Dans un contexte de tensions commerciales croissantes, le gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, avertit que le pays paie aujourd’hui le prix d’avoir trop tardé à réduire sa dépendance économique envers les États-Unis. Craig Lord rapporte pour La Presse canadienne que le haut responsable de la banque centrale a livré ce message sans détour à Saskatoon, devant un auditoire de dirigeants d’affaires de la Saskatchewan.
Une dépendance coûteuse face aux tarifs américains
Selon le reportage de Craig Lord, Macklem a rappelé que le Canada se trouve fragilisé par la politique tarifaire du président américain Donald Trump, qui frappe durement des industries sensibles comme l’acier, l’aluminium, l’automobile et le bois d’œuvre. Ces mesures auraient, selon lui, placé la croissance canadienne sur une trajectoire durablement plus basse.
Macklem a comparé la situation actuelle à la crise financière de 2008-2009, lorsque l’effondrement économique américain avait lourdement pesé sur le Canada. « Tout le monde parlait de diversification à ce moment-là, mais il ne s’est pas passé grand-chose », a-t-il constaté, cité par La Presse canadienne.
Le gouverneur a aussi souligné que la dépendance envers le marché américain ne relevait plus d’un simple cycle économique. Contrairement aux crises passées, il n’y aurait pas de rebond automatique : seule une restructuration de l’économie canadienne permettrait d’éviter l’enlisement.
Productivité et ouverture de nouveaux marchés
Toujours selon le compte rendu de Craig Lord, Macklem a insisté sur la nécessité pour le Canada de bâtir de nouveaux débouchés mondiaux et de s’attaquer aux barrières internes qui freinent la productivité, telles que les réglementations et les délais d’approbation.
Il a également plaidé pour l’amélioration des corridors de transport est-ouest et le renforcement des infrastructures portuaires afin de mieux relier le pays à ses partenaires commerciaux hors Amérique du Nord. De telles mesures permettraient de tirer profit des nombreux accords de libre-échange déjà signés par le Canada.
« Les dirigeants canadiens – politiques, économiques et d’affaires – doivent tracer une nouvelle voie. Nous aurions dû faire ces changements il y a quinze ans. Mais le deuxième meilleur moment, c’est maintenant », a affirmé Macklem, cité par La Presse canadienne.
Pressions économiques et réponse monétaire
Le discours du gouverneur intervient alors que l’économie canadienne montre des signes évidents de faiblesse. Craig Lord rapporte que le PIB réel du pays a reculé au deuxième trimestre de 2025, alors que les exportations se sont effondrées et que le marché du travail commence à s’essouffler, notamment dans les secteurs frappés par les tarifs.
Face à cette situation, la Banque du Canada a abaissé son taux directeur d’un quart de point la semaine précédente, le ramenant à 2,5 %. L’objectif : soutenir l’économie, alors que le risque d’inflation s’estompe devant la perspective d’un ralentissement plus marqué.
Macklem a noté que si certaines exemptions de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) limitent l’impact global des droits de douane, les effets restent « très vifs » dans des secteurs précis. Il a aussi rappelé que les tarifs chinois sur le canola canadien représentent un choc particulièrement douloureux pour la Saskatchewan.
Les inquiétudes sur l’indépendance des banques centrales
Enfin, Macklem a abordé la situation aux États-Unis, où le président Trump tente d’influencer la Réserve fédérale. Selon les informations rapportées par Craig Lord, Trump a déjà ordonné la destitution d’une gouverneure, Lisa Cook, et aurait même envisagé de congédier Jerome Powell, le président de la Fed.
Le gouverneur canadien a mis en garde contre les dangers de telles pressions politiques : « L’histoire est claire… les banques centrales qui disposent d’une indépendance opérationnelle font un meilleur travail pour assurer la stabilité des prix », a-t-il déclaré. Il a par ailleurs salué la gestion de Powell, qu’il juge fondée sur l’évidence et non sur la politique.



