Alors que la compétition mondiale pour les métaux stratégiques s’intensifie et que les pays occidentaux cherchent à réduire leur dépendance envers la Chine, le Canada entend s’imposer comme un acteur clé de la sécurité minérale. Un article de Reuters, relayé par BNN Bloomberg le 28 octobre 2025, rapporte que le ministre canadien des Ressources naturelles, Tim Hodgson, fera du ravitaillement en minéraux critiques la priorité du Canada lors de la rencontre des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7, qui se tiendra à Toronto les 30 et 31 octobre.
Une dépendance occidentale persistante envers la Chine
Comme le rappelle Reuters, la quasi-totalité des pays du G7 — à l’exception du Japon — dépendent encore fortement de la Chine pour leur approvisionnement en matériaux essentiels tels que les aimants à terres rares, le lithium, le nickel, le cuivre et le cobalt, tous cruciaux à la fabrication des batteries, des éoliennes et des véhicules électriques.
Hodgson a déclaré en entrevue que le Canada souhaite passer des discussions aux engagements concrets, en annonçant cette semaine plusieurs initiatives multilatérales visant à « sécuriser les chaînes d’approvisionnement » et à réduire la vulnérabilité stratégique des économies occidentales.
Selon le ministre, ces ententes comprendront des outils de financement conjoints et des accords d’achat anticipé (offtake agreements), où des acheteurs s’engagent à acquérir à prix fixe une partie de la production future d’une entreprise minière. Ce type de contrat permet de garantir la rentabilité des projets d’exploration et de raffinage, tout en assurant aux alliés du Canada un accès stable à des ressources critiques.
Vers une approche multilatérale et industrialiste
Le ministre Hodgson a affirmé que les annonces attendues vendredi démontreront que « l’approche multilatérale fonctionne », soulignant que le Canada entend jouer un rôle de chef de file dans la sécurisation des chaînes d’approvisionnement au profit de ses alliés.
Le pays dispose déjà d’un socle minier diversifié, produisant notamment du nickel, du cuivre et du cobalt, et tente de renforcer son rôle stratégique au sein des économies du G7 dans un contexte de reconfiguration géopolitique post-pandémie.
Les discussions devraient également inclure des mécanismes de stockage stratégique et de cofinancement d’usines de traitement, afin d’éviter que les minerais canadiens ne soient systématiquement exportés vers la Chine pour raffinage, un problème récurrent dans la chaîne de valeur mondiale.
Reuters rappelle que lors d’une précédente rencontre à Chicago, les responsables du G7 avaient évoqué la possibilité d’instaurer des prix planchers subventionnés par les gouvernements — une idée inspirée de la politique américaine visant à encourager la production nationale de minéraux critiques.
Entre ambitions industrielles et tensions commerciales
L’article de Reuters, rédigé par Divya Rajagopal et édité par Caroline Stauffer et Mark Potter, souligne que ces ambitions canadiennes se déploient sur fond de tensions commerciales renouvelées entre Ottawa et Washington.
Le président Donald Trump a en effet suspendu les pourparlers commerciaux avec le Canada cette semaine, alors que ceux-ci portaient sur les tarifs américains sur l’acier, l’aluminium et l’automobile.
Tim Hodgson a confirmé que les discussions bilatérales incluaient également la relance potentielle du pipeline Keystone XL, projet symbolique du partenariat énergétique nord-américain, mais dont l’avenir demeure incertain. « Quand les Américains seront prêts à parler, nous serons prêts à parler », a-t-il déclaré.
Une position clé pour le Canada dans le nouvel ordre énergétique
Cette offensive canadienne s’inscrit dans un tournant stratégique mondial : alors que les États-Unis rétablissent des barrières tarifaires et que la Chine consolide son monopole sur les minéraux critiques, le Canada tente de se positionner comme fournisseur fiable et allié industriel pour le monde occidental.
Avec la mise en avant de projets conjoints de stockage, de raffinage et de transformation locale, le gouvernement Hodgson espère non seulement stimuler l’innovation minière et manufacturière, mais aussi ancrer durablement le Canada dans l’économie de la sécurité énergétique du XXIe siècle.



