième pour administrer le produit. En l’absence de moyens suffisants, le personnel peut utiliser le gaz ou procéder à la dislocation du cou. L’usage d’armes à feu n’est permis qu’en dernier recours, à condition de disposer d’un tireur expérimenté.

Peu après la décision de la Cour, des agents de l’ACIA ont commencé à installer du matériel et des projecteurs autour de l’enclos principal de la ferme, selon l’agence Canadian Press.

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